mai 1569. — Lettre du duc d'Anjou à M. le comte
du Lude *.
Monsieur le conte, j'ay receu vos deux lettres du 1 Séjour de ce mois avec le mémoire que vous m'avez envoyé par le sieur de la Ferté auquel j'ay amplement répondu en la marge, comme vous pourez voir par ce que je vous en envoyé ; et pour ce que je parts présentement pour m'acheminer aux meilleures journées qu'il me sera possible pour m'aller opposer au duc des Deux Ponts, lequel est devant la Charité 3, faisant tout ce qu'il peut pour la forcer, et qu'il est
1. Le comte du Lude était alors à Saint-Maixent, d'où il écrivait, le vendredi saint 1569, une lettre au corps de ville de Poitiers, l'invitant à hâter la levée de plusieurs impôts destinés aux besoins de la guerre. (Arch. historiques du Poitou, t. IV, p. 339.) Saint-Maixent avait été repris sur les huguenots le 27 mars 1569. {Journal de Généraux, -p Ai, — Journal de Michel le Riche, p. 99.)
2. L'original de cette lettre est aujourd'hui au British Muséum, add. mss. 24206. (Renseignement de M. Thibaudeau, de LondresJ
3. Wolfang de Bavière, duc de Deux-Ponts, mit le siège devant!» Charité le 10 mai, et s'en empara quelques jours après.
besoing pour y aller le mieux accompagné qu*il sera possible, renforcer cette armée et rassembler toutes les forces qui en sont éloignées et qui sont destinées pour faire service en icelle, je mande au s"" de Batresse que incontinent qu'il aura mené Tartillerie à Poitiers, qu'il s'en vienne avec sa compagnie me trouver, laissant près de vous celle du marquis de Mayzière en sa place où j'ay pareillement ordonné que, outre les autres que vous avez, celle du sieur de Ponts demeurera pour y faire service au roy. Et quand je seray un peu avancé du côté de nos ennemis, je vous prie regarder de tenir la campaigne, si vous voyez qu'il soit à propos pour le service de Sa Majesté, et en faictes dès à cette heure le semblant pour empescher les forces de nos ennemis de partir le plus que vous pourés, sans toutes fois rien bazarder que vous ne voyez qu'il soit temps et que leurs garnisons soient dépourvues. J'écrits présentement aux sieurs de Montluc et d'Escars, que, quand les forces de nos dits ennemis seront parties de Poitou avec l'amiral, qu'ils vous renforcent et secourent pour tenir ladite campaigne, quand vous leur ferez entendre, afin que, s'il est besoing, vous assailles les places que tiennent nos dits ennemis *, si vous voyés ce pouvoir faire ; en quoy vous vous conduirés, selon les occasions qui se présenteront, avec votre bon jugement et prudence acoutumée. Toutes fois, pour ce que s'il advenoit une affaire au sieur de Puy Gaillard et qu'il soit besoin d'estre secouru de forces, je vous prie luy en envoyer, tant de cheval que de pied, ce que vous pourrés; priant Dieu, Monsieur le conte, qu'il vous ayt en sa sainte et digne garde.
Ecrit au camp de Confolant, le 21^ jour de may 1569. Votre bon amy. Signé : Henry.
A côté est écrit : Monsieur le conte, je viens de recevoir
1. Le c*® du Lude s'empara, à cette époque, de la ville de Mellesur les huguenots. {Journal de Michel le Riche, p. 99.)
votre lettre du 20' de ce mois ; et quant aux pyonniers, pour ce que j'en ay à faire en ce camp, je vous prie les m'envoyer incontinent, et ne laissés pour cela de fortifier en la meilleure diligence que faire ce pourra la ville de Poitiers. Pour ce que à présent que les compaignies du sieur de Richelieu seront inutiles à Chatellerault, je vous prie regarder où vous les pourés mettre en votre gouvernement, car j*ay ordonné qu'elles demeureront près de vous pour vous en servir et ce quand vous en aurez besoin.
Au dos est aussy écrit : A Monsieur le conte du Lude, etc. *...