François de Lorraine, duo de Guise
Anglois ou allant en celle que j*ay en Champaigne contre les Allemans, mon vouloir et intention est de leur remettre toute la fautte qu'ils pourroient avoir faicte du passé d'avoir prins et portés les armes contre mon auctorité, sans que pour ceste heure ny pour Tadvenir ils puissent aulcunnement estre recherchés ne inquiétés; et quanta leurs biens, entière main levée leur en soit faicte et la saisie ostée, sans qu'il leur puisse estre faict, mis ou donné aucun trouble ou empeschement, selon qu'il est porté par les dictes lettres dont je vous envoyé celles qui s'addressent à tous les baillifs et séneschaux de vostre gouvernement, pour les leur envoyer incontinent, vous priant tenir la main que la publication en soit faicte le plus tost qu'il sera possible, et le contenu en icelle faict et observé selon la parfaicte fiance que j'en ay en vous, qui est une chose qui importe grandement à mon service ; et sur ce, je prieray Dieu, Monsieur du Ludde, vous avoir en sa saincte et digne garde.
Du camp près Rouen, le xxv® jour d'octobre 1 562. Signé : Charles. Et plus bas : Robertet, avec paraphe.
Au dos est écrit : ce A Monsieur du Ludde, gentilhomme ordinaire de ma chambre et mon lieutenant général au gouvernement du Poictou en l'absence de mon oncle le roy de Navarre. »
90. — !«' janvier 1563. — Lettre de la reine Catherine de Médicis
à M. du Lude.
Monsieur le conte, après la bataille donnée et l'heureuse victoire * qu'il a pieu à Dieu en envoyer au roy monsieur mon fils, ceulx d'Orléans se sont retirés, ont
1. Bataille de Dreux, gagnée le 19 décembre 1562 par l'armée royale et catholique commandée par le connétable de Montmorency et le duc de Guise, sur l'armée protestante, commandée par le prince de Condé et l'amiral Coligny.
ramassé ce qu'ils ont peu de eavallerye, et^ comme nous avons sçeu, passé la rivière de Loyre, dont l'occasion et intention n*est point encores descouverte, et toutes fois y a il apparence que ce pourroit estre pour cheminer de vostre costé et manger le pays et faire quelque désordre, car de prendre villes sans intelligence il ne leur est pas possible, n'ayant aucunes gens de pied ne artillerye que quelque pièce légière^ s'ils en ont; de quoy je n'ay voulu faillir à vous advertir, vous priant donner, le plus tost que vous pourés, ordre d'advertir les villes de vostre gouvernement de se tenir sur leurs gardes et leurs villes bien fermées, se mectans en armes pour les conserver et deffendre, et aux peuples de rompre les ports et passages, ainsy qu'ils entendront qu'ils s'achemyneront, affin de les incommoder de tout ce qu'il sera possible. Et quanta vous, mectre ensemble les forces que vous avés, ou bien les départir aux villes et lieux importans qui en auront besoing pour empescher qu'il n'y advienne aucun inconvénient et surtout avoir l'œil ouvert sur les factieux et sédicieux desquels l'intelligence pourroit estre préjudiciable et sur laquelle il est croyable que ceulxlà fondent une partie de leur entreprise, priant Dieu, Monsieur le conte, vous avoir en sa garde.
Escript à Chartres, le premier jour de janvier 1562 (1563,n. s.). Signé : Caterine. Et plus bas : de Laubespine, avec paraphe.
Au dos est écrit : « A Monsieur le comte duLude, gouverneur de Poictou * » .
1. Il y a des lettres de cachet du roi du 4 janvier 4563, concernant un personnage du Poitou assez notable. Par ces lettres le roi ordonne au sénéchal de Poitou ou à son lieutenant de faire publier qu'aucun de ses sujets n'ait, sous peine de crime de lèse-majesté, à recevoir et receler le s' du Chastelier-Portau, mais que chacun se mette en demeure de le prendre pour le remettre au plus prochain juge royal, faisant don à celui qui l'aura pris de mille écus. C'était à cause du meurtre fait à Paris du sieur de Charry, maître de camp des bandes françaises près Sa Majesté pour la sûreté de sa personne. (Papier rouge du greffe du presidial de Poitiers (1559-1573), manuscrit de la bibliothèque de la Cour de cassation.)
91 . 10 janvier 1563. — Lettre du cardinal de Lorraine à M. du Lude.
Monsieur du Lude, j'ay esté bien ayse d'avoir entendu par les lettres que m'avez escriptes, comme vous ayez si bien publié et faict rendre par delà grâces à Dieu du bien qu'il nous a faict de la victoire de ceste bataille. Je m'asseure que vous sçaurez bien continuer les bons offices desquels avez tousjours usé pour le service du roy, et donner ordre que ceulx de delà ne facent les fols, vous pryant de tenir la main et veiller de si près, pendant que les ennemy s sont es environs deMontrichard, qu'ils ne puissent entreprendre chose qui nous soit dommaigeable. Ce porteur vous dira nos nouvelles, qui me gardera vous en discourir aulcune chose ; seuil ement pourrez estre asseuré que n'auray jamais meilleur amy que moy ne qui de meilleur
cueur je veuille emploier pour vostre bien priant....
vous donner, Monsieur du Lude, ce que désirez.
Du camp de Mersan, ce 1 0^ janvier 1562(1563, n. s.).
Voustre bien affectionné amy. Signé : Franco ys, cardinal de Lorraine.
La suscription : « A Monsieur le comte du Lude, chevalier de l'ordre ».
92. — 17 février 1563. — Lettre de Catherine de Médicis à M. du Lude.
Monsieur le comte, j'entends que le roy d'Espaigne, monsieur mon beau-fils, envoyé icy, devers le roy monsieur mon fils, le sieur Ernand fils du duc d'Albe *, personnaige de quallité pour le visiter; et pour ce que je désire bien que
1 . Dom Hernando de Toledo, grand prieur de Castille, fils du duc d'Albe, envoyé au roi Charles IX pour le complimenter sur la victoire de Dreux.
par les lieux où il passera, il soyt favorablement receu et recueilly, je vous prye y donner de vostre part Tordre qu'il appartient, luy faisant et faisant faire le plus honneste recueil que vous pourrez et m'advertyr en toute dilligenee du jour qu'il sera arrivé, les traictes qu'il fera et quant il pourra estre icy, affin que je donne ordre d'envoyer quelcun au devant de luy pour luy faire l'honneur qu'il mérite venant de ce lieu-là, priant Dieu, Monsieur le comte, vous donner ce que vous désirez.
De Bloys, le 1 7^ jour de février 1 562 (1 563, n. s.). Signé : Caterine. Et plus bas : de l'Aubespoe.
Et la suscription : « A Monsieur le conte du Ludde, chevalier de l'ordre du roy monsieur mon fils et gouverneur de Poictou * ».
93. — 23 février 1563. — Lettre de Catherine de Médicis à M. du Lude.
Monsieur du Ludde, je croy que vous ne serez point à avoir entendu de ceste heure la malheureuse nouvelle de la blessure de mon cousin M'" de Guyse ^ et la meschanceté de l'acte qui se peult dire des plus malheureux qui se connust jamais en France, tant y a qu'il a pieu à Dieu en faire sa volonté sans avoir jamais eu moien de le saulver pour le grand coup de pistollet qu'il avoit dans l'espauUe droicte, duquel il est mort dans six jours ; et pour ce que je crains que cela ayt peu donner occasion à ceulx qui ont mauvaise volonté de la faire paroistre et s'esmouvoir, je vous en ay bien vouUu en toute diligence advertir, affm que vous y pourvoyez et regardiez qu'il ne
1. Cette lettre a été publiée dans la correspondance de Catherine de Médicis, p. 508. {Doc. inéd. sur Vhist. de France.)
2. Le duc de Guise avait été assassiné par Poltrot de Méré, devant Orléans.
s'entrepreigne riens dans vostre gouvernement pour ceste occasion qui puisse desfavoriser les affaires du roy monsieur mon fils, car je vous asseure que, encore qu'il ayt perdu Tung des plus grands et des plus dignes ministres qu'il sçauroit jamais avoir, qu'il n'a pour cella perdu riens de sa première résolution ny de la volonté qu'il a tousjours eue de conserver son auctorité et obéissance par tout son royaulme et faire pugnir et chastier ceux qui la luy vouldroient oster ou diminuer; et de ma part, j'espère que Dieu luy fera la grâce de se le conserver avec l'ayde de tant de bons et grands serviteurs qui luy sont encores demeurés, vous priant de nostre part, en la charge que vous avez, contenir tout le monde en bonne volonté et n'obmectre ung seul debvoir de ce qui sera nécessaire pour la conservation et manutention de la province qui vous est commise, selon la parfaicte fiance qu'il en a qn vous, priant Dieu, Monsieur du Ludde, qu'il vous ayt en sa saincte et digne garde.
Du camp de Saint-Mesmin, le xxiij® jour de février 1 562 (1563). Signé : Gaterine. Et plus bas : Robertet.
Et la suscription est : A Monsieur du Ludde, chevalier de l'ordre du roy monsieur mon fils et son lieutenant général en Poictou en l'absence de mon fils le prince de Navarre * .
94. — 24 février 1563. — Lettre de Catherine de Médicis à M. du Lude.
Monsieur du Ludde, j'ay entendu par une lettre que le sieur de Montpezat ^ a escript à mon cousin monsieur le duc de Guyse, comme il a quelques advis qu'il se faict
1. Le jeune Henri de Navarre, fils d'Antoine de Bourbon, mort de la blessure qu'il reçut au siège de Rouen.
2. Melchior de Lette, s' des Prez, de Montpezat et du Fou, sénéchal de Poitou et gouverneur de Châtellerault.
quelques assemblées au bas Poietou * dont vous ayant luy donné advertissemenl, je ne doubte poinct que n'y ayez pourveu en tout événement. Je n'ay vouUu faillir de vous faire ce mot pour vous en refFreschir la mémoire, affin que, s'il est vray, vous regardiez avec vostre compaignye celle dudit sieur de Montpezal à qui j'escripts d'en ad viser avec vous, si cela continue, quel remedde il y fauldra tenir, ne doubtant poinct quand vos deux compaignyes et les autres forces qui sont en Poietou, vous n'ayez bien le moyen dé les rompre quand ils seroient encores plus forts, ce qu'il faut faire tousjours avant qu'ils soient forts, à ce qu'ils n'ayent moyen de se remectre ensembles ; et pour l'asseuranee que j'ay que vous n'y obmectrez rien , je pryeray Dieu, Monsieur du Ludde, vous avoir en sa saincte et digne garde.
Du camp devant Orléans, ce 24^ jour de février 1 562 (1563). Signé : Caterine. Et plus bas : Robertet.
Et la suscription ; A Monsieur du Ludde, etc.