XX
fort gênant, en vérité^ et la privation est dure d'être forcé de se contenir.
Af"' d'Épine^ la supporte, parce quelle est une femme à principes, elle tombera, et plus dune fois, mais ces belles règles de conduite sévère dont elle aime à répéter la formule ne fléchiront pas. Elle sait gré à M. Grimm de la sévérité de ses maximes : on a la double joie de pécher ensemble, et celle de se condamner philosophiquement dune commune voix. La vie laissera quelque chose à dire, mais l'esprit ne composera jamais, et, dans ses naufrages multi' plies j on conservera comme abri suprême le stoïcisme des paroles.
S'il est vrai que -M°* dÉpinay eût des idées personnelles sur l'éducation, qu'on ne les cherche pas du moins dans les Lettres à mon fils. Quand une femme a un système, quand elle parle philoso-
(xxi)
phie^ morale, éducation ou politique, il est bon généralement de regarder pardessus son épaule s'il ri y a pas derrière elle quelqu'un qui la souffle à son insu. A travers Af"® dÉpinay, et dans ce que ses idées ont de particulier, c'est Rousseau^ c'est Diderot, qu'on entend.
Elle parle comme Alceste ou Rousseau de la politesse mondaine, de la banalité des éloges, de cette continuité de mensonges qui est en partie le fond de la ci^ vilité et la condition du savoir-vivre. Le plus souvent die se contente de rafraîchir, en y répandant son vernis d'élégance, de jolis lieux communs sur la bassesse de la flatterie et de la fausseté, la nécessité de l'attention, le poison envahissant de la paresse. Elle invente des paraboles un peu prolongées pour faire ressortir les dangers de V entêtement et de la faiblesse. Elle prêche gracieuse-