TEMPS APOSTOLIQUES. BUT DES SOUVERAINS PONTIFES
dans l’établissement spécial d’une société uniquement DESTINÉE A CETTE OEUVRE. — PLAN ET DIVISION de l’Ouvrage.
Monseigneur,
L’Histoire de l’Église n’est, vous le savez, qu’une magnifique réalisation de cette parole du divin Maître :
« Allez , enseignez toutes les nations voilà que je
» suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation » des siècles » Depuis l’époque où sortant du cénacle, les Apôtres, remplis de l’Esprit de zèle et de charité, annoncèrent à Jérusalem les paroles de la vie éternelle, jusqu’aux jours des combats et des triomphes dont nous sommes aujourd’hui les témoins, toujours l’Église a marché vers son but avec une constance que les in-
1 Euntes ergo docetc omnes gentcs ecce ego vobiscum sum om-
nibus diebus, usque ad consummationem sæculi. — S. Mattli. c. xxvui, vc. 19 et 20.
slitulions humaines ne sauraient avoir, et qui doit être aux yeux de tous une des plus éclatantes preuves de sa céleste origine. Toujours supérieure aux événements de ce monde, elle sait profiter de tout pour hâter ses progrès au milieu des nations. Les violences des rois ambitieux, les haines des peuples, les guerres sanglantes aussi bien que les vues bienfaisantes des bons princes et les avantages de la paix, deviennent entre ses mains un instrument de succès d’autant plus puissant parfois, qu’il semble plus opposé aux prévisions de la sagesse et de la prudence humaines. Ou bien encore, et cela se représente toutes les fois que les circonstances paraissent l’exiger, nous la voyons produire dans son propre sein des institutions spéciales et inespérées, dont elle se sert avec non moins de succès, pour repousser sans relâche des ennemis toujours renaissants.
Aussi, Monseigneur, avant d’entrer dans le détail des faits qui intéressent spécialement la Congrégation des Missions-Étrangères ', j’ai besoin de vous retracer rapidement ici la marche d’ensemble que l’Église a prise dans ses luttes et ses succès de tous les siècles;
1 L’oeuvredes Missions Étrangères reçoit de puissants secours de plusieurs sociétés religieuses de France. Ainsi la Compagnie de Jésus, les congrégations de Saint-Lazare , de Picpus, des Maristes, et d’autres encore font des missions, un objet plus ou moins secondaire de leur institut; le séminaire du Saint-Esprit est chargé de former des prêtres pour les colonies, et une nouvelle société instituée près d’Amiens, sous l’invocation du Coeur immaculé de Marie, se propose de s’occuper exclusivement des races noires de ces contrées. Noire Congrégation a seule pour but unique, rétablissement du Christianisme chez les nations infidèles. El, pour nous servir des expressions des Annales de la Propagation de la Foi (t. xn. p. Î55 ) : Elle a aujourd'hui l'honneur insigne de se trouver aux postes les dlus meurtriers de l’apostolat.
j’ai besoin de vous dire comment l’esprit apostolique, dont la société chrétienne fut toute remplie à sou origine, s’est perpétué jusqu’au temps où notre1 Compagnie prit naissance. Il faut enfin que je vous expose les différences qu’on remarque entre les hommes apostoliques des différents âges, dans les travaux entrepris par eux pour propager hors du sein de l’Église la doctrine évangélique dont elle leur avait confié ledépôt. En cela, il est vrai, je vous entretiendrai d’une gloire dont la pensée a souvent rempli votre âme de joie, et je vous répéterai un récit bien connu de vous; cependant je le crois nécessaire pour mieux rendre compte du principe de vie de notre Congrégation, et d’ailleurs, en vous parlant de l’Église, ce sera m’occuper avec vous du plus cher objet de votre tendresse eu ce monde; un bon fils ne se lasse pas d’entendre dire les litres de gloire et les grandeurs de sa mère.
Oui, Monseigneur, elle est belle et puissante celle Église catholique-romaine au sein de laquelle notre divin Maître vous a établi juge d’une tribu d'Israël! Elle est belle et puissante dans son immuable stabilité au milieu des agitations incessantes qui troublent le monde autour d’elle sans jamais l’atteindre et l’ébranler ! Elle est puissante cette femme forte, plus terrible qu’une armée rangée en bataille, cette tour inexpugnable où l’arche sainte repose en paix, où brillent suspendus les boucliers des forts! O fille du grand Roi, on ma dit
1 Je dois vous dire ici. Monseigneur, qu’en me servant, comme je le lerai souvent par la suite, d’expressions comme celle-ci , je ne prétends pas vous donner mon travail comme une œuvre de la Congrégation. Je vous le présente sous ma simple responsabilité [Ærsonnel le et comme le résultat d’études que j’ai cru nécessaires à ma nouvelle position.
de vous des choses glorieuses; on m’a dit combien d'ennemis divers avaient appelé vainement sur votre tête l’ignominie ou la mort, combien d’enfants dénaturés avaient voulu vous déchirer le sein; et j’ai vu votre front majestueux s’élever impassible au-dessus des tempêtes soulevées pour l’abattre; et j’ai vu votre bras invincible, toujours armé pour la victoire, triompher dans tous les combats. Votre robe éclatante brillait sous la pourpre de vos martyrs; la charité de vos confesseurs vous entourait d’une ceinture d’or, et vous marchiez à travers les siècles, toujours belle et toujours sans tache, sans faiblesse dans les dangers et sans orgueil dans la victoire. Tour à tour persécutée ou triomphante, guerrière ou pacifique, vous suiviez une marche constante vers le terme assuré que votre céleste époux vous révélait. A chaque pas que vous faisiez dans cette voie féconde en gloire, les armes qui vous avaient servi pour la défense devenant inutiles ou impuissantes pour repousser de nouvelles attaques, vous les posiez sur votre chemin, vous en faisiez des trophées glorieux sur chaque tombeau des vaincus, et vous trouviez dans l’inépuisable trésor de la toutepuissance divine de nouveaux traits pour le combat. Que vos pas étaient beaux, ô fille de Sion ! et quelle puissance sur la terre osera jamais se comparer à la vôtre !
Aussitôt que le Sauveur eut tracé à ses Apôtres la voie sanglante où il les appelait à le suivre, le monde étonné s’ouvrit rapidement devant les pas de ces héraults de la grande nouvelle. De la Judée à Rome, la foi chrétienne ne fit qu’un pas, et bientôt après on vit s’échapper de cet immense foyer, des torrents de lu-
miêres qui portèrent la connaissance de la vérité jusqu’aux extrémités de la terre. Ce fut alors le temps des martyrs et des souffrances de tout genre. Engendrée dans la mort de son divin époux, l’Église devait achever de prendre sa croissance dans le sang de ses premiers enfants; et cette magnifique période se prolongea jusqu’au moment où la Croix triomphante brilla enfin sur le diadème des Césars et sur les collines vaincues de la ville éternelle.
Vous savez. Monseigneur, pourquoi Dieu avait donné l’empire de l’univers à cette Rome devenue notre mère après avoir si largement versé le sang de nos martyrs. En réunissant ainsi l’univers entier dans les liens d’une même famille , la reine du monde aidait par là même les premiers prédicateurs de la foi dans la propagation de l’Évangile. Soumis aux mêmes lois, et formant un seul empire, les différents peuples de la terre n’opposaient pas aux missionnaires de cette époque, les difficultés que d’autres rencontrèrent lorsque la foi ne demandait pas une aussi rapide diffusion. Toutes les contrées avaient alors des relations suivies avec le centfe de l’empire, et la foi romaine en profitait pour se répandre dans toutes les parties de ce grand corps. Les navires qui allaient jusqu’aux extrémités du monde demander aux nations le tribut de leur sol et de leur industrie, les armées qui portaient partout la gloire et la terreur du peuple-roi, les conquêtes du luxe aussi bien que celles des armes, tout devenait pour la divine mère des chrétiens, un moyen de faire connaître Jésus-Christ et de fonder des Eglises. Car alors, comme de nos jours, partout où il y avait un soldat, un marchand,
un conquérant, là aussi se trouvait un chrétien, un apôtre , et quand il le fallait un généreux martyr. Les missionnaires se répandirent donc dans le monde entier, et pendant que les martyrs et les confesseurs souffraient, les philosophes convertis à la foi et les autres écrivains sacrés faisaient parvenir d’éloquentes apologies jusqu’au trône des empereurs. Tous priaient, et ainsi fortifiée et agrandie, l’Église put bientôt dire avec Tertullien,que née, d’hier, elle remplissait déjà les armées, le sénat, les forums, les villes et les campagnes de l’empire, et qu’elle ne laissait aux païens que leurs temples. Elle pouvait leur dire que si tous ses enfants sortaient de l’empire, les maîtres du monde seraient effrayés de la solitude faite autour d’eux *.
Le jour enfin arriva où l’héritier du trône des persécuteurs se soumit lui-méme à l’empire du Sauveur. Subjugué par la vertu des chrétiens, convaincu par les enseignements d’un saint Pontife, touché profondément par la grâce divine, un empereur parut qui, brisant avec les traditions du passé, vint proclamer à la face du monde, que le Dieu des chrétiens allait être à jamais le Dieu de l’empire, et que les vains simulacres du paganisme étaient condamnés à rentrer pour toujours dans la poussière de leur néant. Dès-lors un grand fait religieux et social s’accomplit ; les destinées de Rome païenne furent à jamais remplies, et le sceptre du monde, qu’elle avait reçu pour un jour, devait bientôt lui tomber des mains. Déjà la tempête s’était fait
• 0- Sept. Florenlis Terlvlliani opéra , ad veUistissimorum exemplarium fidem locis quamplurimis emendata, Nicolai Rigaltii. J. C. Obseruationibus et Notis illustrata. — Apologetivs adversvs gentes, p. Jî. — Paris, 1641. M. Dupuis.
entendre au loin sur les frontières que ne peuvent plus défendre d’innombrables légions , et la main de Dieu qui devait la soutenir jusqu’au moment marqué dans les desseins de l’éternelle sagesse, cette main puissante se retire, et avec elle la force invincible qui a brisé tant de nations. Que les peuples se lèvent donc, qu’ils brisent leurs chaînes, que les barbares accourent et s’élancent sur l’empire ébranlé ; le colosse de Rome n’a plus aucun but sur la terre, et désormais, dans le monde, il n’y aura plus d’autre monarchie universelle que le royaume de Jésus-Christ! L’empereur lui-même, achèvera d’accomplir la mission que Dieu lui a donnée, en quittant cette Rome dont les murailles vont s’écrouler, et en cédant de loin sa place au Pontife qui doit y établir son trône près du tombeau du Pêcheur. Dans la suite des âges , un autre Constantin élèvera sur son bouclier, ce siège glorieux destiné à devenir , pendant bien des siècles, le principe et le plus ferme appui d’une régénération sociale des peuples demeurés barbares.
Telle est. Monseigneur, la marche d’ensemble prise par la société chrétienne dans ces beaux jours de son origine. Nul fait historique n’approche sans doute de l’importance des événements qui s’accomplirent alors, mais à côté des grandes choses qu’ils présentent à notre admiration , il est encore d’autres considérations que nous ne devons pas omettre, parce qu’elles ont une liaison étroite avec le but de ce récit. Je veux parler de l’établissement hiérarchique et du mode tout divin d’organisation intérieure, qui mettait alors l’Église à même d’exercer partout l’action puissante que la grâce de Jésus-Christ fécondait.
Des évêques d’abord, puis des prêtres et des minis-
très, voilà , dans ces heureux temps , toute l’économie ecclésiastique de chaque Église , telle que l’a créée le Sauveur. Les hommes de pénitence soutiennent, il est vrai , par leurs prières, les ouvriers apostoliques occupés à conquérir des âmes ; mais, au milieu de la bataille, on n’a pas encore senti le besoin d’auxiliaires pour soutenir ce clergé dont l’Église fait alors toute sa force et sa gloire. A cette époque, modèle de toutes celles qui viendront ensuite, une province, une ville même, s’ouvre-t-elle à la prédication évangélique, aussitôt un évêque s’y établit et avec lui un centre immédiat d’action sur les peuples, un principe de propagation et surtout de stabilité, que nulle autre institution ne pourra complètement remplacer plus tard. Et nous pouvons bien le dire, cette beauté intérieure, cette unité parfaite de la société des fidèles et des pasteurs, offre à notre reconnaissante admiration , un spectacle que les âges futurs seront à jamais impuissants à reproduire dans cette étonnante perfection.
Cependant, l’Église en paix sous Constantin ne devait pas long-temps jouir d’un calme qui n’est pas fait pour elle en ce monde ; établie au milieu des tempêtes, elle suivra jusqu’à la fin des siècles les mêmes destinées, et nous allons voir q ue les épreuves ne lui manqueront pas. Bientôt l’impie Julien, flétri du nom d’Apostat par la juste histoire, Julien va s’efforcer de renverser dans l’empire, la croix de Jésus-Christ, pour y substituer les dieux vaincus du Capitole ; et, peuplant ainsi le ciel de nouveaux martyrs, il convaincra plus fortement l’univers des vérités chrétiennes. Des ennemis d’un autre genre se lèveront aussi; déjà même ils sont debout pour combattre contre le
Seigneur et son Christ; dès le régne de Constantin, les doctrines impies d’Arius bouleversent les Églises ; mais une mémorable protestation sera le résultat de la réunion solennelle de Nicée, à laquelle le monde entier enverra ses représentants. Cependant Arius, condamné par les Pères, ne sera pas pour cela vaincu, et l’Occident ébranlé par les efforts des sectaires, laisserait presque douter de la promesse divine, si une semblable pensée pouvait être conçue sans blasphème. Puis viendront Nestorius, Eutichès, Macédonius, acharnés tous ensemble à déchirer le sein de l’Église qui les a enfantés. Alors aussi Dieu se vengera de ses ennemis d’une terrible manière.
Le monde aveugle a comblé la mesure de ses crimes, et les plus grands malheurs s’apprêtent à fondre sur l’empire, depuis long-temps le repaire de tous les crimes. La tempête s’amoncèle de toutes parts et se déchaîne enfin avec une horrible violence.
Je ne vous dirai pas. Monseigneur, ce que l’Église eut à souffrir au milieu de ces désastres qui s’étendirent aux plus belles provinces de l’empire. Mais nous pouvons remarquer ici combien l’assistance divine la rendait supérieure aux terribles événements qui parafaient devoir lui porter de si cruelles atteintes. Ses enfants augmentèrent au lieu de diminuer par suite de ces ravages, car ses conquêtes commencèrent à s’étendre sur les vainqueurs de Rome dont le front si fier s’inclina bientôt devant la croix de Jésus-Christ. Vaincus à leur tour par la religion, les Franks, les Bourguignons avaient déposé leur redoutable épée aux pieds de l’Église romaine, lorsque survinrent tout d’un coup des invasions plus redoutables encore que les précé-
dentes. Partout les armées sont détruites, les villes s’écroulent anéanties par le fer et le feu ; la voix lamentable des peuples s’élève du milieu de ces décombres amoncelés de toutes parts, et la société semble toucher à sa ruine. Alors nos évêques se lèvent offrant pour toute défense, leurs poitrines désarmées aux traits de l’ennemi et présentant leurs vénérables têtes pour la rançon des peuples. Saint Nicaise à Rheims, saint Valentin à Trêves, à Besançon saint Antide, saint Fraterne à Auxerre, saint Didier à Langres, tombent victimes de leur ardente charité. Et plus tard, lorsque le guerrier qui s’annoncait comme fléau de Dieu viendra porter à son tour la justice et la vengeance sur les cités coupables, nous verrons encore le clergé de Metz égorgé tout entier aux pieds des autels, tandis qu’à Paris une simple fille arrêtera le torrent par la puissance de la grâce qui est en elle , saint Loup , de Troyes sauvera son troupeau et recevra les respects du vainqueur, et le pape saint Léon fermera les portes, de l’Italie au barbare qui s’avançait sur Rome.
Cependant la tempête s’apaisa comme la première fois, et l’on vit que de grands desseins de miséricorde étaient joints dans la pensée de Dieu à la juste exécution de ses vengeances; ces peuples, appelés comme les autres nations de l’univers à se ranger sous les lois du Sauveur, arrivaient ainsi à la connaissance de la vérité cachée pour eux jusqu’au moment où ils vinrent en puiser l’amour dans les exemples des pontifes qu’ils avaient égorgés. Séparés jusque-là du inonde romain, par les barrières infranchissables de leurs forêts , de leurs frimats et de leurs mœurs, ils étaient demeurés étrangers à la foi; ne pouvant être amenés au sein de
l’Église par les apôtres qu’ils repoussaient sans les connaître, il fallait donc qu’ils s’y rendissent d’eux-mêmes et c’est ce qu’ils firent par une voie impénétrable aux prévisions humaines et dans laquelle nous devons adorer et bénir la divine sagesse malgré les maux sans nombre qui précédèrent ces étranges conversions. Ainsi le monde, qui avait cru pour un instant assister à la mort des nations, vit tout d’un coup s’opérer la plus étonnante des révolutions ; les mœurs de ces guerriers farouches s’adoucirent et leur violence s’imposa des bornes à l’instant où ils furent chrétiens. Après avoir renversé avec le glaive toute force humaine hostile à leur puissance, ils se soumirent au Dieu de paix et d’amour qui ouvre ses bras au monde et qui sait inspirer de la modération dans le triomphe, comme il fait entendre au fond de l ame des paroles de consolation pour tous les malheurs. C’est ainsi que de nombreuses conquêtes vinrent réparer pour l’Église, les pertes que les divisions intestines de ses enfants lui causaient tous les jours. La foi victorieuse des barbares s’étendit vers le nord de l’Europe enseveli jusqu’alors dans les ténèbres de l'idolâtrie; l’Ecosse, l’Irlande, l’Angleterre, évangélisées par les apôtres que la reine des Églises leur envoyait, devinrent un nouveau foyer de zèle et de foi qui répandit plus tard sa chaleur et sa lumière sur des peuples nombreux.
Cependant une nouvelle, épreuve se préparait pour l’Église, cette mère sublime des douleurs ; de vastes contrées allaient encore être violemment retranchées de son obéissance et replongées dans l’infidélité; Mohammed et avec lui les armes de l’islamisme commencèrent la suite de conquêtes continuées pendant quel-
que temps avec upe si effrayante rapidité. La Syrie, la Palestine, l’Arménie, la Perse, l’Egypte elles plages africaines, virent exiler pour long-temps de leurs bords la croix de Jésus-Christ, déjà couverte de si cruels outrages par l’hérésie. L’Espagne même devint la proie des fils de Mohammed qui menacent d’envahir l’Europe toute entière. Mais la main de Dieu conduit nos Franks sur le champ de bataille où le salut du monde chrétien sera victorieusement décidé; Karl-le-Martel, ce noble chef de la maison d’Héristall, sauva ainsi l’Europe et l’Église tandis qu’il préparait le chemin du trône à sa race, et surtout à un autre Karl plus grand encore que lui-même.
Nous voici. Monseigneur, arrivés à l’époque mémorable où la société, soutenue dans sa ruine par l’Église, va se reconstituer sous la main puissante de Karl-le-magne, le très-grand et très-pieux empereur. Le bruit des armes continuera encore à se faire entendre, mais il ne jetera plus, comme auparavant, l’épouvante parmi les nations chrétiennes; le bouclier du héros couvrira l’Église de sa magnanime protection, et le Nord, refoulé dans ses limites, subira lui-même le double joug de la puissance et de la religion du nouveau vainqueur. Heureuse servitude, qui l’affranchira peu à peu de ses propres violences en le faisant entrer en partage des bienfaits de la foi chrétienne. Déjà Pepin-le-Bref avait placé le Pontife romain sur un trône indépendant, et Karl, qui comprend tout ce qu'il y a d’avenir pour la paix et la civilisation du monde dans cette institution de son père, Karl relève encore la puissance temporelle du Pontife et prépare ainsi la sauvegarde des peuples et le plus ferme appui des rois.
Il s’avance comme un géant vers le but que son génie lui révèle et que Dieu lui avait marqué; grand dans la guerre, et plus grand encore dans la paix, d’une main il étend son empire sur d’immenses contrées, tandis que de l’autre il civilise l’Occident en inscrivant dans ses immortels capitulaires les règlements et les lois dont tous les âges ont admiré la sagesse et auxquels l’Église a pris une si large part. Non content de triompher des nations par la force des armes ou l’ascendant de sa grandeur, il veut avant tout, leur ouvrir les portes du ciel en les faisant entrer dans le sein de l’Église romaine, qu’il chérit comme une tendre mère. Nouveau missionnaire, il montrera aux vaincus une voie de salut qu’ils ignorent, et quand son bras cessera de les frapper dans les batailles, il gravera par sa puissance le signe sacré de la croix sur leur front. Je sais que les ennemis de l’Église ont voulu dénaturer toute cette conduite et présenter sous un jour odieux de grands faits dont ils ne comprenaient ni la portée ni le motif; mais aux yeux de la foi, et malgré les rigoureuses mesures dont ils furent parfois accompagnés, ces faits mémorables n’en conservent pas moins, dans leur principe et dans leur but, une grande et charitable pensée qui doit faire à jamais la gloire du prince assez puissant et assez chrétien pour l’exécuter.
Encouragés par cette royale protection, religieux ou séculiers, prêtres et Pontifes, tous s’avancèrent avec un zèle infatigable et un amour infini au milieu des vaincus , pour leur dévoiler les beautés ravissantes et les trésors d’une foi qu’ils repoussèrent d’abord comme une loi ennemie, mais dont ils finirent par goûter les charmes.
Jetons maintenant un coup d’œil rapide sur la marche suivie par ces nouveaux apôtres dans la prédication et l’établissement de la loi évangélique parmi ces peuples, car la conversion des peuples du Nord est une des plus remarquables époques des missions opérées par l’Église au milieu des infidèles. Ici déjà, le clergé séculier ne se trouvera plus à la tête de cette œuvre de dévouement. Les enfants de saint Benoît vont en prendre presque tous les travaux et la gloire ; mais on ne remarquera pas, entr’eux et les premiers missionnaires, cette différence dans le mode qui caractérisera plus tard leurs successeurs. Moins dépendants de l’esprit de corps que ne le seront un jour ces derniers, rapprochés d’ailleurs du clergé séculier par l’éminente position hiérarchique d’un grand nombre d’enlr’eux, nous les verrons se conformer dans l’ensemble de leur conduite à ce qui s’était fait jusqu’alors dans l’établissement des nouvelles Églises. De toutes parts des évêques sont placés au milieu des nouvelles chrétientés. Moins nombreux peut-être que dans les temps antérieurs, ils le seront assez cependant pour créer autour d’eux de véritables Églises, et surtout ils établiront des asiles de science et de piété, formeront dés les premières années, déjeunes chrétiens indigènes pour en faire après eux le soutien des églises; c’est dans le sol qu’ils puiseront les ressources de l’avenir, sans compter, comme on fera plus tard, sur des secours que la distance des lieux et bien d’autres obstacles rendent toujours si précaires. Et , nous pouvons bien le dire avec un écrivain dont l’autorité historique sera toujours fort grave en semblable matière : « Partout où pénétra le christianisme, il » fut accompagné de l’institution épiscopale , et l’exis-
» tence irrégulière d’une église sans évêque était un » phénomène réservé à l’étonnement des siècles posté- » rieurs 1 . » A quoi nous devons ajouter que jusqu’à cette même époque, non-seulement l’Église établie dans un lieu reposa partout sur le puissant appui d’un évêque, maisque partout aussi, après une succession de quelques pontifes étrangers, non-seulement les sièges furent établis d’une manière complète et irrégulière, mais qu’ils étaient occupés par des prélats indigènes. Plus souvent encore, surtout dans les premiers temps, les premiers évêques eux-mêmes étaient choisis dans le sein de la chrétienté qu’ils doivent conduire. Ces faits. Monseigneur, ont une importance très grande que la suite des événements nous fera mieux apprécier encore.
Pendant que l’empire de Jésus -Christ et de la sainte Église s’étendait ainsi en Occident, l’Orient au contraire se préparait au déplorable schisme qui le désole encore. Féconde jusqu’au moment de sa rupture avec le centre d’unité, l’Église de Constantinople avait rallié de temps en temps quelques nations à la foi. Les ravages des barbares lui avaient, comme en Occident, fourni les moyens d’en soumettre une partie à la loi du Sauveur; mais le temps arriva où l’orgueil devait consommer dans son sein l’œuvre d’iniquité si long-temps méditée, Photius et Michel Cérullaire ne craignirent pas de rompre avec l’Église mère et maîtresse à laquelle Jésus-Christ a confié le dépôt des vérités divines ; et séduit par leurs paroles de mensonge,
1 Les Antiquités (le l’église Anglo-Saxonne, par le R. Docteur John Lingard ; traduites de l’anglais sur la seconde édition, par A. Cumberwolh. — ln-8”, Paris, M'"* Carié de la Charie, 1828, p. 59.
l’Orient tout entier leva l’étendard de la plus funeste révolte. Dès-lors toute vie s’éteindra dans l’Église rebelle, toute beauté se flétrira sur son front, et ses entrailles frappées de stérilité ne produiront plus d’enfants de lumière pour la céleste Jérusalem. En vain cherchera-t-on dans la suite, à lui redonner la force qu’elle a perdue; opiniâtre dans son orgueil, elle ne saura que résister avec une triste constance à tous les efforts tentés à plusieurs reprises ; elle languira sans espérance et sans vie jusqu’à ce qu’elle devienne, de nos jours, un déplorable instrument d’ambition politique, hostile au monde et à la véritable Église de Jésus-Christ.
Cependant, cette reine sans faiblesse continuait à travailler avec succès à l’œuvre de régénération sociale qu'elle avait reçu mission d’accomplir; le travail d’enfantement des sociétés modernes continuait à s’opérer sous la puissante direction de la pensée catholique; on voyait les peuples se former, et les sciences humaines reparaître avec l’ordre et la paix qui renaissaient dans l’Occident. O.i peut apprécier maintenant la grandeur de cette œuvre, que nulle autre puissance sur la terre ne pouvait accomplir, ce qu’il a fallu de sagesse et d’efforts aux Pontifes de cette époque pour rétablir l’harmonie sociale au milieu des éléments de guerre amassés de toutes parts, et le bien que les rois et les peuples ont retiré d’une intervention pacifique qui les . protégeait également les uns et les autres. L’histoire à notre époque se montre juste sur ce poin. Mais bieu souvent cependant l’Église eut à se plaindre des peuples des rois, ainsi ÿ>utenus par sa puissance; je n’en veux citer pour preuve que les envahissements injustes à la suite desquels s'éleva la lutte gigantesque soute-
nue avec tant de courage par le grand et saint Ponlife Hildebrand. Ce n’est pas ici le lieu de rapporter toute la force de vie et l’incroyable puissance d’action rendues à l’Église par ce grand homme, qui sut embrasser d’un même coup d’œil, et diriger d’une main toujours assurée, toute la marche intérieure et extérieure du monde catholique, lutter avec une incomparable grandeur d’âme contre un empereur indocile à la plus légitime des autorités, et porter en même temps sa sollicitude sur les Églises les plus reculées de la terre.
Mais ce que nous ne devons pas passer sous silence, c’est que, de tous les Pontifes romains, il fit le premier retentir du côté de l’Orient une parole dont le puissant écho émut bientôt la chrétienté tout entière; le premier de tous, il convia les peuples à la guetre sainte des Croisades dont l’influence fut si grande pour le maintien et la propagation de notre sainte foi évangélique.
Menacés par un ennemi redoutable du nom chrétien, les Grecs de Byzance tournèrent leurs regards vers l’Occident d'où pouvait leur venir du secours, et la crainte du danger abaissant ainsi leur orgueil , put faire espérer un instant de les ramener à la vérité religieuse en les sauvant du péril qui s'apprêtait à fondre sur eux. Saint Grégoire VII ne pouvait laisser échapper une occasion aussi heureuse et aussi imprévue de compléter la grande pensée d’unité qui faisait toute sa vie. Sa voix se fit donc entendre à toute l’Europe qu’il appelait aux armes pour défendre l’Orient chrétien et les saints lieux contre les injustes attaques d’un implacable et commun ennemi. La mort l’empêcha, il est vrai, de voir l’accomplissement de ce projet digne de sa grande âme;
mais sa pensée demeura, et nous allons en apprécier rapidement les immenses conséquences.
Bientôt de pauvres prêtres, des religieux se levèrent, dont la parole éloquente, rendue toute puissante par l’autorité du Siège apostolique, réveilla la chrétienté qu’elle arma tout entière contre les infidèles. Et ces guerriers au cœur généreux s’élancèrent avec une ardeur indicible sur des champs de bataille où la croix servait de drapeau, où la mort était bien souvent plus précieuse que la victoire. A la voix de Pierre l’Hermite, l’Europe se précipita sur l’Asie pour conquérir la ville sainte et la terre arrosée du sang de Jésus - Christ. A des ennemis armés du glaive, l’Église opposa ses magnanimes poitrines de Croisés, ces missionnaires bardés de fer qui refoulèrent l’islamisme, et sauvèrent l’Occident par ces attaques gigantesques. Après Pierre l’Hermite viennent Saint Bernard, puissant par ses miracles, Foulques de Neuilly, non moins rempli de foi, et toute la sifite des Pontifes romains qui ne cessèrent d’appuyer des efforts tentés avec courage, poursuivis quelquefois avec succès, mais traversés ensuite par mille obstacles et rendus trop souvent inutiles par les fautes et les excès des Croisés.
Nous ne chercherons pas à examiner ici, Monseigneur, le caractère de ces expéditions sous le point de vue politique ; nous n’entreprendrons pas d’en disculper les auteurs du reproche d’injustice qu’on s’est plu parfois à leur faire; seulement nous dirons que, pour des hommes de foi, ces reproches tombent d’eux-mêmes, puisque l’Église les encouragea de tout son pouvoir, que de grands saints les prêchèrent, et que Dieu luimême les autorisa souvent par d’éclatanls miracles. Et
si ces. considérations ne touchent pas tout le monde, nous ajouterons que les ennemis des Croisés n’ont jamais songé à leur adresser de semblables reproches ; qu’au contraire, ils se regardaient eux-mêmes comme les agresseurs, et que par conséquent les chrétiens pouvaient user des droits de la plus juste défense en se maintenant de tout leur pouvoir dans les paisibles et légitimes possessions de leurs pères. Nous ne parlerons pas non plus des résultats obtenus ainsi pour l’indépendance et la civilisation de l’Europe ; ce sont des faits trop avérés pour avoir besoin d’être rappelés ici. Mais nous considérerons avec une véritable complaisance tout ce que ces belliqueuses entreprises eurent d’influence sur la marche de la foi dans le monde, non-seulement en arrêtant les Musulmans dans leurs conquêtes, mais encore sur le développement pris à cette occasion par les pacifiques conquêtes des missionnaires.
De nouveaux combats à soutenir et des peuples jusqu’alors inconnus à évangéliser demandaient, en quelque sorte, de la part de Dieu, une manifestation particulière de son assistance sur l’Église, dont jamais les besoins et les dangers n’avaient été plus grands, et cette marque de protection infaillible ne se fit pas longtemps attendre. En même temps qu’un grand Pape occupait le siège de Saint-Pierre, deux milices nouvelles se formèrent au moment même où leurs services devaient être le mieux sentis. Saint Dominique et Saint François réunissaient leurs premiers enfants, et préparaient ainsi à l’Église de puissants secours pour le moment où, cessant de s’appuyer sur le glaive despuissau ces de la terre, elle emploierait plus exclusivement à sa
défense les armes spirituelles et invincibles mises entre ses mains par le l\oi des rois.
D’une part, les ravages causés dans nos provinces par les nombreux partisans de l’hérésie appelaient sur ce point des hommes apostoliques à la défense de la vérité méconnue; de l’autre, les rapports avec l’Orient avaient révélé, au-delà des terres soumises à l’islamisme, des peuples nombreux ensevelis encore dans les ténèbres de l’erreur. Il fallait donc à l’Église de nombreux auxiliaires pour suffire à tant de travaux, et c’est ce qu’elle rencontra dans les instituts naissants dont nous venons de parler. Animés par le zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes qui remplissait le cœur de saint François et de saint Dominique, les enfants de ces deux grands patriarches accomplirent cette tâche avec une ardeur admirable. Et pour parler seulement de l’œuvre qui nous occcupe, ils portèreut la foi de Jésus- Christ et rendirent témoignage pour son saint nom parmi les Maures d’Afrique, les Musulmans de la Palestine, les Tatars que Timour-Lenc entraînait à sa suite et jusqu’aux frontières de ce Kathai mystérieux où la parole divine a tant de peine encore à se faire entendre aujourd’hui, malgré tant d’espérances.
Les succès de ces missionnaires furent donc bien glorieux pour l’Église; mais malheureusement ils ne prirent pas la marche suivie dans le passé pour en assurer la durée '. Moins en harmonie avec le clergé sé-
1 Nous trouvons dans un manuscrit intitulé -.Nota luslorii/uessur laCongré gai ion îles Missions Etrangères ,u n aperçu fort remarquable sur l’influence de cette nouvelle marche prise par les religieux de celte époque. Nous le rapportons ici d’autant plus volontiers qu’il-donnc une idée de l’importance attachée par nos premiers vicaires apostoliques à la for-
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culier que ne l’avaient été les Bénédictins du temps de Karl-le-magne, les nouveaux, apôtres conservèrent trop ap milieu des nouvelles chrétientés la forme religieuse de leur institut; et l’esprit de corps, louable sans doute lorsqu’il est maintenu dans de justes limites, les
mation d'un clergé indigène dans les pays de leurs missions. Ce passage estexlrait des instructions données par Msrde Mélellopolis, vicaire apostolique de Siam, à M. de Quemener, l’un de ses missionnaires qui! envoyait i Rome en 1GÜ0. v
• Dans ces missions , dit-il, on ne voit point que les Religieux ayent » grand xele pour y établir un clergé, ni même les vicaires apostoliques
• religieux et au contraire plusieurs crient la contre. Cependant la conr
• de Rome voit assez l'impossibilité de fonder, et d'établir solidement la
• Religion, sans faire en même temps des Prcstrcs naturels. On uoitpar
> expérience que les Missions qui ont le plus fleuri depuis saint Louis
• que l'on peut appeller le fondateur, et le grand patriarche des mis-
• sions de la manière qu’elles se font aujourdhuy , ayant le premier » enuoyé, ou procuré l’eBUoy des religieux de saint François et de
• saint Dominique jusques à la Tartarie, lit où ils ont conuertis desRoys,
• et des Royaumes entiers, comme on uoil par les relations de ces saints » Religieux. Cependant depuis ces missions la de saint Louis iusqu’a » présent on n’en uoit plus aucuns vestiges, que dans la Mission d’A- » buenner en Perse. Or i’ay souuent fait reflexion à cela et je n’en ay . point trouué d’autres raisons, si ce c’est que dans les autres Missions » il n’y auoit que des Religieux et ne laissoient point des héritiers ny des » successeurs de leurs Ministère Apostolique cl qu’il n’y a ctt que dans
• celle d’Abuenner ou un saint religieux de saint Dominique ayant esté » consacré Euesque fut enuoyé par le pape Jean 23. Il y fit des Prostrés
• et des Religieux de son ordre qui ont succédez les vns aux autres ius-
• qu’a ce temps cy. Il est uray que cet Euesque Dominicain csloit un
• saint et je pense qu’il a esté canonizé. Je ne me souuiens pas bien de
> son nom. S'il auoit fait comme tant d’autres Religieux, il y a bien de » l’apparence qu’on n’y uerroit pjus rien. Ce n’est pas cerne semble « nous louer exorbitamment que de dire que nous suons plus de zèle, et » plus de désir deuoir un clergé estably en ces pais cy, que les Religieux. ■ Aussi n’est-ce pas leurs esprit. Ce n’est pas par la que ie ueuille dire
• que nous v réussirions mieux qu’eux, mais seulement que nous auons
• plus de volonté. » — p. 57.
empêcha de fractionner leur centre d’action, en cherchant sur le sol même où ils travaillaient les éléments de perpétuité de chaque Église particulière. L’institution des évêques continua, il est vrai, comme par le passé; mais on s’habituait à les choisir exclusivement parmi les missionnaires, et l’on devint plus difficile à convaincre que ces chefs des nouvelles Églises pussent être pris parmi les rares chrétiens du pays élevés au sacerdoce. Dès-lors le clergé indigène cessa, pour ainsi dire, de conserver aux yeux des ouvriers évangéliques toute l’importance qu’on lui avait précédemment attribuée avec tant de justice, et ce défaut, introduit dans la constitution hiérarchique de ces contrées, fut d'autant plus funeste que les découvertes des grands navigateurs allaient bientôt offrir un vaste champ au zèle apostolique des enfants de l’Église.
Le quinzième siècle témoin de ce grand événement s'était d’abord ouvert sous de tristes auspices. Déchirée au-dedans par le double schisme d’Orient et d’Occident, attaquée à l’extérieur par les Turks qui s’emparaient de l’orgueilleuse Stamboul, l’Église pouvait encore voir de loin dans l’avenir les malheurs que l’impie Luther allait déchaîner sur elle ; Wielef, Jean Huss et les autres y avaient préludé dignement par leurs attaques audacieuses. Mais, comme à toutes les époques de grandes calamités, des sources fécondes de consolation s’ouvrirent pour elle, d’une manière aussi abondante qu’inespérée; car tandis que Dieu punissait les crimes de quelques peuples en leur retirant sa lumière, il faisait briller pour d’autres cette clarté céleste et redonnait ainsi à son épouse de nouveaux enfants destinés à combler le vide fait dans son cœur par lant d’ingrats.
Alors la carrière féconde ouverte aux nouveaux apôtres s’agrandit dans une proportion extraordinaire; de vastes contrées s’offrirent aux regards du souverain pasteur, couvertes de brebis errantes auxquelles la voix du divin Maître ne s’était pas encore fait entendre; la charité de l’Eglise sentit donc ses entrailles se dilater et la joie renaître au milieu des larmes. De nombreux missionnaires se pressèrent sur tous les chemins du monde ancien et du monde nouveau ; une ère de brillants succès commença.
Vous savez, Monseigneur, les conquêtes sans nombre faites à l’aide delà protection des princes catholiques, et celles bien plus consolantes encore, accomplies sans autre secours que les travaux des missionnaires et le sang des martyrs ; toutefois je passerai sous silence ces faits éclatants. Aussi étendus dans leurs détails que féconds dans leurs conséquences, 'ils demeureront dans l’histoire comme une' nouvelle preuve des immortelles promesses du Sauveur et de sa protection incessante sur l’Église. J’entrerai seulement avec vous dans quelques considérations que je crois nécessaire de vous développer pour vous expliquer plus facilement ensuite le but et l’origine de la Congrégation dont je veux bientôt vous entretenir.
A cette époque de combats et de victoires, l’Église reçut des mains de Notre Seigneur la plus puissante peut-être de toutes les créations religieuses suscitées dans le cours des siècles, pour la défense de la vérité catholique ; Saint Ignace et ses compagnons réunis dans le sanctuaire du Mont des martyrs jetèrent les fondements de la Compagnie de Jésus. Nouvelle milice créée dans un but tout particulier au milieu de la grande
armée de l’Église, cette société reçut une organisation puissante fondée sur un inviolable principe d'unité- Grand par son génie et par sa sainteté, saint Ignace voulut faire de ce grand corps un tout compact, marchant comme un seul homme, sous l’autorité d’un chef unique relevant lui-méme uniquement à l’extérieur du siège- apostolique , et il y réussit aussi complètement qu’il pouvait l’attendre. De là, dans sa pensée, celte obéissance passive et absolue, cet éloignement des dignités ecclésiastiques et ces autres prescriptions dont il fit une loi rigoureuse à ses disciples ; de là aussi, il faut le dire, les abus eux-mêmes dont il ne put garantir sa compagnie, parce que, dans notre condition humaine, l'infaillibilité n’est promise qu’à une seule société sur la terre, la société universelle de la sainte Église catholique-romaine notre mère.
Ne vous étonnez pas, Monseigneur, si j’entre ici dans quelques détails sur l’organisatiou fondamentale de la Compagnie de Jésus ; ces développements vous donneront une idée plus précise de la pensée du Saint- Siège dans l'établissement de notre Congrégation que nous devons en grande partie à la marche suivie par les membres de cette société dans les missions étrangères. Etablie, comme je vous le disais, sur la base d’une unité plus étroite encore que celle donnée aux institutions précédentes, la Compagnie de Jésus devait aussi, plus que les autres corps religieux, participer aux avantages et aux inconvénients d’une semblable constitution, et c’est là ce qui explique en grande partie tout le bien et tout le mal qu’on a dit et que l’on continue à dire de ce corps aussi puissant dans son ensemble que respectable dans ses membres. Pour
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nous borner ici à ce qui concerne spécialement le sujet qui nous occupe, nous pouvons remarquer que l’œuvre des Jésuites dans les missions étrangères a toujours été marquée d’un mélange de grands avantages et d’imperfection sensible, dont les conséquences eurent également une grande portée. Destinée, comme toutes les corporations religieuses, à faire dans l’Eglise une œuvre partielle, quoique très-étendue, elle ne pouvait pas plus que les autres, embrasser une vue d’ensemble réservée au seul corps institué immédiatement par notre divin Sauveur; voilà son côté faible. Supérieure à beaucoup d'autres par le choix de ses membres et par la force d’action imprimée par le chef à chacun d’eux, elle se trouvait plus que beaucoup d'autres, capable d’accomplir glorieusement la portion de travail que l'Église lui avait primitivement confiée, et c’est là ce qu’elle a tou jours fidèlement exécuté. Ainsi, les Jésuites sont -ils appelés à ouvrir une mission, à réunir des chrétientés naissantes et à entretenir la ferveur parmi elles; alors nous les voyons remplir avec autant d’ardeur que de succès cette œuvre parfaitement comprise dans le but de leur institution. Qu’il s’agisse, au contraire, de donner à ces mêmes chrétientés déjà subsistantes, une forme stable et assurée pour l’avenir, par rétablissement des évêques et par la formation du clergé indigène, alors cette ardeur n’existe plus et se trouve même remplacée par une répugnance qui se révèle dans leur conduite à toutes les époques. Ne pouvant conserver de liens communs avec les prêtres indigènes, qu’-en leur faisant perdre le caractère de nationalité et d’adhérence au sol, (condition nécessaire cependant, de tout clergé destiné
à devenir un jour la tête d’une Eglise) , ils ne prirent jamais les moyens d’en établir suffisamment autour d’eux. Et comme cette marche fut également suivie alors par les autres religieux appliqués aux mêmes travaux, il s’en suivit une déviation faeheuse dans la tendance si marquée chez les missionnaires des anciens âges '. De cette manière, les nouveaux ouvriers évangéliques plaçant toutes leurs espérances d’avenir dans un centre étranger au pays qu’ils occupaient, firent reposer le maintien et le progrès des églises sur ces secours lointains que mille obstacles pouvaient arrêter au moment même où ils seraient le plus utile.
Cependant la maternelle sollicitude et la haute prudence de Rome, ne pouvaient sans craintes pour l’avenir, voir les choses s’établir ainsi sur une hase toujours incertaine, et que des siècles entiers de missions ne rendront jamais nationales et permanentes; elle insistait fortement sur la nécessité de songer avant tout à former pour le sacerdoce et pour l’épiscopat2 des sujets indigé-
* • Non (lefnerunl uarii Episcopi Religiosi in Mission ihus velut in Ja-
• poniâ, Aetiopiâ, et aliis parlibus; sed uix ullos ex indigents ab illis ad » sacra promolos fuisse audiui, nisi noucni aut deeem ad summum cos- . que iam senes, et non nisi post susceplum Rcligionis habituai. • Méi ». de Monseigneur de Mélell. à la Prop. — /.or. cit. p. 59.
5 Le désir que le Saint-Siège avait, de voir élever des indigènes à l’épiscopat, Ait très-souvent et très-fortement exprimé aux différents missionnaires, ainsi qu’on peut en juger par le passage suivant d’une lettre écrite par Ms' de Mélcllopolis, au pro-vicaire de Cochinchine, en 1691. « De plus, disait le prélat, comme la Congrégation vent des Euesques na-
• turels, il faut prendre garde de donner de trop avantageuses informa-
• lions des prestres qui y sont desia, mais dire tout nettement le bien et > le mal. Cepandant, pour contenter la Congrégation i’ay crû que des
• Ecoliers qui sonlicy il en falloit faire comme trois classes, les uns qui
• en 20 ou 30 ans pourraient eslre Euesques, et a ceux là leurs donner
nés capables d’en exercer dignement les sublimes fonctions, et elle gémissait profondément sur les obstacles qu'on lui objectait sans cesse contre l’exécution de ses vues, et que l’éloignement où elle se trouvait ne lui permettait pas d’apprécier à leur juste valeur. Les choses se passèrent ainsi jusqu’au moment où l’anéantissement complet de l'église japonaise vint justifier ces craintes et démontrer l’affligeante vérité sur laquelle aujourd’hui il ne serait plus permis de se faire illusion. Rome alors n’hésita plus et elle songeait sérieusement à prévenir ailleurs le retour d’un semblable désastre, lorsque la Providence lui amena des extrémités du inonde, un illustre missionnaire 1 que la même pensée remplissait et qui venait la déposer aux pieds du vicaire de Jésus-Christ. Eclairé par lui sur l’état des Eglises delà Haute-Asie, le Pontife qui occupait le siège de Saint-Pierre s’éleva au-dessus des oppositions sans nombre soulevées contre ce projet, et il allait le réaliser lorsque la mort l’empêcha de le mettre à exécution, mais il fut repris et conduit à un heureux terme quelque
» une instruction plus particulière, surtout pour leur bien former le ju-
• genienl. Je n’en uoy que. 3 ou b. Les seconds pour cstrc missionnai-
• res. Les troisiesmes pour eslre seulement comme conducteurs et vi- » caires des missionnaires. J’ay enuie d’enuoyer ce système à la S. C. affin
• qu’elle ne se laisse pas tromper. » Loc. cil. p. G2. — Du reste, la pensée des Souverains Pontifes était si formelle, sur tout ce qui concernait le clergé indigène, qu’innocent XI disait un jour à Mb’ d’Héliopolis, notre premier évéque, qu’il aimerait mieux lui voir faire un bon prêtre dans ces contrées , que convertir eim/uante mille idolâtres. — « Hoc tu-
• prémuni illt dixit vcrbum, tcilo gratins nobis fore, cnm audicrimus vnicuin , tndigetiam a te sacris initiation, i/uuui quim/uaginta gentilium millia à te
• baptiuila. • Loc. cit. p. 67.
* \œ P. de Rhodes, do la Compagnie de Jésus, dont nous parlerons bientôt en détail.
temps après. Faire des prêtres et des évêques indigènes dignes de leur mission, voilà le but que le Saint- Siège avait alors en vue et qu’il espéra pouvoir atteindre en jetant les fondements de la Congrégation des Missions-Étrangères. De sorte que cette institution ne doit pas être confondue dans son but immédiat, avec les autres corps religieux appliqués d’une manière plus ou moins spéciale à l’œuvre apostolique chez les nations infidèles. Elle a été créée pour affermir les églises sur des bases inhérentes au sol, et c’est vers ce dernier terme qu’elle doit diriger toutes ses vues, tandis que d’autres peuvent, sans être infidèles à la condition de leur existence, s’arrêter à un but moins élevé que le nôtre sous ce rapport. Appelée à n’avoir qu’une existence vraiment transitoire, ce n’est pas à sa propre perpétuité, mais bien plutôt à son heureuse destruction qu’elle doit tendre, si elle comprend bien toute la portée des vues que le Saint-Siège avait en la créant. Grâces au divin Maître, cette vérité s’est toujours maintenue parmi nous dans les traditions de nos pères ; mais , le comble de notre gloire serait d'atteindre enfin les dernières et si désirables conséquences du principe sur lequel notre vie est fondée. Le bien opéré jusqu'à présent est satisfaisant sans doute; mais quelles heureuses conséquences n’aurait pas, sur toutes les églises formées aujourd’hui dans le monde , la complète réalisation d’un désir qui doit bien enfin s’accomplir un jour parmi toutes les nations de la terre.
A considérer les choses telles qu elles sont aujourd’hui, notre influence sur l’œuvre générale des missions étrangères fut réellement grande, parce que le principe dont nous vivons est parfaitement en harmo-
nie avec la marche suivie par les apôtres et par ceux des missionnaires qui se sont le plus rapprochés des traditions divines dans leurs travaux au milieu des peuples. Mais je voudrais, Monseigneur, pouvoir vous dire la portée de notre institution par rapport aux succès futurs delà prédication évangélique; vous faire connaître, en détail, les chances de succès qui s’offrent à nous dans le présent et dans l’avenir pour parvenir complètement au terme que nous poursuivons et les obstacles qui s’y opposent sans cesse; vous dire encore l’importance religieuse et même politique de notre œuvre considérée par rapport à l’ensemble de l'Église et des gouvernements ; mais j’ai senti que pour donner du poids à toutes ces paroles, il était nécessaire avant tout, de les appuyer de l’autorité d’une expérience que je n’ai pas. Je me suis donc contenté de vous offrir ici un résumé historique beaucoup moins développé que ce plan le comporterait, dans lequel cependant j’ai suffisamment fait ressortir les principales pensées que je viens de vous ex- . poser. Heureux si, par ce moyen, je puis engager d’autres personnes à entreprendre, sur cette riche matière, un travail plus étendu que le mien, et plus capable, par conséquent, de faire apprécier l’importance d'une œuvre à l'accomplissement de laquelle les âmes les plus généreuses et les plus vastes intelligences trouveront toujours de quoi largement satisfaire leur besoin de création et d’amour.
Jamais, en effet, œuvre dans l’Église n’a eu plus de grandeur dans Son but , èt plus d’obstacles à son exécution. Difficultés de la part des indigènes qu’il faut préparer au sacerdoce et à l’épiscopat, difficultés amenées par d’incessantes persécutions de la part des sou-
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verains infidèles, difficultés enliti, plus grandes peutêtre de la part de ceux mêmes que Notre Seigneur envoyait à la conquête des âmesj voilà ce que nos évêques ont rencontré dés le principe, et ce qu’ils ont en grande partie surmonté avec bonheur Voilà
4 Pour vous donner une idée exacte des obstacles que nos premiers Vicaires Apostoliques rencontraient dans la formation du clergé indigène, je crois devoir, Monseigneur, rapporter ici un passage remarquable d’un mémoire adressé en 1693 5 la S. Congrégation, par Msr de Métellopolis. Je le donne exactement conforme à la copie qui s’en trouve p. 64 des Notes hist, et je crois plus convenable de me contenter de le citer ainsi sans y joindre de traduction.
Voici comment le prélat s'exprime;! propos de la création dece clergé, dont il s’occupait avec le plus grand zèle : • A principio bujus sæculi , » et forte prius, hoc negotium tractari cœptum, inchoarj taraen nun-
> quant potuit , quousque S. Congregatio ad lias parles millcrel Vicarios
• Aposlolicos. Non abs rc ai'tem videtur, si corunt qux gesta sunt bre- . uilcr reuocatur memoria. Ac primo quidem anno salutis 1616, 11 Scp-
> tembris mandauit Sacra Congregatio scribj ullimo Kpiscopo Japonico » D. Didaco Valenle in Machao residenti, ut Japonicos quos necessarios ■ cl idoneos esse judiceret, ad sacros ordines usque ad presbyteralum » promoueret, sed boc sine ullo elfectu. Sacra autem Congregatio per-
• speetîk fleligiosornm adversus indigenarum ordinationem tam acriler
• insurgentium resistentià, ab illis jussit inquirj rationcs et motiua, qui-
• bus ad id inducerentur. Rationes aliquot illi protulerunt, quæ cùm
• expensæ maturius fuissent, friuolæ omnes, nec consideratione dignæ
> judicatæ sunt, alque famosum illud sequens decretum anno 1630,
> 28 octobre datum est. Omnino prouidendum esse, ut qui ex luths fuerint a magis habiles, post diligentem, et exaclam eorum instructiouem, moruma que eorumdeut per atii/uot annos probationem, et iu pietate christianasquc a Rcligionis functionibus cxercitationcm, ad sacros ordines usque ad sacerdoa tium inclusiuc promoueantur. llujus sent entier rationes sunt : 1° quia id a factum fuisse ubique per c 1 postotos , et in primitiua Ecclesia per Episcopos a salis ex scriptura sacra, hystoriisque Ecclesiasticis constat. 2° Quia India génie majorem habent apud suos fulem. 3° Linguas ciuium suorum , eoruma que mores, et inclinationes magis norunt, ex quibus fit, ut quemadmoilum a collector Lusitanice scribit, plus facturus sit unus bonus Indus, quant cena htm Europaj, maxime cùm ipsi jam sint Indis ob uarias causas, et pra-
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aussi, Monseigneur, ce que je tâcherai de vous développer dans le cours de cet ouvrage que j'ai divisé de la manière suivante. Après avoir résumé l'ensemble
• sertim ob diuitiarum a mulationem parut» accepti. Non ohstantc tamcn
• tain solemni decreto à prise! Regulares non rccesserunt sentontià, » pront III. D. Ilispaniœ Nuncius an. 1633, liis verbis rescripsit ad sa- » cram Congregalionera : Il promouere i Naturali al sacenlotio fît sempre » m ta ferma opinione conlro quasi luit’ i noslri Europci che lo rimpro-
• uano, etc. III. autem D. Ingoli secrelarius (am induratæ obstinationis
• radicem altentius perscrulatus , sic loquitur. Dalle varie rclalioni che
• pcrcio si sono faite , si vede manifestamcnle che gl’ Europet non vogliono » che si promouino i nationali, per non esser loro poi di la scacciati, e per
• non perdere quel dominio cd i guadagni grandi , che dall’ Italie cauano, ■ eoli quati , corne si vede in Spagna ed in Portogallo arricliiscono le loro » case, ed anche in quelle parti le slabiliscono facendovi sontuose fabriclie
• c lasciando maggiorasclii di grand’ imporlanza.
« Et haec sapienlissimè, quorum cl nos oculati lestes sunnis. Et vero
• non obstantibus tôt decrctis, prccdiclns D. Valons,' qui triginta quin-
> que annos Machao substitit, et cui demandata fuerat Sinicæ missionis
• adminislratio, non dicilur ullum Sincnscm ordinassc. Hoc enim erat
• apud Patres Soc. fixum firinumquc nec Sinenses, nec Tunkinenses, nec
• Cocincinensesad sacerdotium dcberc admilti. At subsequentibus annis
> cum Religio in Tankiuo et Cocincina floresccret in dics, lum P. Alex- » ander de Rhodes vir verè aposlolicus, cinn viderct crebras in regioui-
> bus iilis persccutiones ficri, neediu seruari posse Keligionem nisi ipso » rummet Indigcnarum ope, qui sacerdotio iniliati, facile1 inter suos la-
• titare possent; Pater inquam Alexander , clam Lusitanis Patribus
• Romani abijt. Bœ Mœ Innocentio X et Sacrce Congregalioni statum Re- » ligionis exposuit, et anno 1651 decretnm emanauit de procuranda In-
• digenarum ordinalionc per Episcopos qui milterenlur.a — Memoriale Episcopi Mclellopolitani ad Sacrant (long, de Propaganda fuie circa Jus Portugalliœ ut aiunt, restilutum et nouant pra M issionibus dispositionetn.
Ajoutons 5 cela, que, d’un autre côté, pendant que les Réguliers mettaient tant d’opposition i l’ordination des priHrcs indigènes, le clergé de Goa en faisait un si grand nombre et avec si peu de discernement qu’il en résulta souvent les plus déptorables scandales. Et c’est entre ces deux excès également funestes que nos évêques ont constamment marché dès le principe.
tics faits relatifs à l’établissement et aux progrès de notre Congrégation jusqu’à la mort des premiers vicaires apostoliques ; je suis séparément chaque mission pour en faire voir les succès et les revers jusqu’à nos jours. De graves discussions ayant eu lieu autrefois entre les différents missionnaires appelés à évangéliser la Chine, j’ai cru devoir faire précéder le récit des événements particuliers à celte mission, d’un exposé fidèle de l’origine et des phases successives de ces divisions funestes ; en cela mon intention n’a pas été de réveiller hors de propos, de pénibles souvenirs, mais j’ai désiré mettre ainsi l’histoire à même de rectifier des faits présentés jusqu’à ce moment sous un jour peu conforme à la vérité. Pour y parvenir, j’ai fait ce qui dépendait de moi pour me maintenir indépendant des passions trop souvent hostiles de l’un et de l’autre parti, et je me suis plu à consulter de préférence, des sources non suspectes, parmi lesquelles il faut placer, au premier rang, la mémorable bulle au moyen de laquelle Benoit XIV a terminé ce trop long démêlé. Par là je crois être parvenu à connaître et à bien apprécier l’ensemble de la question; parfois, cependant, j’ai rencontré certains faits de détail, sur lesquels il m’a été difficile de baser une opinion bien certaine en présence des allégations contradictoires des deux partis '. Dans ce cas j’ai taché de me tenir dans
' Pour citer un exemple, je dirai <jue difficilement j’ai pu savoir si les jésuites avaient ou non toléré, eu certaines circonstances , les grandes cérémonies du culte de Kong-fou-lsc ( Confucius ) et des Ancêtres. Ils le nient aussi positivement que leurs adversaires l'affirment, et il m’a semblé reconnaître en résumé, que si la plupart d’cnlr’enx n’allèrent pas jusque lit, d’anlres crurent pouvoir le faire.
les limites d’une réserve commandée par la prudence et l’impartialité, me contentant de bien caractériser les points fondamentaux d’une question sur laquelle le jugement du Saint-Siège ne laisse plus maintenant aucun doute.
Enfin, Monseigneur, je terminerai le résumé historique de nos missions par un aperçu sur différents faits de ces derniers temps, dont l’influence s’étend également à tout l’ensemble de la Congrégation. Et vous verrez qu’en tout cela, il a fallu bien de la constance à ceux qui nous ont précédés , pour persévérer fidèlement dans la poursuite d’un but dont on s’efforcait de les détourner par tant de moyens ; vous verrez qu’avec bien peu de ressources extérieurs, il leur a été donné de faire beaucoup pour la réalisation de cette pensée qui sera toujours la base de notre conduite pour l’avenir, comme elle a été leur régie inviolable dans le passé. Daigne le Dieu très-bon et très-saint, à la gloire de qui j’ai entrepris ce travail, répandre ses bénédictions sur mes faibles efforts, et en faire pour quelques âmes un instrument de grâce et de salut!