Var. : Qui m'a montré
8. Var. : Que je trouvai aussi sensible que spirituelle. Cette femme charmante est une de celles qu'on n'oublie point, quand on a eu le bonheur de les apercevoir : elles s'emparent de l'âme et n'en sortent plus. Voilà ce que j'éprouve.
i$8 Adrienne Le Couvreur.
moi, car je sens tout ce que l'on peut sentir pour quelqu'un que l'on n'a pas eu l'honneur de voir davantage. Il est des impressions qui ne s'effacent ni par l'éloignement, ni même par la mort, et qui ne feroient que croître par la présence. C'est à vous que je dis tout ceci de pure abondance de cœur; vous en userés comme il vous plaira ; mais ménagésmoi, et sur toute chose conservés précieusement cette connoissance '. Je vous trouverois bien heureux si vous lui paroissiés digne de son amitié; il me semble que l'on n'en fait plus de cette espèce. Ce que l'on appelle grâce et esprit aujourd'hui est bien différent -.
Adieu, Monsieur, sans rancune; aimés moy toujours ^
1. Var. : Conservez-moi précieusement son affection et son amitié. Il n'y a plus, dit-on, de cœur comme celui-là.
2. Q^uant à ce qu'on appelle grâce, esprit, c'est un éloge qui lui est trop familier, et quand on le lui donne, on est écho de l'univers. (Variante de Dorât.)
3. Cette lettre, imprimée en partie au tome III des Anecdotes dramatiques {i""] s), fut reproduite avec de nombreuses altérations par Dorât dans ses Mélanges littéraires du Journal des Dames (Paris, Thiboust, 1777). Desprez de Boissy en cite un fragment dans son Histoire des ouvrages pour et contre les théâtres, p. 565 (.1779). Voir encore Pièces intéressantes et peu connues, de L. P. (1784), le Conservateur (1787), Lemazurier, Crépet et enfin Ch. Nisard,quien donne le texte le plus complet et le meilleur, d'après les papiers de Suard, dans ses Mémoires et Correspondances historiques et littéraires, p. 1 5 1 à 1 5 < •
A Monsieur B...
Lundi matin (i8 octobre 1728).
Je vous écris que j'ay besoin de vos conseils, et je n'entends point parler de vous, Monsieur; je me flatte que vos affaires ont été bien considérables, puisqu'elles vous ont empêché de penser à moy. Celle dont j'avois intention de vous parler, quoique très sérieuse, a pris un cours dont il faut attendre les suites. Ne m'en parlés devant personne, c'est un très grand mistère que j'ay interest de cacher. On demande sivouspouvés venir, demain mardi, à l'Opéra nouveau', dans une loge que nous avons louée entre nous autres. M' de R.. a suivi mes conseils et mes prières, et s'en trouve bien. Il vous fai'' mille complimens et désire fort de vous voir aussi bien que moy.
A Monsieur B...
Encore ne faut-il pas vous laisser dans
I. Probablement Tarsis et Julie, de Francœur le cadet, représenté pour !a première fois le mardi 19 octobre 1728.
i6o Adrienne Le Couvreur.
l'opinion que je néglige mes amis, ou que je les oublie, ni partir pour la campagne où je dois aller demain, sans essayer d'avoir l'honneur de vous voir. Par des enchaînemens indispensables, je me trouve encore engagée aujourd'huy à dîner et à souper, quoique ma santé ne soit pas trop bonne et que j'aye un très grand besoin de quelques remèdes. M' le Maréchal de Besons et Mad. de Lambert, m'ont occupée tous ces jours. Vous voyés qu'au moins je ne vous préfère que d'anciens et respectables amis. Si vous voulés venir demain à dix heures précises, vous me ferés grand plaisir. Je compte d'aller à cinq lieues d'icy, et partir avant onze heures. Je reviendray lundi , et je me suis engagée à aller passer l'autre semaine chés Mad. la marquise de Lambert à Clamar, où elle alla hier après avoir dîné chés M. le Marquis de Lassé'. C'est chés mes voisins P..., que je vais demain, et quoi que je puisse avoir à faire, je suis engagée de telle sorte que je ne puis m'en dégager. Notre présidente- m'a fait prier à souper pour samedi; mais il ne m'est pas possible d'avoir cet honneur. Voyés si vous pouvés venir demain recevoir mes remerciemens pour les galanteries que vous m'avés faites, et mon
1. Lassay (A. L. de Madaillan de Lesparre, marquis de), 1652-1738.
2. Mme Berthier était fille d'Orry, contrôleur général des finances. Son mari, le président Berthier, frère de M. Berthier de Sauvigny, passait une partie de sa vie « à s'enivrer et à voir des filles de bas étage qui se plaignaient toutes de son caractère avare et vilain » . {Journal de police, 1742-43.)
Lettres. i6i
Lafontaine'. N'avés vous pas eu la bonté de vous charger du Livre de Mad. de Lambert?
Ce vendredi, à minuit.
J'ay soupe chés mes voisins^. Aucun de nos convives ne m'ont donné signe de vie; il seroit trop tard demain pour attendre leur réponse, ainsi il vaut mieux remettre la partie. Assurément il y a du mal'heur pour moy ; mais nous la renouerons dans un tems où je seray plus tranquile et où nous pourrons mieux nous arranger. Adieu, Monsieur, revenés dans notre quartier, j'ay une voisine qui vous y désire, et qui prétend renouveller connoissance avec vous. Elle étoit amie intime d'une de vos sœurs, c'est la femme de celuy chés qui vous soupâtes hier. Adieu, ne soyés pas long tems sans nous veni: voir.
Lettre à Monsieur...
Ce samedy, 23 octobre 1728.
M. le Mareschal de Bezons qui partit le