octobre 1569. — Lettre du duc d'Anjou à M. du Lude
Monsieur du Lude, pour ce que je suis adverty que nos ennemis ont laissé une grande partie de leur artillerie dedans la haulte ville de Luzignan avecques peu de garde, de sorte qu'il seroit facille de s'en saisir, qui est cause que je vous prie d'adviser, soubs la faveur de ceste armée, d'exécuter dextrement et promptement ceste entreprinse et m'advertyr de ce que vous en ferez * . A cella vous pourra
1. Lusignan, où commandait le baron de Mirambeau, se rendit, en effet, à Louis de Saint-Gelais de Lansac, le 28 octobre. (La Popelinière, p. 331. — Journal de Généraux, p. 62.) Il y a erreur de date pour cet événement dans l'extrait du journal de le Riche, qui le place a tort en 1570.
servir, oultre les aultres forces que vous avez, le régiment du duc de Somme *, escripvant au sieur Petro-Paulo ^ qu'il ayt à faire ce que vous luy commanderez. J'ay aussy advertyssement que dans Chastellerault il n'y a plus que les habitans de la ville pour la garde d'icelle, à tout le moings l^ien peu d'autres gens et qu'il seroit bien facille de la reprendre. Je vous prie d'y regarder, affin de s'en pouvoir promptement saisir, qui pourra comme au semblable des autres chasteaux et places qu'ils tiennent , entre autres Discë 3 et Fou *. Cella faict, je dësirerois que le dit régiment me vint trouver , si vous vous en pouvez passer pour la garde de la ville de Poictiers, ayant plus besoing que jamais de me rendre fort de gens de pied pour exécuter la victoire qu'il a pieu à Dieu me donner sur nos ennemis ^ lesquels aians bien perdu dix mil hommes morts sur le champ, douze pièces d'artillerie et tout le bagage de leurs reistres, se retirent, comme j'entends, en grand effroy, au fond de leur païs, ainsi que vous sçaurez plus particuUièrement par ung discours que je vous en envoieray par cy après ^ ; quoy attendant et que vous me renvoiez le dit régiment ou que vous le sortiez du dit Poictiers pour l'exécution des dites entreprinses, je vous prie de tenir main que les vivres, comme pain, vain et autres ne leur soient vendues si chèrement qu'ils n'aient le moien de se entretenir et de achepter les autres choses qui leur seront
1. Honorât de Savoie, duc de Sommerive, fut un des défenseurs de
Poitiers en 1569. {Siège de Poitiers, par Liberge.)