La mort de Maximilieo
m LBTTRE8
tout de suite, espérant vous donner de meille nouvelles de moi; mais, quoi que je fasse et j'avale, je suis toujours hoiTiblement grippé ne vous décrirai pas tous mes maux, mais cr( que j'en suis accablé. J'espère que vous plaindrez. Je ne dors ni ne mange. Je vous e ces deux facultés, que vous possédez avec d'autres.
Je vous félicite d'avoir revu longuemen sultan. S'est-il montré plus aimable pour y sexe qu'il n'a fait à Paris? On me dit qu'or "^ très-mécontent de lui à l'Opéra. Le pacha
gypte a été plus bienveillant. Il a fait c
visites à mademoiselle ***, que je n'ose ^
raconter, bien qu'elles fussent curieuses. Oi
^ réconcilié (c'est le pacha que je dis) avec son (
f I sin Mustapha, mais on n'a jamais pu obtenir qi
I j prissent du café ensemble, chacun d'eux étant ]
suadé que ce serait trop dangereux, vu les gra progrès de la chimie. Si vous étiez à Paris, \ auriez vu quelque chose de très-beau qu'on apporté. C'est une broche en forme d'écus fleurdelisé, avec un portrait de Marie-Antoin en miniature, fait probablement à Vienne a^
son mariage et donné par elle à la princesse de Lamballe. Derrière, il y avait des cheveux, mais on les a enlevés. Après avoir fait une assez belle résistance, je me suis laissé vaincre, et j'ai aussitôt envoyé cela à Sa Majesté, qui fait collection de tout ce qui a appartenu à Marie-Antoinette. Ce sera certainement un des plus jolis souvenirs ; ajoutez qu'il est, dit-on, des plus authentiques, et qu'il a été longtemps porté par madame de Lamballe. Pour moi, j'ai horreur de ces tristes antiquités-là, mais il ne faut pas discuter des goûts.
Madame *** est toujours ici faisant grand scandale très-ouvertement. Je regrette de ne pouvoir vous écrire tout ce qu'elle dit et fait. On prétend qu'il y a, dans le continent italien, deux autres femmes de ministres plus échevelées qu'elle.
Je trouve que vous auriez pu être un peu plus polie et m' emprunter mes épreuves. Il n'y a rien qui soit plus pénible pour un auteur que les oublis de cette espèce. Le 1"^' août, il y avait un second article, et vous aurez à vous mettre en garde contre trois ou quatre autres. Si vous pouviez me
aïO LETTRES
trouver on euphémisme pour expliquer au lecteur en quoi Meutchikof se rendait agréable à Pierre le Grand, vous me rendriez service. Liaez encore, danc la Bévue des Deux Mondesy l'article de M. Collin , sur les associations ouvrières (il est de M. Libri), et une lettre de M. d'Hausson^lle au prince Napoléon, très-propre à lui faire perdre le goût de la polémique dans les journaux. Sainte-Beuve est toujours assez malade. a autour de lui une gi'ande quantité de femmes, comme le sultan Saladin. Vous ne me ferez pas croire que vous ayez à *** un autre temps que celui que nous avons ici, e'est-à-dire des rafales de pluie et de vent continuelles. Quand reveneïvous ? J'aurais grand besoin de vous pour me raconter des histoires et me faire prendre mes maux en patience, chose bien difficile. J'ai la, l'autre nuit, quand je ne respirais plus guère, les Propos de table de Luther. Ce gros homme me plaît avec tous ses préjugés et sa haine pour -le diable.
Adipu, chère amie.
A ONE INCONNUE^ Ml
GGG
Paris, 6 septembre 1867.
Chère amie, j'ai reçu votre lettre, qui m'a fait grand plaisir; Je pense que le climat humide que vous habitez a dû s'améliorer beaucoup par cette grande chaleur. Pourmoi, je m'en trouve assez bien et je respire, non pas tout à fait à pleins poumons, mais mieux que je n'avais fait depuis assez long temps. Cependant, j'ai eu le courage de refuser l'oflEre très-aimable que l'impératrice m'a renouvelée au moment de partir ^. Je ne me sens pas assez sûr de moi pour m'exposer à être malade, et, quoi que je fusse assuré d'être bien soigné, je crois prudent et discret de ne pas me risquer. Peut-être, si le beau temps continue, essayerai-je mes forces en allant passer quelques jours à la campagne ehez mon cousin. Il se peut que le changement d'air me soit bon, et il y a grande
1. De l'accompagner daus son voyage en Orient* Le voyage de rimpératrice en Egypte est de 1869.
apparence que tous les étrangers qui viennent à Paris gâtent beaucoup notre atmosphère. Je suis allé l'autre jour à l'Exposition, où j'ai vu les Japonaises, qui m'ont plu beaucoup. Elles ont une peau couleur de café au lait, d'une teinte très-agréable. Autant que j'ai pu juger par les plis de leurs robes, elles ont des jambes minces comme des bâtons de chaise, ce qui est fâcheux. En les regardant avec les nombreux badauds qui les entouraient, je me figurais que les Européennes feraient moins bonne contenance en présence d'un public japonais. Vous représentezvous, vous, montrée ainsi à Yeddo, et un épicier du prince Satzouma disant : • Je voudrais bien savoir si cette bosse qu'a cette dame par derrière sa robe est bien à elle. • A propos de bosses, on n'en porte plus du tout, et cela prouve qu'on n'en avait pas ; car toutes les femmes se sont trouvées dans le même moment également à la mode.
Je suis en train de lire un livre abominable de madame ^^ contre M. S..., qu'elle appelle M. T...; c'est tout ce qu'on peut lire de plus indécent. Avec cela, il y a une sorte de talent. • • « .
J'ai fait, pour le Moniteur^ un article remarquable par raménité du style, au sujet d'une chronique espagnole très-amusante que je vous prêterai un de ces jours, pourvu que vous me la rendiez. Vous y verrez comment on vivait en Espagne et en France au xv® siècle. Adieu ; portez-vous bien. Ne vous enrhumez pas et donnezmoi de vos nouvelles.
ceci
Paris, 27 septembre 1867.
Chère amie, que devenez-vous? Il y a longtemps que je n'ai eu de vos nouvelles. Je viens de faire un coup d'audace : je suis allé passer trois jours à la campagne, chez mon cousin, auprès d'Arpajon, et cela ne m'a pas fait trop de mal, bien que le pays m'ait semblé froid et humide ; mais, à présent, je ne crois pas qu'il y en ait de chauds. Je suppose qu'à *** vous devez être dans des brouillards continuels.
Je passe mon temps comme je puis, dans une
solitude complète, ayant quelquefois envie dû n. 18
travailler, mais cela ne me dure pas assez pour aboutir. En outre, je suis très-mélancolique. Je croîs que j'ai quelque mauvaise affaire aux yeux. J'ai envie et peur d'aller consulter Liebreich; mais, si je perds la vue, que deviendrai-je?
11 y a de par le monde un prince Augustin Galitzin qui s'est converti au catholicisme, et qui n'est pas bien fort en russe. Il a traduit un roman de Tourguenîef qui s'appelle Fumée et qui parait dans le Correspondant^ journal clérical, dont le prince est un des bailleurs de fonds. Tourguenief m'a chargé de revoir les épreuves. Or, il y a des choses assez vives dans ce roman, qui font le désespoir du prince Galitzin; par exemple, une chose inouïe : une princesse russe qui fait l'amour avec aggravation d'adultère. Il saute les passages qui lui font trop de peine, et, moi, je les rétablis sur le texte. Il est quelquefois très-susceptible, comme vous allez voir. La grande dame se permet de venir voir son amant dans un hôtel, à Bade. Elle entre dans sa chambre, et le chapitre finit. L'histoire reprend ainsi dans l'original russe i « Deux heures après, Litvinoi était seul sur son divan. » Le néo-
catholiqfuë à ti*àduit : « Une heure après, Litvinof était dand sa chambre. » Vous voyeÉ bien que c'est beaucoup plus môfal, et que supprimer une heure, c'est diiiiinuer le péché de moitié. Ensuite, chambre, au lieu de divan, est bien plus vertueux : un divan est propre h des actions cou^ pables.Moi, inflexible sur ma consigne, j'cl rétabli les deux heures et le divan ; mais les chapitres où cela se trouve n'ont pas paru dans le Correêpondant de ce mois. Je suppose que les gens respectables qui le dirigent ont exercé UUe ceU« sure absolue. Cela me divertit asseî. Si le romaii continue/ il y a une très-belle scène où l'héroïne déchire un point d'Angleterre, qui est bien plus grave que le divan. Je les attends là. -^ Adieu, chère amie, donnez«moi de vos nouvelles. Je suis effrayé de la rapidité avec laquelle l'hiver s'approche*
Paris, lundi soir, 28 octobre 1867.
Chère amie, vous parlez de vie végétale* En
vérité, c'est celle qu'on voudrait mener aujourd'hui; mais le siècle est au mouvement. Les végétaux humains sont aussi malheureux que ceux qui vivent au pied de TEtna. De temps en temps, il leur tombe un fleuve de feu, et, presque toujours, ils sont emportés par les vapeurs sulfureuses. Ne trouvez-vous pas déplorable que Pie IX et Garibaldi, deux fanatiques, mettent tout en désarroi par leur obstination? Dne chose qui montre les mœurs de ce temps-ci, c'est que ceux qui blâment Tenvoi de nos troupes à Rome disent, quand on leur parle du traité du 15 septembre : « Qu'importe un traité? M. de Bismark ne les observe pas. » J'ai envie de leur prendre leur montre et de leur dire qu'il y a des exemples de montres volées. Ce qu'il y a de plus affligeant dans tout ceci, c'est que nous nous engageons de nouveau, pour je ne sais combien de temps, à garder le pape, qui ne nous en a pas la moindre reconnaissance. . •
Le Correspondant s'exécute et imprime la suite du roman de Tourguenief, sans cependant permettre que l'entrevue de Litvinof et d'Irène ait
duré plus d'une heure. Je crois vous en avoir parlé. Le lisez-vous? Il est impossible que le Correspondant n'aille pas à ***. Au reste, je vous donnerai le roman à votre retour.
Je suis toujours souffreteux, respirant mal, et à la veille de ne plus respirer du tout. Cette mort si subite de M. Fould m'a fait beaucoup de peine. Elle a, d'ailleurs, été la plus douce qu'on puisse souhaiter; mais pourquoi si prompte? Il a écrit dix-huit lettres le matin même de sa mort, et, deux heures avant de se coucher, il semblait parfaitement bien portant. 11 n'avait pas fait le moindre mouvement dans son lit, et on ne voyait pas la plus petite contraction dans ses traits; c'est exactement la même mort que celle de M. Ellice ; c'est ce que les Anglais appellent Visitation of God.
Je pense me mettre en route dans les premiers jours de novembre. On me presse de partir pour échapper aux rhumes dont il est si difficile de se préserver ici. Je suis à terminer une tartine pour le Monileurj sur un bouquin grec, et je me mettrai en route dès que j'aurai fini. Adieu, chère amie; j'espère que vous reviendrez avant mon
départ. Quittes tous ces vilaing brouillardflf pre&ei soin de yous« Adieu encore. «•»•«..
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Paris^ t novèiiibre 1887,
Chère amie» je vous éoris un mot à la hâte, an milieu des courses que je suis obligé de faire. Je pars demain pour Gannesi fort soufireteuz^mais on m'y promet du soleil et de la chaleur. Ici, nous ayons du froid et presque de la gelée. Je ne sors plus le soir, et ne mets le nez dehors que lorsque l'air est un peu réchauffé* Je ne sais pas combien de temps je pourrai rester là-bas; cela dépend un peu du pape, de Garibaldi et de M. de Bismark. Je suis, comme tout le monde, un peu dans la main de ces messieurs ^ Je ne connais rien de plus honteux que cette affaire de Garibaldi ; si jamais homme fut dans l'obligation de se faire tuer, c'était lui, assurément. Ce qu'il y a de plus fâcheux, c'est que le pape est bien con-
A ÏÏNB INCONNUE. 319
vaincu qu'il m nous a aucune obligation^ et que c'est le ciel qui a tout fait pour ses beaux yeux* Adieu, Chèt^ amie* • • • « i • • 4 • i
Cannes, 16 décembre 1867.
Ghèré àmiê, j'étais en peine de vous quand votre lettre est Venue me rassurer. Vous devinez que tous ces cbangements de temps par lesquels nous avons pasâè ne m'ont fait aucun bien. Nous avons même eu de la neige pendant vingt-quatre heures, au grand étonnement des gamins et des chiens du pays. Cela ne s'était pas vu depuis vingt ans. Rien de plus amusant que les figures étonnées qui contemplaient le phénomène qu'iU n'avaient jamais vu que de loin sur les Alpes. On s'attendait à la destruction des fleurs» des oran-^ gers et même des Oliviers ; mais tout a résisté à merveille, il n'y a que les mouches qui en soient mortes.
Le beau temps est revenu depuis quelques jours, et je commence à respirer un peu moins mal. Je suis toujours à la merci du premier changement de temps, et il n'y a pas de baromètre que je ne surpasse par la sûreté de mes prédictions. Je suis fort efirayé de la politique; je trouve dans le ton général des journaux et des orateurs quelque chose qui me rappelle 18â8. Ce sont des colères étranges sans causes apparentes. Tous les nerfs sont tendus. M. Thiers, après avoir passé toute sa vie dans les luttes politiques, est pris d'un tremblement nerveux parce qu'un avocat marseillais dit des platitudes qui ne méritaient qu'un sourire. Le plus fâcheux, c'est ce M. Rouher, qui veut outherod Herod *, et qui prononce le mot le plus antipolitique dont tout ministre devrait s'abstenir. Je suis mécontent de tout le monde, à commencer par Garibaldi, qui ne fait pas son métier. S'en aller à Caprera, après avoir fait tuer quelques centaines de niais, me paraît le comble de la honte pour l'espèce révolutionnaire- et les noblemen anglais qui ont pris
1. Expression anglaise : « surpasser Hérode en cruauté », c'està-dire (t lutter de folie avec ses adversaires ».
cet animal pour quelque chose d'autre qu'un pantin.
Que vous dirai-je de la politique de M. OUivier et tutlt quanti? Us ont beau tourner leurs phrases fort élégamment et affirmer qu'ils sont profondément convaincus, ils me semblent des acteurs de second ordre qui imitent les premiers rôles de façon à ne tromper personne. Nous nous rapetissons tous les jours. Il n'y a que M. de Bismark qui soit un vrai grand homme.
A propos, serait-il vrai qu'il eût dépensé ses fonds secrets? Je tiens l'achat des journaux pour très-probable. Mais, comme M. de Bismark n'enverra pas ses quittances à M. de Kerveguen, je pense que ces messieurs s'en tireront à leur honneur.
Je ne vois de lisible que l'Histoire de Pierre le Grand par M. Oustisalef. Je viens d'envoyer au Journal des Savants un grand article, plein de détails de torture, etc. Il s'agit de la destruction des strélitz. — Adieu
an bBTTKBV
CGGV
Cannes, 5 Janvier 1868.
Chère amie, ï^ardoii de vOtts i*épondfe si tard. J'ai été et je ftuis enCofe tïès-soafïràttt. Le froid, qui a pénéti*é jusqu'ici, me fait beaucoup de mal. On dit qu'à PaHs, c'est bièû autre chose et que vous n'avez rien â envier à là Sibérie. Je suis quelquefois une bonne partie de là j oui-née sans pouvoir respit*er. Ce n'est pas une douleur aîgue, c'est un malaise des plus impatientants et qui agit le plus fort sur les nerfs. Vous me connaisseî assez pour comprendre comment cela m'arrange. J'ai, en outre, de grandes inquiétudes pour mon pauvre ami Panizzi, qui est à Londres fort malade. Les dernières nouvelles étaient un peu meilleures, mais très-peu rassurantes encore. Il avait le découragement, qui est toujours un très-mauvais symptôme chez les malades.
Au milieu de toutes mes misères, je tue le temps comme je peux. J'envoie aujourd'hui au
A UNB INCONNUE. aâ3
Journal des Ifavanis la fin de 1| première p'^.rtic de Pierre le Grand ; car il y a des premières et ^ia| des secondes parties comme dans les romans de Ponson du Terrail, et au Moniteur une grande tartine sur Pouchkine. Vous verrez tout cela en temps et lieu. Je lis un livre trop long et mal fait, mais dont Pauteur paratt honnête et dit ce qu'il a vu et entendu. Il faut passer ses réflexions, car il est un peu niais. C'est Dixon^s New America. Il a vu les Mormons et, ce qui est encore plus eu-* rieux, la République de Mount-Lebanon; cela et le fénianisme donne une idée de l'Amérique. Décidément, le mot de-Talleyrand la définit exactement. Adieu, chère amie; je vous souhaite santé et prospérité.
CCGVI
Cannes, 10 février 1808.
Chère amie, je suis fâché d'apprendre la mort de M. D.., ; je l'avais vu à ***, il y a je ne sais combien d'années. Il vous aimait beaucoup, et, bien qu'on doive s'attendre à perdre à chaque
instant ^es amis^de quatre-vingts 4fes, leur mon A vient toujours comme un coup de foudre. Voilà une des grandes misères de ceux qui vivent longtemps, c'est de perdre tous les jours des amis et
de se sentir un peu plus seuls ,
Pour moi, je croîs en mélancolie et en humeur noire. Je n'ai pas encore pu m'accoutumer à souffrir et je m'en irrite, ce qui me donne deux maux au lieu d'un. Je pense rester ici au moins jusqu'à la fin du mois, en sorte que j'ai quelque espoir de vous retrouver à Paris. Je suis charmé que ma tartine sur Pouchkine ne vous ait pas trop ennuyée. Ce qu'il y a de beau, c'est que je l'ai écrite sans avoir les œuvres de Pouchkine avec moi. Ce que j'ai cité, ce sont des vers que j'avais appris par cœur dans le temps de ma grande ferveur russe. Il y a ici beaucoup de Russes, et j'avais chargé un de mes amis de m' emprunter le volume des poésies détachées, s'il y en avait dans la colonie moscovite. 11 s'est adressé à une très-jolie femme qui, au lieu de vers, m'a envoyé un gros morceau de poisson du Volga, et deux oiseaux du même pays, tout cela cuit à quelques mètres du pôle. C'était assez bon.
A UNE INCONNUE* 3il5
Le poisson devait être un gaillard de cinq à six pieds à en juger parla tranche qu'on m'a envoyée. Cette dame, qui s'appelle madame Voronine, a une tête charmante. Son mari a l'air d'un vrai Kalmouk. Il avait commencé par se faire refuser la main de la dame. Il s'est tiré un coup de pistolet et s'est manqué, et, pour sa peine, on l'a épousé.
Quant aux Anglais et aux Anglaises, jamais il n'y en a eu un si grand nombre avec des cheveux et des toilettes impossibles, des bas rouges et des paletots doublés de peaux de grèbe et des parasols. Depuis quinze jours, les parasols sont plus utiles que les fourrures, car le temps est magnifique et le soleil chaud comme en juin. Entre autres Anglais extraordinaires, il y a le duc de Buecleugh, qui a une corne au milieu du front. Son fils annonce une disposition à l'imiter. Ne croyez pas que je parle métaphoriquement. C'est une corne qui leur pousse au crâne et qui finira, je crois, par leur jouer un mauvais tour.
Je vous ai dit que j'avais FuméCy relié en volume à votre intention. Je pourrais vous l'envoyer si vous vouliez. Mais je crois me rappeler que vous m'avez pris les numéros du Correspan-
â26 LETTRES
dont ob cela se trouve. C'est une des meilleures choses que H. Tourguenief ait encore fsàteû.
La discussion sur la presse me dégoûte. Tout le monde ment trop, et pas une idée ne surgit qui n'ait été déjà dite vingt fois en mêHlems termes. Il me semble que le niveau de Tintelfigence baisse fort, comme celui de l'honnêteté. C'est bien triste au fond. Vai Vu hier un de mes amis revçnant de Mentana. tl m*a dit que les garibaldiens s'étaient bien battus ; que c'était un mélange singulier d'abominable canaille et de fleur d'aristocratie. Adieu, cbëre amie; portezvous bien et ne m'oubliez pas.
CCGVII
Montpellier, 20 avril 18G8.
Chère amie, j'ai été si souffrant avant de venir ici, que j'avais perdu tout courage ; il m'était impossible de penser, à plus forte raison d'écrire. Le hasard m'a fait savoir qu'il y avait à Montpellier un médecin qui traitait l'asthme par un
AUNEINCONNUE. 327
procédé nouveau, et j'ai voulu essayer. Depuis cinq jours que je suis en traitement, il me sembl-e que mon état s'est amélioré, et le médecin me donne assez bon espoir. On me met tous les matins dand un grand cylindre de fer, qui, je dois l'avouer, a l'air de ces monuments élevés par H. de Rambuteau. Il y a un bon fauteuil et des trous avec des glaces qui donnent assez de jour pour lire» On ferme une porte en fer et on refoule de l'air dans le cylindre avec une machine à vapeur. Au bout de quelques secondes, on sent comme dès aiguillés qui vous entrent dans les oreilles. Peu à peu, on s'y habitue. Ce qui est plus important, c'est qu'on y respire merveilleu- Bement. Je ln*endors au bout d'une demi-heure, malgré la précaution que j'ai d'apporter la Itevue des Deux Mondes. J'ai déjà pris quatre de ces bains d'air comprimé et je me trouve asset sensiblement mieux. Le médecin qui me gouverne, et qui n'a nullement l'encolure d'un charlatan, dit que mon cas n'est pas des pires et me promet de me guérir avec une quinzaine de bains. J'espère que je vous trouverai bientôt à Paris. Je regrette de ne pas assister à la discussion qui va avoir liea
au sujet des thèses de médecine. Avez-vous lu la lettre de l'abbé Dupanloup? L'âme de Torquemada est entrée dans son corps. Il nous brûlera tous si nous n'y prenons garde. Je crains que le Sénat ne dise et ne fasse à cette occasion tout ce qu'il y a de plus propre à le rendre ridicule et odieux. Vous ne sauriez croire combien tous ces wux généraux qui ont traversé tant d'aventures ont peur du diable, à présent. Je ne sais pas si Sainte- Beuve est en état de parler comme mon journal l'annonce; j'en doute, et, d'ailleurs, je ne sais trop s'il prendrait la chose par le bon côté, j'entends de manière à détourner la bombe. Son affaire à lui est de dire sa râtelée sans se soucier des résultats, comme il a déjà fait à l'occasion du livre de Renan. Tout cela m'agace et me tourmente. Nous avons ici un temps admirable dont les natifs se plaignent fort, car il y a un an qu'il n'a plu. Cela n'empêche pas les feuilles de pousser et la campagne est magnifique. Malheureusement, mes bains me tiennent toute la matinée et je ne puis guère me promener. 11 y a ici la foire sous mes fenêtres. On montre en face de moi une géante en robe de satin qui se relève pour faire
voir les jambes. Le diamètre est à peu près celui de votre taille.
Je vous apporterai la traduction de Fumée. J'ai commencé un article sur Tourguenief, mais je ne sais si j'aurai la force de le terminer ici. Il n'y a rien de plus difficile que de travailler sur une table d'hôtel. Adieu, chère amie.
CCGVIII
Paris, 16 juin 186S.
Je suppose que vous avez à peu près le même temps que nous, c'est-à-dire très-beau, et que vous n'avez pas à souffrir de l'excès d'humidité, qui est le mauvais côté de P... Ici, le commencement d'été est ravissant. Je suis allé avant-hier au bois de Boulogne, où j'ai vu les toilettes les plus mirobolantes. J'ai rencontré une fort belle personne, mise d'une façon très-extraordinaire et avec les cheveux d'une belle couleur aurore. J'aurais juré que c'était quelque demoiselle de la rue
de Breda. J'ai fini par r@conn^trQ w §lle la femme d'un général, qui avait autwfoi^ les (cheveux châtain foncé« h^ ovBurs font des progrès singuliers. Dn noonsieur fort bien daps le monde vivait maritalement avec la fen^me d'un autrt monsieur. Bentraut çh^s; lui, i| la trouve aveo 09 troisième monsieur ; sur qupi , il va trouver le mari et lui dit : a Je sais que vous désirez avoir des preuves de criminelle conversation pour obtenir une séparation de corps d'avec votre femme. Je vous apporte ces preuves. » Il lui remet un paquet de lettres, et ils se séparent en se donnant des marques d'estime réciproque. Il ne parsdtpas qu'on Tait mis à la pojte de so^ clpb /li d'aucuft salon où il allait.
M. Tourguenief vient de m' envoyer une nout velle très-courte, mais très-jolie, qui s'appelle U Brigadier, On la traduit en ce moment, et, si on m'envoie des épreuves, je vous en ferai part. Les romans anglais deviennent si horriblement ennuyeux, que je n'y puis mordre. U me semble qu'il n'y a plus ici que M. Ponson du Terrail, mais les feuilleton^ sont trop courts.
Je crois que j'irai h Londres à la fin du mois»
ADNBINCONNDE. 331
j'çspôir'e VOUS voir à Hastings et à Pari$ vçrs la fin de juillet. Adieui cbère amie.
GGCIX
CUÂtoftu dQ Fontainebleau, 4 fu>ût i^GS*
Chère amie, je suis ici depuis une (juînzaîne de jours en assez bon état, trouvant que l'oisiveté la plus complète est très-bonne pour le corps et J'âme. Notre dernière promenade m*a laissé un très-doux souvenir. Et à vous? Ici, je me propaène un peu, je ne lis guère, et je respire assez bien. Le ciel et les arbres me font plaisir à voir. Il n'y a personne au château, c'est-à-dire une trentaine de personnes au. plus, dont les seuls étrangers au service, avec moi, sont des cousins et cousines de l'impératrice, aimables, et que j'ai connus à Madrid. J'ayitis gardé pour vous un exemplaire de Fumée y deuxième édition. A mon retour à Paris, dans une semaine, je pense, je le mettrai chez vous, ou je vous l'enverrai, si vous l'aimez mieux. J'avais apporté ici de quoi tra-
vailler; mais, comme on n'est jamais sûr d'avoir une heure à soi, je ne fais rien du tout. J'ai fait une copie d'un portrait de Diane de Poitiers, d'après le Primatice; elle est représentée en Diane habillée d'un carquois, et il est évident qu'elle a posé, et que, des pieds jusqu'à la tête, tout est portrait. Même, si j'ose le dire, il résulte de l'examen de ses jambes qu'elle attachait ses jarretières au-dessous du genou, selon la mode du temps, qui a été abandonnée (à ce que j'ai entendu dire). Je vous montrerai cela, car ce portrsdt a une importance historique. Adieu, voici l'heure du déjeuner. Je vous envie les petits poissons que vous mangez peut-être en ce moment. Veuillez me dire ce que c'est que ce rocher élevé à Boulogne, près de l'endroit où l'on débarque. Cela m'a paru une monstruosité.
CGGX
Paris, 2 septembre 1868,
Pendant que j'étais à Fontainebleau, il m'est
arrivé un accident étrange. J'ai eu l'idée d'écrire une nouvelle pour mon hôtesse, que je voulais payer en monnaie de singe. Je n'ai pas eu le temps de la terminer; mais, ici, j'y ai mis le mot finy auquel je crains qu'on ne trouve des longueurs. Mais le plus étrange, c'est que j'avais à peine fini, que j'ai conunencé une autre nouvelle ; la recnidescence de cette maladie de jeunesse m' alarme, et ressemble beaucoup à une seconde enfance. Bien entendu, rien de cela n'est pour le public. Lorsque j'étais dans ce château, on lisait des romans modernes prodigieux, dont les auteurs m'étaient parfaitement inconnus. C'est pour imiter ces messieurs que cette dernière nouvelle est faite. La scène se passe en Lithuanie, pays qui vous est fort connu. On y parle le sanscrit presque pur. Une grande dame du pays, étant à la chasse, a eu le malheur d'être prise et emportée par un ours dépourvu de sensibilité, de quoi elle est restée folle ; ce qui ne l'a pas empêchf^e de donner le jour à un garçon bien constitué ' qui grandit et devient charmant ; seulement, il a des humeurs noires et des bizarreries inexpli-;
cables. On le marie, et, la première nuit de ses a. ly.
334 l.ETTaE;S
noces, il mange sa femmç toute crue, Yqus qui connaissez Içs ficelles, puisque je vous les dévoile, vous devinez tout dç $uite le pourquoi. C'est que ce monsiçur est le fils Ulégitinae de cet ours mal élevé* Che invçnzione prelibata */ YçuiUçz m'en donner votre avis, je vous en prie.
Je ne vais pas trop bien, et on me conseille d'aller reprendre des bains d'air comprimé à Montpellier. Il est .probable que vous ne me retrouvera pas à Paris, si vous n'y rentrer pas avant le i**** oçr tobre. Je vous laisserai le roman de Fumée y que j'ai pour vous depuis des siècles, Jç ne sais ce quç devient l'auteur, qui était dernièrement k Moscou avec la goutte et un roman historique en train. Je regrette beaucoup de n'avoir pas visité Taquarium dont vous nie parlez quand j'ai passé par Bonlogne. Il n'y a rien qui m'amuse plus que les poissons et les fleurs de mer. J'ai dîné hier chez Sainte- Beuve, qui m'a fort intéressé. Bien qu'il soufîre beaucoup, il a un esprit charmant. C'est assurérément un des plus agréables causeurs que j'aie entendus. 11 çst très-alarmé des progrès que font
i, C'est la nouvelle qui ^ paru, depuis, sous 1q titr^ de Lohit*
les cléricaux et prend la chose à ç(eur« h cvqIs
que le danger n'ejit pas de ce cQté^Jà. , • , .
Adieu, chère amie ; écrivez-oiol et ne lâchez pas tant vos lettres, de façon à ne mettre que trois mots à la ligne. Dites-moi très- candidement votre avis sur l'invention de Tours.
CGCXI
Paris, mardi 29 septembre I8684
Chère amie, l'important, c'est que cette lectufe ne vous ait pas fatiguée. Est-il possible que vous n'ayez pas deviné tout de suite combien cet ours était mal léché ? Pendant que je lisais, je voyais bien sur votre visage que vous n'admettiez pas ma donnée. H me faut donc subir la vôtre. Croyezrous que le lecteur, moins timoré que vous, acceptera ce conte de bonne femme, du regard? Ainsi, c'est un simple regard de l'ours qui a rendu folle cette pauvre femme et qui a valu à monsieur son fiis ses instincts sanguinaires. II sera
fait selon votre volonté. Je me suis toujours bien trouvé de vos conseils; mais, cette fois, vous abusez de la permission.
Je pars pour Montpellier samedi prochain. J'es-père vous dire adieu deux ou trois fois auparavant.
CGGXII
Cannes, 16 novembre 1868.
Chère amie, j'ai été et je suis encore bien malade. Les bains d'air comprimé, qui m'avaient fait tant de bien le printemps passé, n'ont pu me guérir d'une bronchite qui a succédé à mon asthme et qui le vaut bien. Je suis depuis six semaines toussant et étouffant, sans que les différentes drogues que je prends avec beaucoup de docilité et de résignation me fassent assez d'effet pour que je puisse reprendre ma vie habituelle. Je ne sors plus que lorsqu'il fait très-chaud. Je dors très-mal, et je passe mon temps à entretenir les blue devils... C'est surtout la nuit que je souffre et me tourmente le plus. Si je auis aus?i
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patraque avant l'hiver, que deviendraî-je lorsqu'il fera réellement froid? Voilà ce qui me préoccupe très-désagréablement. Depuis trois ou quatre jours, cependant, je suis un peu moins mal.
J'ai fait, au milieu de mes insomnies, une copie soignée du. Trouveur de miel S avec les changements que vous m'avez conseillés et qui me paraissent l'avoir amélioré. Il demeure douteux que l'ours ait poussé ses attentats jusqu'au point de troubler une généalogie illustre. Cependant, les personnes intelligentes comme vous comprendront qu'il est arrivé un accident très-grave. J'ai envoyé cette nouvelle édition à M. Tourguenief pour la révision de la couleur locale, dont je suis un peu en peine. Le diable, c'est que ni lui ni moi n'avons pu trouver un Lithuanien qui sût sa langue et connût son pays. J'avais quelque envie d'envoyer cela à l'impératrice pour sa fête; mais j'ai résisté à la tentation, et j'ai bien fait. Dieu sait ce que l'ours serait devenu, au milieu du monde qui est à Compiègne. — Nous avons eu un temps médiocre : ni froid ni vent^
1» lokn*
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mais pas beaucoup de jours réellement bçaux, Je suis ici depuis quinze jours. Le rçsto du temps, je l'ai passé à Montpellier! où Je me sim horriblement ennuyé, •»#•«••.•.
Yoilà le pauvre Rossini mort. On prétendait qu'il avait beaucoup travaillé, bien qu'il ne voulût rien publier; cela m'a toujours paru ti'è^-inaprobable, La considération de l'argent, qui avait une grande importance sur lui, aurait suffi pour qu'il pubUât, s'il avait réellement composé quçlque chose.
C'était un des homme3 les plus spirituels que j'aie vus, et on n'a rien entendu de plus merveilleux que l'air du Barbier de Séville chanté parlai. Aucun acteur ne lui était comparable, L'annéç paraît être mauvaise pour les grands hommes.
On dit que Lamartine et Berryer sont très- gravement malades. Adieu, chère amie ; donnez-moi de vos nouvelles et quittez au plus vit^ le pays humide que vous habitez. En province , on n'a pas de maison chaude.
Si vous connaissez quelque livre amusant, failes-m'en part, je vous prie.
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CftDn^, 3 janvier 1869.
Chère amie, yous n'ayez donc pas reçu une lettre que je vous aï adressée le niois passé à P.,. Je crains qu'elle n'ait été perdue. Je ne prétends pas cependant me justifier tout à fait. Si vous saviez quelle vilaine et monotone vie je mène, vous comprendriez que c'est bien assez de la supporter sans en rendre compte. Le fait est que je vais mal. Pas le moindre progrès 1 au contraire, on n'a pas même réussi à pallier les spasmes' douloureux que j'éprouve de temps en temps, Nous avons un ciel et une mer magnifiques, et leurs influences, qui autrefois me rendaient la santé, sont nulles maintenant. Que faut-il faire? je n'en sais rien, mais souvent j'ai grand désir que cela finisse. Vçtre voyage me parait très-agréable; mais je n'approuve pas votre retour par le Tyrol dans la saison que vous me dites. Vous aurez beaucoup de neige. Vous perdrez la çeau de vos
joues, et VOUS ne verrez rien de bien beau. N'importe par quel autre chemin, vous auriez mieux. Innspruck, ou plutôt Innsbruck, est une petite ville très-pittoresque; mais, pour qui a vu la Suisse, cela ne vaut pas la peine de se déranger, non plus que les statues de bronze de la cathédrale. Je ne vois sur votre route que Trente qui offre de l'intérêt.
Pourquoi n'iriez-vous pas en Sicile voir l'Etna, qui, dit-on, fait des siennes? Vous n'avez pas le mal de mer, et il est probable qu'à Naples on organise des bateaux pour aller voir le spectacle. Dans une huitaine de jours, vous aurez pu voir l'Etna, Palerme et Syracuse.
J'ai recopié l'Ours que vous savez et je l'ai léché avec un certain soin. Beaucoup de choses sont changées en mieux, je croîs. Le titre et les noms changés également. Pour les personnes aussi peu intelligentes que vous, les manières de cet ours resteront fort mystérieuses. Mais on ne pourra rien conclure à son désavantage, quelque perspicace qu'on soit. Il y a une infinité de choses qui demeurent inexpliquées. Les médecins me disent que les plantigrades sont plus que d'autres bêtes
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en mesure de s'allier à nous ; mais naturellement les exemples sont rares, les ours étant peu avantageux
Où est le sel de cette apoplexie de M, de Nieuwerkerke annoncée par tous les journaux et démentie plus tard? Comme on devient bête I Cela fait des progrès rapides. Avez- vous eu la curiosité d'aller entendre des discussions dans la salle du Pré-aux-Clercs sur le mariage et l'hérédité? On dit que cela est très-amusant pendant quelques minutes, et, par réflexion, très-effrayant lorsqu'on se représente combien de fous et de chiens enragés courent les rues. On m'écrit qu'il y a des femmes qui font des discours qui ne sont ni les moins furieux, ni les moins bêtes. Ces symptômes me font frémir ; on est dans ce pays volontairement aveugle.
Adieu, chère amie ; je vous souhaite une bonne année.
m i.i;TTUËS
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Cannei, 23 février imu
Ne m'en voulez pas, chère amie, si je ne vous écris pas. Je n'ai pas de bonnee nouvelles à you§ donner de moi, et à. quoi bon vous envoyer dç mauvais bulletins? Le fait est que je suis toujours très- souffrant, et je m'aperçois que mon mal n'est pas guérissable. J'ai essayé de je ne sais combien de remèdes infaillibles 5 j'ai été entre les mains dç trois ou quatre très-habiles hommes, pas un seul ne m'a donné le moindre soulagement. Je me ti'ompe, j'ai trouvé à Nice, il y a quelque temps, un homme de beaucoup d'esprit, un peu charlatan, qui m'a donné gratis des pilules qui m'ont débarrassé de certaines suffocations très -pénibles qui arrivaient toutes les nuits. A présent, c'est le matin qu'elles me prennent, mais avec moins de force, et elles durent moins longtemps. Quant à la broncnite, qui est le morceau de résistance de ma maladie, elle est au beau fixe.
Souffreteux et triste comme je suis, je n'ai que la force de lire, et je n'ai guère de livres. J'ai lu avec intérêt, ces jours passés, les Mémoires d'un paysan écossais qui, à idrce d'intelligence et de travail, est devenu homme de lettres, professeur de géologie et un homme célèbre. Malheureusement» il s'est coupé la. gorge il y a. peu de temps, le travail ayant sans doute tout à fait usé sa cervelle. Il s'appelait Hugb Miller. — Je pense que voua trouverez mon Ours plus présentable sous sa nouvelle forme, Quand je puis peindre , j'y fais de» illustrations pour le donner à l'inapératrice quand je reviendrai à Paris. Ne croye? pas que je représente toutes» les sçëneS) celle par exemple où cet ours s'oublie. Adieu, chère amie; je regrette pour vous que vous ne retourniez pas à Rome cette année. Il me semble que tout va se gâtant. Il n'y a plus d'Espagne; bientôt, il n'y aura plus de saint-siége. La perte sera plus ou moins grande, selon les idées des gens. Mais c'est une chose qu'il faut voir uue fois (comme diverses autres choses), pour u'avoir pas de tentations ni de regrets. Adieu. .•«•»#•••*•
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Cannes, 19 mars 1869.
Chère amîe, j'ai été bien malade. Me voici en convalescence, bien faible encore, mais, dit-on, hors de tout danger. C'est une bronchite aiguë qui est venue s'ajouter à ma bronchite chronique. Pendant quatre ou cinq jours, j'ai été en danger. A présent, je me lève, je me promène dans ma chambre, et on me promet que bientôt je pourrai me promener au soleil. Adieu, chère amie. Santé et prospérité.
CCGXVI
Cannes, 23 avril 1869.
Chère amie, je pars après-demain en assez médiocre état, mais il me faut enfin quitter ce pays-ci. Mon cousin, dans la maison de qui je demeure, est mort, et sa pauvre femme n'a per-
sonne auprès d'elle. Je suis encore très-faîble, mais je croîs que je pourrai supporter la route. Je vous préviendrai lorsque je serai arrivé et j'espère vous trouver en bonne santé. Adieu, chère amie.
CGCXVII
Paris, dimanche 2 mai 1869.
Chère amie, je suis à Paris depuis quelques jours, mais j'étais si fatigué du voyage et si souffrant, que je n'ai pas eu le courage de vous écrire. Venez me voir pour me consoler. Adieu.
CCGXVIII
Paris, 4 mai 1S60.
le suis désolé que vous n'ayez pas attendu deux minutes. Vous n'avez pas voulu qu'on me prévint, vous vous êtes bornée à remettre mon livre, et vous appelez cela une visite à un malade I
3I<( LetTftEd
Votre charité en a été facilement quitte. Mais cela ne compte pas; d'ailleurs, je suis uâ peu mieux; J'aurais besoin de vous pour me mener à l'Exposition, où je ne voudrais pas voir des ertifltes et des nudités, — Vous serez mon guide. Vous souvenez-vous du temps où j'étais le vôtre ? — Ditesmoi quel jour vous conviendra. Adieu, chère amie.
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Parts, samedi 12 Juin f 860»
Chère amie, ce temps sombre avec des alternanatives de chaud et de froid me désole et me fait grand mal; aussi je suis d'une humeur de chien. Le tapage qui se fait tous les soirs sur les boulevards, et qui rappelle les beaux temps de 18^8, ne contribue pas peu à m'attrister et à fa're que, comme Hamlet, man delights me not nor woman neither.
Ce qui m'afflige le plus dans toutes ces tristes affaires, c'est la profonde bêtise. Ce peuple, qui se dit et se Croît le plus spirituel de la terre.
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témoigne son désir de jouir du gouvernement républicain en démolissant les baraques où de pauvres gens vendent les journaux. Il crie Vive ta Lanterne! et il câsse les réverbères. Cest à se voiler la face. Le danger est qu'il y a pour la bêtise une sorte d'émulation comme pour toute autre chose, et, entre les Chambres et le gouvertoemettt, Dieu sait ce qui se pourra faire.
Je passe mon temps à déchiffrer des lettres du duc d'Albe et de Philippe II que m'a données l'impératrice. Ils écrivaient tous les detit comme des thats. Je commencé à lire assez couramment Philippe II; maïs son capitaine général m'embarrasse encore beaucoup. Je viens de lire une de ses lettres à son auguste maître, écrite peu de jours après la mort du comte d'Egmont, et dans laquelle il s'apitoie sur le sort de la comtesse, qui n'a pas un pain après avoir eU âil mille florins de dot* Philippe II a une manière embrouillée et longue de dire les choses les plus simples. Il est trèsdifficile de deviner ce qu'il veut, et il me semble que son but constant est d^embarrasser son lecteur et de l'abandonner à son initiative. Gela faisait la paire d'hommes la plus haïssable qui ait
existé, et, malheureusement, ni l'un ni l'autre n'ont été pendus, ce qm n'est pas à la louange de la Providence. J'ai aussi reçu d'Angleterre un livre curieux, où l'on prétend que Jeanne la Folle n'était pas folle, mais hérétique, et que, pour cette raison, maman, papa, et son mari, et son fils, se sont entendus pour la tenir en prison avec, de temps à autre, un peu de torture. Vous lirei cela quand vous voudrez, le livre est à vos ordres.
Je n'ai pas grand'chose à vous dire de m»
santé, qui n'est pas florissante; un peu meilleure peut-être qu'avant mon départ. Cependant, je tousse toujours et je ne puis ni manger ni dormir.
Adieu, chère amie; donnez -moi de vos nouvelles.
CCGXX
Paris, 29 juin i869.
Merci de votre lettre, chère amie. Je suis outré contre les poètes et les climats prétendus tempérés. Il n'y a pas de printemps, il n'y a pas
mêm'î d'été. Aujourd'hui, je me suis hasardé dehors et je suis rentré transi. Quand je pense qu'il y a des gens qui vont dans les bois et qui y parlent même d'amour par des temps aussi cruels, je suis tenté de crier au miracle. Je dis que cela se fait encore, je me trompe, c'est impossible, et même jamais cela ne s'est fait. J'ai fini l'histoire de la princesse Tarakanof, qui était une péronnelle, mais elle avait un amant dont les lettres vous amuseront. Il a eu le sort de beaucoup de mortels. J'espère que le Journal des Savants pénètre à ***; sinon, je tâcherai de vous
l'envoyer.
Je vais jeudi à Saint-Gloud, où je passerai probablement une quinzaine de jours. Je ne sais trop comment je soutiendrai la vie que je vais mener, bien que je sois, m'a-t-on dit, à peu près le seul invité. Au reste, si je m'en trouve mal, en une heure je puis être réintégré dans mes foyers. Je vous ai dit quelque chose de toutes les tribulations que j'ai ici dans ma maison, et je vous avouerai que ce n'est pas sans grande joie que je m'en éloigne. J'ai eu, depuis votre départ, deux ou trois scènes des plus ennuyeuses.
3 jO lettres
Je lis avec toute la peine possible le Saint Paul de M. Renan. Décidément, il a la monomanie du paysage. Au lieu de conter son affaire, il. décrit les bois et les prés. Si j'étais abbé, je m'amuserais à lui faire un article de revue. Avez* vous lu la harangue de notre saint -père le pape? » • * . . • .
Je suis sûr que nous allons avoir ed paroles et en actions des énorijiités pour lesquelles il n'y aura pas asse2 de pommes Cuitesl. Hélas ! cela peut finir pat des projectile^ plus dursl Qael malheur que l'esprit moderne soit si plati CroyeÉ-vous qu'on Tait jamais été autant? sans doute, il y â eu des siècles où l'on était plus ignorant, plus barbare, plus absurde, mais il y avait çà et là quelques grands génies pour faire compensation, tandis qu'aujourd'hui, ce me semble, c'est un nivellement très-bas de toutes les intelligences. Comme je ne sors guère, je lis bearxoup. On m'a envoyé les œuvres de Baudelaire, qui m'ont rendu furieux. Baudelaire était foui II est mort à l'hôpital après avoir fait des vers qui lui ont valu l'estime de Victor Hugo, et qui n'avaient d'autre mérite que d'être contraires aux mœurs. A pré-
A UNE INCONNUE. 3jI
sent, on ea lait un honame de génie méconnu I — J'ai vu aujourd'hui un très-beau dessin d'une fresque merveilleuse découverte à Pompéi. Cela a l'air d'une procession en l'honneur de Gybèle, à qui Hercule rend visite. Devant Çybèle est un monsieur dépourvu de modestie ; d'autres portent un serpent en grande pompe, un serpent roulé autour d'un arbre. Je ne comprends rien m sujet, Vous avez vu à Pompéi le petit temple d'Isis, c'est de ce côté qu'on a trouvé h fresque en question. — Adieu, chère amie ; donpe?-moi de vos nouvelles, afin que je puisse vous voir à votre passage. D'ici à quelques jours^ vous pouvez m' écrire au palais de S^int-Clpud*
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Paris, morcredi soir 5 août i869.
J'ai passé un mois à Saint-Gloud en tolérable état. Je n'ai jamais été parfaitement bien les matins et les soirs, mais la jouiiiée n'était pas
mauTaise.Le grand air m*a fait du bien, à ce que je crois, et m'a donné un peu de force. En revenant dimanche, j'ai été repris d'oppressions trèsdouloureuses qui ont duré deux jours. Puis mon médecin de Cannes est venu avec un remède nouveau de son invention, qui m'a guéri. Ce sont des pilules d'eucalyptus, et l'eucalyptus est un arbre de l'Australie, naturalisé à Cannes. Cela va bien, pourvu que cela dure, comme disait en l'air un homme qui tombait d'un cinquième étage.
A Saint-Cloud, j'ai lu tOurs devant un auditoire ivhi&-selecty dont plusieurs demoiselles, qui n'ont rien compris, à ce qu'il m'a semblé; ce qui m'a donné envie d'en faire cadeau à la Revue, puisque cela ne cause p^s de scandale. Dites-moi votre façon de penser là-dessus, en tâchant de vous représenter très-exactement le pour et le contre. 11 faut tenir compte des progrès en hypocrisie que le siècle a faits depuis quelques années. Qu'en diront vos amis? Aussi bien faut-il se faire ses histoires à soi-même, car celles qu'on vous fait ne sont guère amusantes
N'avez-vous pas été affligée pour votre mère
rÉglise, de l'accident de Cracovie? je suis sûr que, si on y regardait de près, on trouverait ailleurs des choses semblables. Il faut lire l'affaire dans
le Times
J'ai dîné, il y a quelques jours, avec l'innocente Isabelle. Je l'ai trouvée mieux que je ne l'aurais cru. Le mari, qui est tout petit, est un monsieur très-poli et m'a fait beaucoup de compliments pas trop mal tournés. Le prince des Asturies est très-gentil et a l'air intelligent... Il ressemble à *** et aux infants du temps de Vélasquez. Je m'ennuie beaucoup. Il fait très-chaud au Luxembourg, et toute cette affaire du sénatus-consulte n'a rien de plaisant. On va ouvrir l'établissement au public, ce qui me déplaît fort*.
Adieu, chère amie; écrivez-moi quelque chose de gai, car ie suis fort mélancolique. J'aurais bien besoin de votre gaieté et de votre présence réelle.