‹ Lettres adressées à Jean et Guy de Daillon, comtes du Lude, gouverneurs de Poitou de 1543 à 1557 et de 1557 à 1585Chapitre 9 sur 173 · TOME XII. c · texte numérisé non relu

TOME XII. c

M. du Lude, considérant la conquête de Saint- Jean-d'Angély comme plus importante et plus pressée, en entreprit d'abord le siège avec les forces destinées au blocus de Montaigu. Le roi, tout en l'approuvant, lui faisait toutefois observer qu'en tentant presque sinmltanément deux attaques, il courait risque de ne réussir dans aucune d'elles (14 septembre 1580). M. du Lude comprit la justesse de cette observation. Il écrivit à Henri III, le 25 septembre, qu'il abandonnait Saint- Jean pour marcher sur Montaigu. Le même jour, 25 septembre, ce prince lui faisait entrevoir la difficulté du siège de Saint- Jean sans artillerie et la longueur de l'entreprise, s'il fallait l'attendre.

Pendant que M. du Lude commençait le blocus de Montaigu, Henri III l'informait de son intervention dans la division survenue à la Rochelle entre les partisans de la guerre et ceux de la paix (9-10 octobre). La cour tenait à ménager les Rocbelais et les gentilshommes protestants qui consentaient à vivre en paix sous le bénéfice de Fédit. Ainsi, l'un d'eux, le sieur de Belleville-l'Anguillier, s'étant soumis, la reine Catherine de Médicis recommanda à M. du Lude de protéger ses biens situés près de Montaigu (12 octobre 1580). Les opérations du blocus de cette place ne se faisaient pas sans difficultés. M. du Lude demanda au roi la permission de changer le blocus en siège. Mais Henri III ne voulut pas j consentir, parce que l'artillerie n'aurait pu y être conduite avant le mois de mars. Il l'invita donc à continuer le blocus de Montaigu, en essayant toutefois d'y pénétrer par surprise (5 décembre 1580).

Bientôt deux lettres du roi et du duc d'Anjou, son frère, annoncèrent à M. du Lude la conclusion de la paix, signée à Fleix avec le roi de Navarre (17 et 26 décembre 1580). Une ordonnance du duc d'Anjou, lieutenant du roi en cette matière, en date du 5 janvier 1581, lui enjoignit de publier la paix et de cesser les hostilités. Elle fut, en effet, publiée le 21 janvier, au camp devant Montaigu, où M. du Lude se trouvait encore. Cette place, en vertu du traité de Fleix, devait être restituée à l'autorité royale et démantelée. Cependant, le 2 février, l'armée était encore devant Montaigu. Le roi de Navarre s'en plaignit, et le duc d'Anjou enjoignit à M. du Lude de la licencier et de procéder au démantèlement (2 février 1581). Henri III insiste de nouveau auprès du

gouverneur, le 4 février, afin qu'il fasse si bien démolir les fortifications de Montaigu, que cette place ne puisse plus désormais causer aucun souci à son autorité ni au pays voisin. Ce soin incombait d'autant mieux à M. du Lude, qu'il avait été nommé par le roi l'un des deux commissaires chargés d'appliquer le traité de Fleix en Poitou. Le sieur de Saint-Gelais était l'autre commissaire (4 et 1 6 février). La cour tenait beaucoup à l'exécution de cet article du traité. Deux lettres du roi (21 février et l^'^ mars) et une de Catherine de Médicis (21 février) recommandent coup sur coup au gouverneur de Poitou de démolir Montaigu et de s'entendre à cet égard avec le sieur de TiUy, gouverneur d'Anjou, chargé d'aller recevoir la place des mains de ceux qui l'occupent. Le sieur de la Boulaye, qui en était capitaine pour le parti protestant, pratiquait des enrôlements pour le compte, disait-il, du duc d'Anjou, en vue de sa campagne de Flandre. Le roi le lui interdit, et Catherine de Médicis en instruisit M. du Lude, afin qu'il dispersât ces levées (3 mars 1581). Le roi lui enjoignit de démolir également la forteresse de Saint-Gilles-sur-Vie, après en avoir licencié la garnison (9 mars).

Cependant le roi de Navarre ne se pressait pas de faire livrer Montaigu. Henri III, mécontent, s'en plaignit. 11 informa M. du Lude des efforts qu'il faisait pour obtenir l'exécution de cet article du traité et le priait de risquer, de son coté, quelque tentative dans le même but (12 mars). Enfin Catherine de Médicis lui annonça, le 17 mars 1581, que les délégués du roi de Navarre partaient avec mission de livrer Montaigu ; elle lui recommandait d'y veiller avec soin, car on pouvait encore soupçonner de la mauvaise volonté. La place fut livrée par les soins de d'Aubigné et démantelée par le maréchal de Ketz.

La correspondance subit ici une assez longue interruption, du 17 mars 1581 au 28 février 1582. M. du Lude était retourné à Niort, son séjour le plus ordinaire. Il s'absenta de la province dans le cours de l'année 1581. Au moment où reprend la correspondance, de nouveaux conflits avaient éclaté avec le sieur des Roches- Baritaut, gouverneur de Fontenay. Henri III, voulant y mettre un terme, ordonna, le 27 février 1582, à M. du Lude de démanteler le château de cette ville et d'en donner la garde aux habitants.

Toutefois, il n'y fut point touché, mais le sieur de la Roussière en fut nommé gouverneur.

Nous n'avons que deux autres lettres adressées à M. du Lude pour l'année 1582, l'une du duc de Montpensier (26 avril) ; l'autre du roi, relative à la réforme du calendrier accomplie par le pape (4 novembre). Le 9 mai 1583, le roi écrit au gouverneur de Poitou pour lui dire qu'il renvoie auprès de lui le grand prévôt Nicolas Rapin, vice-sénéclial de Fontenay, avec mission de continuer la guerre au brigandage dont il s'acquittait si bien. H l'invite à coopérer à ses efforts dans cette œuvre de police. Il le prévient aussi qu'il évoque un différend survenu au sujet de la garde de Niort. Un peu plus tard, le 9 novembre, Henri III charge M. du Lude de faire une enquête au sujet des empiétements do juridiction, qu'en vertu d'un droit supposé, prétendaient commettre des officiers de l'amirauté de Poitou, délégués du roi de Navarre, amiral de Guyenne. Quelques jours après, le 19 novembre 1583, il lui envoie les décisions qu'il a prises sur les remontrances du roi de Navarre, afin de faire jouir les protestants du bénéfice de l'édit de pacification, et il lui enjoint de les mettre à exécution dans son gouvernement.

Le recueil des lettres adressées à M. du Lude n'en contient aucune durant le cours de l'année 1584. Le gouverneur fit à cette époque un voyage en Bourgogne et laissa ses pouvoirs à son lieutenant, le sieur de la Frézellière. En 1585, il reçut du roi une lettre du 26 avril contenant le récit de la tentative de révolte de la ville de Marseille, ourdie par la Ligue. Le roi en profite pour charger son lieutenant en Poitou de bien recommander à ses sujets de s'abstenir de toute association et de n'avoir recours qu'à sa protection. Mais l'anarchie se glissait partout. Le 28 mai, Henri III annonce à M. du Lude la révolte du sieur de Bois- Dauphin à la Flèche. Il le prie d'unir ses efforts à ceux du sénéchal d'Anjou pour la réprimer. Mais M. du Lude était déjà atteint de la maladie qui devait bientôt l'emporter. Le roi, qui appréciait justement les services de ce loyal serviteur, l'invite, par sa lettre du 1®"" juin, à soigner sa santé. Il lui fait savoir qu'il a envoyé le duc de Montpensier en Poitou, où les rebelles s'agitaient également. Il le prie d'y envoyer sa compagnie de gendarmerie avec le sieur de la Frézellière et l'abbé des Châtelliers, son frère. M. du

Lude mourut le 11 juillet 1585, au château de Briançon en Anjou, laissant parmi les Poitevins une réputation de bienveillance et de courage, constatée par le témoignage contemporain de le Riche.

Tel est, en substance, le contenu de la correspondance adressée à MM. du Lude, durant quarante-deux ans. Sans doute elle n'est pas complète, mais elle n'en présente pas moins^ à peu près sur chaque année, une série de renseignements inédits et remplis d'intérêt. La collection de ces lettres, en grande partie conservées par les copies de dom Housseau^ est toutefois tellement considérable, qu'elle n'a pu trouver place dans un seul volume des Archives historiques du Poitou. Une première partie, composée de 293 lettres, forme le tome XII et s'arrête au 7 août 1574. La dernière partie entrera dans la composition du tome XIV. L'immense majorité des lettres, nous l'avons dit, est à l'adresse de MM. du Lude. Cependant, parmi elles, il s'en trouve plusieurs destinées à d'autres personnages marquants, contemporains. Il y a également quelques lettres ou mémoires émanant du dernier comte du Lude, Guy de Daillon, qui ne sont pas les moins intéressantes. Il n'était pas possible, on le comprend, de séparer ces pièces ; nous les avons donc maintenues à leurs dates respectives, car elles sont toutes relatives à l'administration du Poitou, et elles s'éclairent réciproquement.

Pour avoir un tableau complet de l'état de la province au XVI® siècle, il faudrait retrouver et publier, d'une part, les autres lettres envoyées aux deux gouverneurs par les rois de France et omises par dom Housseau dans ses copies, d'autre part, celles écrites par MM. du Lude eux-mêmes. On aurait ainsi les demandes et les réponses. Il ne serait peut-être pas impossible, à force de recherches dans les dépôts publics et collections particulières, de réunir une partie, au moins^ des premières. Quant à celles émanant de MM. du Lude, il ne serait peut-être pas aussi facile de les retrouver. Joursenvault, d'après le témoignage de son catalogue (tome II, page 80), en possédait un certain lot. Quelquesunes ont été publiées dans les Archives historiques du Poitou et

dans celles de la Saintonge et de VAunis. Quoi qu'il en soit, le recueil relativement considérable que nous publions, en l'accompagnant d'éclaircissements nécessaires à l'intelligence de beaucoup de lettres, permettra d'attendre plus patiemment les résultats de ce futur travail de recherches.

B. Ledain.

Poitiers , novembre 1882.

LETTRES

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