‹ Lettres adressées à Jean et Guy de Daillon, comtes du Lude, gouverneurs de Poitou de 1543 à 1557 et de 1557 à 1585Chapitre 38 sur 173 · juin 45S3. — Lettre de Montmorency à M. du Lude · texte numérisé non relu

juin 45S3. — Lettre de Montmorency à M. du Lude

Monsieur le conte, j'ay veu ce que par vos lettres du m" de ce mois m'avez escript des nouvelles qu'avez eues de vos voisins, et suis bien d'opinion que le prince d'Espaigne passera plustôt par la mer de Ponant en Flandre que par celle du Levant en Itallie, tant pour ce que nous en avons advertissemens de plusieurs endroits et mesmes par les lettres interceptées dont je vous ay puis nasguères envoyé les extraits, que pour ce qu'il ne se fait aucuns préparatifs à Barcellonne ; et si ainsy est, je ne puis penser, comme je vous ay escript, que ledit prince soit pour s'adviser à Bellisle ny ailleurs en chemin, mais diligentera le plus qu'il pourra de faire son voiage, veu que l'on tient l'Empereur pour mort. Toutesfois le roy n'a voulu laisser de mander à monsieur d'Estampes qu'il donnast ordre que l'on se tiegne sur ses gardes audit Bellisle, comme il l'asseure que vous et le sieur d'Estissac ferez de vos pars ; et quant à la grande quantité de bleds que dictes estre à Saint- Jean de Luz et qu'il y en va encorresvenansdela rivière de Bordeaulx, c'est chose à quoy vous pouvez pourvoir, veu la charge et pouvoir que vous en avez en ce quartierlà, par quoy regarderez de ce faire selon et ainsi que verrez estre pour le service dudit seigneur. Au regard de ce que m'escripvez du différend d'entre le viconte d'Orthe et

le maire de Baionne pour raison de leurs préhëminances, ledit vieonte ne m'en a encores rien escript, mais il est raisonnable que ung maire de ville précedde un capitaine et gouverneur d'icelle et ne le voyez jamais faire en lieu qui soit ; au moyen de quoy regarderez pour Tadvenir de dire au dit maire et à son lieutenant qu'ils ayent à se déporter de telles entreprises, car c'est chose que le roy auquel je Tay faict entendre, veult et entend ainsi.

Au demourant, où nos gens continuent de faire trèsbien leur debvoir et diligentons le plus que nous pouvons rassemblée de l'armée pour les aller secourir. Quant au Piedmond, mon cousin le maréchal de Brissac est en camft pagne et croy que de ceste heure il ait assiégé Foussan du costé de Sienne. Les impériaux sont encores davant Montalcino aussy empeschez que le premier jour qu'ils y arrivèrent, qui est tout ce que pour le présent je vous puis dire, après avoir pryé Dieu, Monsieur le conte, qu'il vous doint ce que vous désirez.

De Fontainebleau, ce ix® jour de juin 1553. — Vostre bien bon amy. Signé : Montmorency.

Au dos est écrit : A Monsieur le conte du Ludde, etc.

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