FutaUme, espèce de représentation
tomber aux genoux d'un caporal autrichien qui Tarrôtait. 11 n'y avait rien de si déplorable, et en face du lion de Saint-Marc ! J'attends ici Panizd. Je vais un peu dans le monde. Je cours les bibliothèques, je passe mon temps assez doucement. J'ai vu hier les Arméniens, très-beaux gaillards, que la vue d'un sénateur a changés en Arméniens de Gonstantinople : ils m'ont donné un poème épique d'un de leurs Pères. Adieu ; je serai à Gênes probablement le 1®' septembre, et certainement à Paris en octobre, à Vienne aussitôt que j'aurai de vos nouvelles. Je me porte assez bien depuis quatre ou cinq jours. J'ai été très-souffrant pendant plusL de quinze. Adieu encore.
Gênes, 10 septembre 1858.
J'ai trouvé en aiTÎvant ici votre lettre du 1*% dont je vous remercie. Vous ne me parlez pas d'une que je vous ai écrite de Brescia vers le 1«' de ce mois. Je vous y disais que j'avais quitté
 UNE INCONNUE. îl
Venise avec regret et que j'avais sans cesse pensé à vous. — Le lac de CÔme m'a plu. Je me suis arrêté a Bellaggio. J'ai retrouvé, dans une assez jolie villa des bords du lac, madame Pasta, que je n'avais pas vue depuis qu'elle faisait les beaux jours de l'Opéra italien. Elle a augmenté singulièrement en largeur. Elle cultive ses choux, et dit qu'elle est aussi heureuse que lorsqu'on lui jetait des couronnes et des sonnets. Nous avons parlé musique, théâtre, et elle m'a dit, ce qui m'a frappé comme une idée juste, que, depuis Rossini, on n'avait pas fait un opéra qui eût de l'unité et dont tous les morceaux tinssent ensemble. Tout ce que font Verdi et consorts ressemble à un habit d'arlequin.
Il fait un temps magnifique, et ce soir il part un bateau pour Livourne. Je suis fort tenté d'aller passer huit jours à Florence. Je reviendrai par Gênes et probablement par la Corniche. Cependant, si je trouve des lettres pressantes, je pourrai bien prendre la route de Turin et faire en trente heures le voyage de Paris. De toute façon, je vous y attendrai le 1^' octobre. Daignez ne pas l'oublier, ou vous m'obligeriez à aller
VOUS chercher au milieu de vos grèves. Vous ne me parlez pas des épinards de Grenoble et des cinquante-trois manières de les manger, usitées en Dauphiné. Y a-t-il encore quelqu'un qui ût connu Beyle? J'ai reçu autrefois une lettre assez spirituelle , contenant des anecdotes sur son compte, d'un homme dont j'ai oublié le nom, mais qui est greffier de la cour impériale, je crois« Autrefois, il y avait encore de l'esprit en province, comme au temps du président de Brosses; maintenant, on n'y trouve pas une idée. Les chemins de fer accélèrent encore l'abrutissement. Je suis sûr que, dans vingt ans, personne ne saura plas lire. ••••••••••••••
GaniMS, 8 octobre 185S.
Vos coquilles sont arrivées ici sans encombre. Je serai à Paris mercredi ou jeudi prochsdn.
Quand vous voudrez vos commissions, vous vien^ irez les chercher. Je suis revenu de Floretitee par
terre et me suis fort bien trouvé de cette résolution. La route à partir de la Spezzia est magnifique, autant sinon plus que la route de Gênes à Nice. J'emporte un souvenir très-doux de Florence. C'est une belle ville. Venise n'est que jolie. Quant aux ouvrages d'art, il n'y a pas de comparaison possible. Il y a à Florence deux musées sans égaux. Quand vous irez à Pise, je vous recommande l'hôtel de la Grande-Bretagne. C'est la perfection du confort. J'ai fait la folie insigne, sur la foi d'un journal de Nice, d'aller voir une caverne à stalactites découverte par un lapin. Gela se trouve dans les environs d'un lieu nommé la CoUe, en France, mais à deux pas de la frontière. On m'a fait ramper sur la terre pendant une heure pour voir des cristallisations plus ou moins ridicules, des carottes ou des navets pendants de la voûte. — J'ai trouvé ici un désert complet, tous les hôtels sont vides, pas un Ân^ glais dans les rues. Cependant, ce serait le moment d'y aller passer quelques jours. Le temps est superbe» justement assez chaud pour qu'on trouve l'ombre avec plaisir, mais le soleil n'est plus du tout daagereux. Dans deux mois, tout cela sera
plein et il y aura un vent du nord des plus désa-
gréables. Les voyageurs sont des moutons irë^ bétes. Vous ai-je parlé des cailles au riz qu'on mange à Milan ?... C'est ce que j'ai trouvé de plus remarquable dans cette ville. Cela vaut le voyage. Je revois ce pays-ci avec plaisir après en avoir vu tant d'autres qui passent pour magnifiques. Les montagnes de l'Estérel m'ont paru plus petites que les Alpes, mais leurs profils sont toujours les plus gracieux qu'on puisse voir. C'est assez parler de voyage.
Quelles sont vos intentions pour cet autonme? Prétendez-vous vous renfermer dans vos montagnes du Dauphiné ? Avec vous, on ne sût jamais à quoi s'en tenir. — You look one voay and row another. — Adieu. ••••••