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je suis malade. Je n'ai dit, au reste, que la vérité, ear j'ai été bien mal les jours passés. — Je suis sûr que, si je retournais à Paris en cette saison, je serais fricassé en quelques jours. Je pense cependant à y revenir pour le milieu de février* Outre Talacrité ordinaire que j'ai pour les exeraces du Luxembourg, j*ai un speech à faire. Une pétition est présentée pour la révision du procès de M. Libri, et vous sentez que je ne puis me dispenser de dire un peu ma râtelée sur ce sujet qui m'est tout personnel. J'ai eu à Cannes, et je peux dire j'ai encore, la visite de M. Fould, car je vais le retrouver après-demain. Il m'a conté beaucoup de choses curieuses des hommes et des femmes qui- se sont mêlés de son affaire. Je l'ai trouvé beaucoup plus philosophe que je ne m'y attendais. Cependant^ je doute qu'il ait le courage de bouder longtemps contre son goût. Il paraît que, lorsqu'on a eu quelque temps un portefeuille rouge sous le bras, on se trouve tout chose quand on l'a perdu, comme un Anglais sans parapluie. Adieu; je quitterai Cannes probablement le 8 février. Donnez-moi de vos nouvelles et parlez-moi un peu de vos projets de retour, si vous en formez. Nous avons très-
beau tfflnps, mais pas trop chaud. Il paraît que vous avez le beau et le chaud, dont je tous félicite. Adiea, chère amie
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Caones, 16 février 1861.
Chère amie, je vous écris fort triste, au milieu de tons les apprêts de départ. Je me mets en route demain matin et je pense être à Paris aprèsdemain soir , si je puis gagner Toulon à temps pour le chemin de fer. J'avais espéré prolonger mon séjour ici jusqu'à la fin de l'adresse; mais, d'une part, on m'a conféré une dignité dont je me serais bien passé et qui m'oblige à avoir de l'exactitude. D'un autre côté, on m'écrit que notre sénat est papiste et légitimiste et que ma voix ne sera pas de trop pour le scrutin. J'ai horreur de tout cela et il faut s'y opposer tant qu'on peut, si toutefois la chose est possible.
J'ai eu beaucoup de visites ces jours derniers, et c'est ce qui m'a empêché de vous écrire. J'ai eu
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des amis de Paris et M. Ellice, qui est venu passer quelques jours avec moi. Il a fallu faire le cicérone, montrer tous les environs et tenir cour plénière. Aussi ne rapporté-je presque pas de dessins, contre mon habitude. Votre absence de Paris a été cause de deux malheurs. Le premier, que j'ai oublié net pour les étrennes les livres des filles de madame de Lagrené. Le second, que j'ai oublié pareillement la Saînte-Eulalie. Il n'y a rien dans ce pays qui puisse être envoyé à Paris, sinon des fleurs, et Dieu sait dans quel état elles seraient arrivées. Donnez-moi quelque conseil là-dessus, je suis aussi embarrassé qu'à l'ordinaire, et, cette fois, je n'ai pas la ressource de vous transmettre mon embarras.
Je vous remercie de toute la peine que vous prenez pour "la gebira. Je la voudrais un peu grande, parce que je compte la porter dans mes voyages comme sac de nuit.
La pauvre duchesse de Malakof est une excellente personne, pas bien forte, surtout en français. Elle me paraît entièrement dominée par son affreux monstre de mari, qui est grossier d'habitude et peut-être de calcul. On dit, au reste, qu'elle s'en
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accommode très-bien. Si vous la voyez, parlez-lui de moi et de nos représentations théâtrales en Espagne. On me disait que son frère, qui est un très-aimable garçon, très-joli et poète par-dessus ie marché, devait aller passer quelque temps avec elle à Alger. Adieu, chère amie; portez-vous bien et ayez soin de vous !
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Paris, 21 mars.
Chère amie, je vous remercie de votre lettre. Je suis, depuis mon retour à Paris, dans un abrutissement complet. D'abord, notre représentation au Sénat, où, comme M. Jourdain, je puis dire que jamais je n'ai été si saoul de sottises. Tout le monde avait un discours rentré qu'il fallait faire sortir. La contagion de l'exemple est si forte, que j'ai délivré mon speech ^ comme une personne naturelle, sans aucune préparation, comme M. Robert Houdin. J'avais une peur atroce ; mais je l'ai très-bien surmontée, en me disant que j'étais en présence de deux cents imbéciles et qu'il n'y avait
pas de quoi s'émouvoir. Le bon a été que M. Walewski, à qui je voulais faire donner un beau budget, s'est offensé du bien que je disais de son • prédécesseur, et a bravement déclaré qu'il votait contre ma proposition. M. Troplong, près duquel je suis placé, en ma qualité de secrétaire, m'a fait tout bas son compliment de condoléance : à quoi j'ai répondu qu'on ne pouvait pas faire boire un ministre qui n'avait pas soif. On a rapporté cela tout chaud à M. Walewskî, qui Ta pris pour une épigramme, et, depuis lors, me fait grise mine; mais cela ne m'empêche pas de mener mon fiacre.
Le second ennui de ce temps-ci, c'est le dîner en ville, officiel ou autre, composé du même turbot, du même filet, du même homard, etc., et des mêmes personnes aussi ennuyeuses que la dernière fois.
Mais le plus ennuyeux de tout, c'est le catholicisme. Vous ne vous figurez pas le point d'exaspération où les catholiques en sont venus. Pour un rien, on vous saute aux yeux, par exemple si l'on ne montre pas tout le blane de ses yeux en entendant parler du saint martyr, et si l'on
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surtout très-innocemment, comm^ j*ai fiât, qiû a été martyrisé.
Je me sois fait encore une mauvaise afTairo en m*ëtODiiant que la reine de Naples ail fait faire sa photographie avec des bottes. C*est tme cxa^y*ratkm de mots et une bêtise qui passent tout ce que vous pouvez imaginer.
L'autre soir, une dame me df'manrie si j*.Mvaii va l'impératrice d'Autriche. Je dis que jn la trouvais très-jolie. « Ah ! elle est idf^alo ! — Non, c «îhI mie figure chiffonnée, plus aî^réable qu<» si cîIIcî était régulière, peut-être. — Ah ! monsicinr, c (ist la beauté même! Les larmes vous vienuf^iil, aux yeux d'admiration 1 » Voil«\ la société d'aujourd'hui. Aussi je la fuis comme la ])(vsto. Qu'est devenue la société française d'aulrcfoiMl
Un dernier ennui, mais colossal, a été Tunnhauser* Les uns disent que la représentation k Paris a été une des conventions secrètes du traité de Villafranca ; d'autres , qu'on nous a envoyé Wagner pour nous forcer d'admirer Berlioz. Le fait est que c'est prodigieux. 11 me semble que je pourrais écrire demain quelque chose de semblable, en m'inspirant de mon chat marchant sur
le clavier d'un pîano. La représentation était trèscurieuse. La princesse de Metternich se donnait un mouvement terrible pour faire semblant de comprendre, et pour faire commencer des applaudissements qui n'arrivaient pas. Tout le monde bâillait \ mais , d'abord , tout le monde voulait avoir l'air de comprendre cette énigme sans mot. On disait, sous la loge de madame de Metternich, que les Autrichiens prenaient la revanche de Solférino. On a dit encore qu'on s'ennuie aux récitatifs, et qu'on se tanne aux airs. Tâchez de comprendre. Je m'imagine que votre musique arabe est une bonne préparation pour cet infernal vacarme. Le fiasco est énorme! Auber dit' que c'est du Berlioz sans mélodie.
Nous avons ici un temps affreux : vent, pluie, neige et grêle, varié par des coups de soleil qui ne durent pas dix minutes. II paraît que la mer est toujours en furie, et je suis content que vous ne reveniez pas tout de suite.
Vous ai-je dit que j'avais fait connaissance de M^ Blanchard, qui va s'établir rue de Grenelle? 11 m'a montré de jolies aquarelles, des scènes de Russie et d'Asie, qui me paraissent avoir beau-
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coup de caractère et qui sont faites avec talent et verve.
Je voudrais vous donner des nouvelles ; mais je ne vois rien qui mérite d'aller outre-mer. Je suis persuadé que le pape s'en ira avant deux moi?, ou que nous le planterons là, ou qu'il s'arrangera avec les Piémontais ; mais les choses ne peuvent durer en l'état. Les dévots crient horriblement ; mais le peuple et les bourgeois gaulois sont antipapistes. J'espère et je crois que Isidore partage ces derniers sentiments.
Je vais probablement faire une course de quelques jours dans le Midi, avec mon ex-ministre, pour passer cet ennuyeux temps de Pâques. Vous ne me dites rien de votre santé, de votre teint. Votre santé parait bonne; je crains que, pour le reste, il n'y ait de la brunissure.
Adieu, chère amie. Je vous remercie bien de la gebira. Revenez bien portante ; grasse ou maigre, je vous promets de vous reconnaître.
Je vous embrasse bien tendrement.
CGXXXV
Paris, 2 avril 1861.
Chère amie, j'arrive de mon excursion de la semaine sainte, bien fatigué, après une nuit trèsblanche et horriblement froide. Je trouve votre lettre, et je suis bien content d'apprendre que vous êtes de ce côté de la mer
Je suis assez bien depuis une quinzaine de jours» On m'a indiqué un remède très-agréable contre mes douleurs d'estomac. Cela s'appelle des perles d'éther. Ce sont de petites pilules de je ne sais quoi, transparentes, et qui renfennent de l'éther liquide. On les avale, et, une seconde après qu'elles sont dans l'estomac, elles se brisent et laissent échapper l'éther. Il en résulte une sensation trèsdrôle et très-agréable. Je vous les recommande comme calmant, si jamais vous en avez besoin.
Vous avez dû être tristement frappée de l'aspect d'hiver de la France centrale, venant d'Afrique
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comme tous fiâtes. Lorsque je reviens de Cannes, je sois toujours horriGé à l'aspect des arbres sans feuilles et de la terre humide et morte. J'attends votre yrfirfl avec grande dévotion. Si les broderies sont aussi merveilleuses que la bourse & tabac que vous m'avez envoyée, ce doit être quelr|ue chose d'admirable. J'espère que vous avez rapporté pour vous des costumes et quantiti» do jo* lies choses que vous me montrerez.
Je ne sais si vous avez à *** d'aussi bon catholiques que nous en avons à Paris. Le fait (îst rpio les salons ne sont plus tenablcs. Non-sculcintMil Ioh anciens dévots sont devenus aigres coiiuim> v<m'jum, mais tous les ex-voltairiens do l'opposition politique se sont faits papistes. Ce qui uni ronsolo, c'est que quelques-uns d'entre eux se croi(wii obligés d'aller à la messe, ce qui doit les enntiy(*r passablement. Mon ancien professeur M. (lotiMin, qui n'appelait jamais autrefois le pape <puî IVîvAque de Rome, est converti à présent et ne manque pas une messe. On dit mémo que M. Thiers no fait dévot, mais j'ai peine à le croire, ()arco qiio j'ai toujours eu du faible pour lui.
Je conçois que vous ne f)uissiez pas h, présent
me dire^ même à peu près, quand vous reviendrez à Paris, mais prévenez-moi dès que vous en saurez quelque chose. Je suis ici pour tout le temps de la session à poste fixe ...••• Dites-moi, chère amie, comment vous vous trouvez de toutes vos fatigues et de vos tribulations par terre et par mer. Adieu ; portez-vous bien, et donnez-moi promptement et souvent de vos nouvelles. • ••••••
CGXXXVI
Paris, mercredi 24 avril 1861.
Je fais rhistoire d'un Cosaque bandit révolutionnaire du xvii« siècle, nommé Stenka Razine, qu'on a fait mourir, à Moscou, dans des tourments horribles après qu'il eut pendu et noyé un nombre très-considérable de boyards et traité leurs femmes à la cosaque. Je vous enverrai cela quand ce sera fait, si jamais j'en viens à bout. Adieu, chère amie; donnez-moi de vos nouvelles. . •
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Je mène lâ vie la plus agitée et la plus maussade, grâce aux aiïaires de l'Institut et à la pétition de madame Libri ••••..•••
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Paris, 15 mai 1801. Sénat.
Chère amie, je suis si occupé depuis quelques jours, que j'ai toujours remis à vous écrire. Je voudrais vous demander de me rendre ma visite. Je suis en proie, en ce moment même, aux harengs que les veaux marins de Boulogne ont suscités pour nous tourmenter, et j'attends les Maronites pour achever. Gela veut dire que nous nous disputons et très-aigrement à propos de harengs dans cet établissement * et que nous sommes menacés de séances tous les jours. Au reste, cela ne durera pas longtemps, j'espère. Je travaille toutes les nuits et j'ai le bonheur d'en être aux supplices qu'on