‹ Lettres à un absentChapitre 19 sur 24 · AU FAUBOURG SAINT- ANTOINE · texte numérisé non relu

AU FAUBOURG SAINT- ANTOINE

Une nuit de janvier dernier, pendant le siège de Paris, j'étais sur la place de Nan terre, au milieu d'un bataillon de francs-tireurs. L'ennemi venait d'attaquer nos grand'gardes , et Ton s'armait en hâte pour aller à leur secours. Pendant que les hommes se numérotai enta tâtons, dans le vent, dans la neige, nous vîmes déboucher d'un coin de rue une patrouille, précédée d'un falot.

« Halte-là ! Qui vive ?

— Mobiles de 48, » répondit une voix chevrotante.

C'étaient de tout petits bonshommes en man-

r»^ LETTRES A UN ABSENT,

leaux courts, lé képi sur Toreille et l'allure jeunette. A deux pas, oh les eût pris pour des enfants de troupe: inais quand le sergent s-approcha pour se faire reconnaître, nos lanternes éclairèrent un petit vieux fané, ridé, des yeux clignotants, une barbiche blanche. L'enfant de trdupe avait cent ans. Les autres n'étaient guère plus jeunes. Avec cela l'accent de Paris, et un air casse-assiettes ! De vieux gamins.

Arrivés de la veille aux avant-postes, les malheureux mobiles s'étaient égarés en faisant leur première patrouille. On les remit bien vite sur leur chemin :

« Dépêchez- vous, camarades; les Prussiens nous attaquent.

— Ah! ah!... les Prussiens nous attaquent, »

disaient les pauvres vieux tout affolés, et, faisant demi-tour, ils se perdirent dans la nuit, avec leur falot qui dansait secoué par la fusillade...

Je ne saurais te dire l'impression fantastique que me firent ces petits gnomes; ils paraissaient si vieux, si las, si éperdus! Ils avaient l'air de venir de si loin! Je me figurais une patrouille fantôme errant à travers champs depuis 1848, et cherchant son chemin depuis vingt- trois ans.

Les insurgés du faubourg Saint- Antoine m'ont

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