‹ Lettres à sa nièce CarolineChapitre 47 sur 160 · La Comtesse de Chalis, œuvre de Foydeau · texte numérisé non relu

La Comtesse de Chalis, œuvre de Foydeau

Paris, mardi matin, 1868.

Mon loulou,

Je te suppose rétablie de ton indisposition, car une lettre que je reçois ce matin de ta grand'mère ne m'en parle pas. Tu vas donc pouvoir embellir de ta présence (( nos dernières fêtes ». Je te félicite cependant de pré-^ férer la peinture au cotillon.

J'ai va hier au soir Monseigneur (nous avons dîné ensemble chez Magny), et j^ lui ai fait des excuses^ car le pauvre garçon était resté navré de la façon dont je l'avais traité. « Monseigneur est si bon ! » N'avais-je pas eu la mine du grand vicaire qui secoue son évèque ! Il paraît que toi ou ta grand'mère vous avez raconté la scène aux Achille, car Mme Achille l'a redite à Bouilhet lui-même. Bref, j'ai eu des remords et lui ai demandé pardon, car tu sais que je n'aime pas à affliger ceux que j'aime. Bon nègre, au fond.

Jane Robinet m'a envoyé deux billets pour son concert avec une lettre très bien troussée où elle me prie d'y venir. Mais, franchement, je suis si indigné contre moimême de soitir le soir trop souvent, que je balance un peu à perdre encore cinq à six heures de travail C'est pour lundi prochain. J'ai vu hier Mme Sand qui m'a demandé de vos nouvelles à tous. Elle est de plus en plus aimable.

Dernière nouvelle : on a vuidé cette nuit les lieux de mon domicile, et messieurs les vidangeurs ont fait tant de bruit que je n'ai pu fermer l'œil. Dans l'espèce de

cauchemar qu'ils m'ont donné, j'ai rêvé, — l'Empereur et ma nièce : toutes les sommités.

Adieu, pauvre loulou.

Ton vieux ganachon.

Croisset, jeudi, 2 heures, 1868.

Mon loulou,

Ta bonne maman me charge de t'écrire, — commission dont je m'acquitte avec empressement.

Elle a eu, hier, la visite de ton bel oncle Achille Dupont, qui est resté trois heures; puis, à dîner, Mme de M au passant.

La voiture de sa « fameuse fille » va la remmener à Rouen dîner chez Mme Lebret. Quelle partie de plaisir!

Le seul événement de mon existence a été, mardi, lapparition du sieur Raoul Duval^ qui s'est pris pour moi de passion (ou de curiosité?), et puis j'ai un rhume inimaginable! Je tousse et je mouche, dans le silence du cabinet, d'une façon incessante. Mon pauvre nez va rester au fond d'un de mes mouchoirs, et j'ai peur de lancer mes poumons sur les cendres.

Amuse-toi bien, dans la nouvelle Athènes.

Ton vieux Ganachard.

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