‹ Lettres à M. Panizzi, 1850-1870. Publiées (volume 2)Chapitre 27 sur 32 · II · texte numérisé non relu

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prend rien encore, on plulôl lui est absolument antipalhique. Le sentiment de tout Français s'oppose à ce qu'il prenne une initiative quelconque, et en même temps le pousse à critiquer tout ce qui se fait autour de lui. Il croit tout ce qui le tiatte et nie tout ce qui le contrarie. Avez-vous rien vu de plus triste que cette discussion du traité de commerce, où chacun veut dire son mot, où chacun apporte quelque petit fait non vérifié, et où personne ne sait voir les choses froidement et sans passion ?

On dit que l'empereur n'est pas sorti de son calme habituel et que ses nouveaux ministres sont enchantés de lui. Si les choses peuvent aller ainsi quoique temps, stnoothly, peut-être à l'excitation ultralibérale, qui subsiste encore, succédera un dégoût profond du parlementarisme, comme il est arrivé en 1849. Mais là est un autre danger ; peut-être, avant cela, les rouges ferontils quelque sottise énorme. S'ils savent attendre, l'anarchie parlementaire leur livrera dans quelques années la société sans défense.

J'ai vu, il y a quelques jours ici, le frère de Bixio, qui m'a paru beaucoup plus raisonnable

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que je ne le supposais. Il dit qu'aussi longtemps que la France sera tranquille, l'Italie le sera également, mais que, s'il arrivait ici une révolution, elle passerait aussitôt les Alpes et ferait un mal irrémédiable. Il dit qu'on s'occupe peu du concile hors de Rome, et qu'on ne croit pas qu'on propose l'infaillibilité papale. Panlaleoni, qui est aussi venu me voir, pense à peu près de même. Mon confrère Dupanloup me paraît avoir des velléités de protestantisme.

La fille du duc de Hamilton qu'a épousée le princejde Monaco, et qui est enceinte, a quitté son mari et s'en est allée à Nice. D'autre part, les gens de Monaco menacent de s'insurger. On a aboli les impôts, mais cela n'a eu d'autre etfet que de leur donner plus d'appétit. A présent, ils demandent que Tadministration des jeux ne puisse prendre pour croupiers que des citoyens de Monaco ; qu'on puisse jouer quarante sous au trente-et- quarante ; enfin qu'on leur fasse un pont en fer. Oignez vilain, vilain vous poinct.

Adieu mon cher ami ; donnez-moi de vos nouvelles.

Cannes, 27 février 1870.

Mon cher Sir Anthony,

Ce qui se passe à Paris n'est pas de nature à réjouir quelqu'un qui souffre des nerfs. Quei triste spectacle donne le Corps législatif en ce moment ! Personne pour faire les affaires, tout le monde voulant parler, le ministère sans idée politique, la Chambre sans expérience, la majorité divisée, voilà le bilan de la situation.

Dans ce diable de pays, on a toujours la prétention d'afficher de grands principes, d'en faire beaucoup de bruit, sans Irop s'inquiéter de la façoi»^ dont on les met en pratique. Un des ministres, lionnne de bon sens, M. Chevandier de Yaldrôme, dit que le cabinet ne veut pas influencer les élections, qu'il se réserve seulement de faire connaître aux électeurs ceux qu'il regarde comme ses amis, ceux qu'il sait être ses ennemis. Cela est pratique et se lait aussi bien en Angleterre qu'en Amérique. Mais, à nous, il nous faut de grandes

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théories. M. Ollivier vient démentir son collègue et déclare qu'il ne se mêlera absolument en rien des élections. De là division de la majorité et augmentation des prétentions de la gauche. Où cela s'arrêtera-t-il ?

Vous rappelez-vous le médecin*** qui demeurait à l'hôlel Chauvain et qui me donna une consultation chez vous, l'année dernière? 11 m'avait donné des pilules, qui me faisaient grand bien. Ma provision étant épuisée, j'ai voulu en avoir d'autres et me suis adressé au pharmacien. Celui-ci demande une ordonnance de ***, qui ne veut pas m'en donner. Je ne sais ce qu'il a contre moi. Il n'avait pas voulu d'argent; peut-être voulait-il un cadeau, alors pourquoi ne pas le dire? Depuis ^M. Purgon, je n'ai pas vu de médecin plus ridicule.

Adieu, mon cher ami ; soignez-vous et portezvous bien, si vous pouvez.

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i Cannes, 5 mars 1870.

Mon cher don Antonio,

Cet hiver, qui, même ici, a été très rigoureux, m'a fait le pkis grand mal. C'est dommage que l'Egypte soit si loin. Il paraît que ce n'est qu'à la seconde cataracte qu'on ne sent plus l'hiver, et le froid est décidément le plus grand des maux. Que Dante a eu raison de mettre des haignoires de glace en enfer à l'usage des damnés!

Voilà Garihaldi qui finit comme les catins, par faire des livres. Il paraît que c'est toujours par là qu'on finit, quand on ne peut plus faire autre chose. Bien que je ne m'attende pas à un chefd'œuvre, je compte le lire.

Quelqu'un que j'ai tout lieu de croire bien informé me dit que l'empereur est en parfait accord avec ses ministres. Il ne se plaint pas de la situation qu'on lui a faite, et il a l'intention d'être parfaitement constitutionnel. Les ministres, de leur côté, arrivant avec les plus grands préjugés cou-

tre lui, sont maintenant très charmés de ses façons et de sa droiture. Celapourra-t-il durer longtemps? je n'en sais rien, et c'est une terrible expérience à faire que de donner tout pouvoir à des gens peu pratiques, et qui cherchent avant tout la popularité. Je n'ai jamais vu dans l'histoire qu'on changeât par des institutions le caractère d'un peuple, surtout lorsqu'on lui accorde tout à la fois, ce qui ne devrait se donner que lentement. Nous sommes des chevaux fringants à qui on met la bride sur le cou. Il est fort à craindre que nous ne versions le char de l'État et que, par la même occasion, nous ne nous cassions le cou.

Je crois, à propos du concile, que le parti qu'on a pris de ne se mêler en rien de tous ses tripotages, est le plus raisonnable dont on pût s'aviser. Il me paraît encore très douteux que les jésuites parviennent à faire les bêtises auxquelles ils aspirent ; mais ce qui me paraît certain, c'est que, s'ils réussissaient, le résultat serait la ruine du catholicisme. La plupart de nos évêques sont déjà à demi protestants, à ce qu'on m'assure, et leur conversion est due à la compagnie de Jésus,

qui a perdu le laet qui la distinguait autrefois. En rompant en visière avec la civilisation moderne, elle perd la plus grande partie de son pouvoir.

Adieu, mon cher Panizzi. Portez-vous bien et recommandez-moi à nos amis. J'ai ici un buste de M. Gladstone très ressemblant, qui orne mon salon et que ces dames entourent d'anémones et de fleurs de mimosa, comme un petit saint.

CLXXYII

Cannes, 20 mars 1870.

Mon cher don Antonio,

Je suis toujours bien souffrant, malgré le temps, qui est magnifique. Mon cas me semble désespéré.

J'ai reçu, il y a quelques jours, une fort aimable lettre de notre hôtesse de Biarritz. Elle me demandait conseil à propos d'un roman de madame Sand ^ où on la met en scène et où on lui

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