LXXXIV
Paris, 22 juillet KSGS.
Mon Caro,
Que chaleur! que chaleur! que chaleur! Nonobstant ton vieux Gruchard se porte très bien. Je vois avec plaisir qu'il en est de même de vous tous. Garde ta bonne maman le plus longtemps possible, puisqu'elle se trouve si bien dans ton logis. Je ne le crois pas assez grand pour contenir quatre personnes à la fois et peut-être ferai-je mieux de ne venir chez toi qu'une fois les dames Yasse parties? Ce n'est pas l'envie de venir chez toi qui me manque, je t'assure!
Je compte être chez la Princesse mardi prochain. J'y resterai une huitaine. Après quoi je retournerai à Fontainebleau, resterai encore un jour à Paris, et revolerai vers la Normandie.
Arrange-toi pour garder ton monde jusqu'à mon arrivée, si tu veux de moi en même temps que lui> (Voilà une phrase!)
1- Crucliard, type créé par mon oncle, d'un père directeur de belles dames. Il écrivit, pour George Sand que cette facétie avait beaucoup divortie, la biographie du R. P. Crurhard sous le titre de « Vie et travaux du R. P. C. par le R. P. Cerpet de la S. de J. », dédié à la baronne Dudevant.
Je regrette de ne pas te donner les leçons de char. Tu sais que j'ai là-desus des prétentions et des principes. Ça me serait agréable aussi de prendre des bains de mer.
Quelle gentille lettre tu m'as écrite hier, mon loulou.
Saint-Giatieii, mercredi, l heures, 6 août 1868.
Réponds-moi tout de suite pour me dire si mes projets te conviennent. Je partirai d'ici demain, vendredi je retournerai à Fontainebleau, et dimanche soir tu m'auras pour diner (( dans ta délicieuse villa ».
J'avoue que je me trouve si bien chez la Princesse, que j'en pars à regret. Mais il faut s'en retourner travailler.
Si Mme de la Chaussée est près de toi, tu peux lui dire que la Princesse m'a promis de s'occuper de son affaire.
Je ne resterai pas bien longtemps chez toi, ma chère Caro : l"" parce que ta grand'mère me semble avoir envie de retourner chez elle, et que 2'' d'Osmoy doit venir me faire une visite avant le 15.
Je viens de faire un somme sur mon lit et je dors encore tout en l'écrivant. Adieu, pauvre chérie. Je vais donc bientôt revoir ta gentille mine.
Ton vieux Cruchard qui t aime.
Croisse!, v^dredi matin, 2i août 1868.
Ma chère Caro,
Je n'avais pas besoin de ton petit rappel à Tordre, car mon intention était de t'écrira aujourd'hui :V pour
lOi LETTRES DE G FLAUBERT A SA NIÈCE CAROLINE
VOUS remercier, Madame, de la gracieuse hospitalité, etc., et puis pour causer un peu avec toi.
Nous en causons (de toi !). C'est làle fond de notre conversation entre ta grand'mère et moi. Son séjour à Dieppe lui a fait beaucoup de bien et je la trouve infiniment mieux moralement et physiquement qu'elle n'était cet été.
Nous avons eu depuis dimanche soir jusqu'à mardi matin la visite du brave d'Osmoy. Monseigneur est venu lundi soir.
J'ai lu à l'idiot d'Amsterdam trois cent soixante-dix pages de mon roman (tout ce qu'il y a d'écrit). Cette petite lecture m'a demandé douze heures! Aussi étais-je fatigué mardi. Mon auditeur a paru enchanté.
Je prépare maintenant la fin de mon chapitre. J'arrange le château et la forêt de Fontainebleau! Quel travail ! Et songer que j'en ai encore pour une grande année î C'est quand je me remets à la besogne que je me sens fatigué î
Hier nous avons été en citadine faire une visite à M. et Mme Bataille. Mo,nsieur présidait les prix de Sahurs et Madame allait le rejoindre. Leur domicile m'a eu Tair splendide.
Tourgueneff m*a écrit qu'il était retenu parla goutte. Il ne sait pas encore quand il viendra. Mais il viendra.
Telles sont, je crois, toutes les nouvelles.
Penses-tu que c'est à la fin de la semaine prochaine qu'siuvdi lieu : l'Ouverture !
Fais inviter ta grand'mère par ton bel oncle.
Adieu, pauvre loulou. ,J'ai bien envie de bécoter ta
bonne mine fraîche.
Ton Vieux.
Tu diras de ma part tout ce que tu pourras trouver de plus gentil à Mme Winter*; embrasse Ernest pour moi.
1. Une de mes amies, Maria du Paty, parente de Chateaubriand.
Cr.oisset, 13 septembre 1868.
Ma chère Caro,
Je viens d'écrire à mon concierge pour lui donner des ordres relatifs à mon local, en cas qu'Ernest veuille s'en servir.
Je n'aurai pas besoin de mon logement avant le milieu d'octobre, époque où j'irai à Paris pour la première représentation de Cadio, Mme Sand m'a écrit hier pour me prier de ne pas manquer à cela. Mais je ne resterai à Paris que trois ou quatre jours.
Ta grand'mère a été marrie de n'être pas invitée à Saint-Martin !
Tu lui dis dans une de tes dernières lettres que tu serais contente de savoir ton Vieux s'ennuyant de ta personne.
Sois archi-contente : je m'embête beaucoup de ne pas te voir. Cela tient sans doute à ce que j'ai eu ta compagnie plus souvent cette année que les autres.
C'est une mauvaise habitude qu'il faudra tâcher de reprendre.
Quant à ta bonne maman, elle ne r^'?;^ que loi ; sa santé d'ailleurs est excellente, mais la solitude lui pèse.
Nous attendons les dames Vasse dimanche ou lundi prochain.
Je travaille beaucoup, mais n'avance pas vite. Ce qui me reste encore à écrire m'épouvante. Enfin!
Adieu, pauvre loulou, ou plutôt à bientôt, n'est-ce pas?
Je t'embrasse très fort.
Ton vieux oncle.