Lambert
Lettres. ioi
M" de F. M... '. Je ne sçais si le mal est sans remède; mais il est humiliant pour moy d'en chercher. J'ay presque perdu aussi M. de F . . ^. J'ay lieu de le craindre au moins, puisque je ne le vois plus. Il n'est pas question de pouvoir approcher du Philosophe ^ L. d'Am...'' n'est point revenu. Je fuis les nouvelles connoissances, et vous voyés bien qu'en restant chés moy, j'y suis dans une solitude horrible, parce que je ne suis pas contente. Le mauvais succès d'A...^ semble ajouter à mes disgrâces, bien que je sois fort éloignée de m'y intéresser comme on le croit, ou comme je l'aurois pu; mais il suffit qu'on m'en soupçonne pour m'affliger. Je vois partout des yeux ennemis qui s'applaudissent et je ne trouve aucune consolation à laquelle j'ose me livrer. Quel supplice de se défier toujours, quand on est née avec autant de bonne foy que de penchant à la confiance! Je seray encore malheureuse et trompée. Je ne me corrigeray point de désirer des amis, et je n'ay, ni assés de discernement pour les bien connoître, ni assés de bonheur pour les rencontrer par hazard. Qj.ie faire cependant au monde sans aimer, quand l'ambition, le jeu, ou les autres passions ne remplissent point l'âme .^^ Quand on n'a même aucuns devoirs qui puissent servir d'obstacle ou de dissipations au penchant naturel de