i52o GROS (Antoine-Jean, baron
L. A. S. au comte (de Forbin, directeur général des musées); (Paris), 24 février 1828, 1 p. in-4.
Curieuse épître. « N'osant vous importuner d'une réflexion que cependant longues années me forcent de faire, j'ai voulu m'assurer de sa justesse en demandant à M. de Cailleux (secrétaire général des musées) si, depuis vingt-quatre ans que j'ai fait la Peste de Jaffa et vingt ans que je suis légionnaire, je n'étois pas assez vétéran pour aspirer à la croix d'officier. Il trouva cela tellement juste qu'il me promit de vous en parler. En effet vous avez eu la bonté d'accueillir cette réflexion en vous plaisant à en reconnoitre toute l'évidence. Puis-je espérer, Monsieur le Comte, que dans ces mêmes sentimens vous voudriez bien appuyer ma demande auprès de Monsieur le vicomte de la Rochefoucault, comme le feroit un général équitable pour l'un de ses grenadiers qu'il auroit toujours vu depuis vingt-quatre ans à la tête de ses colonnes...» — (Gros reçut, peu après cette lettre, la croix d'officier de la légion d'honneur.)
PEINTRES ET' SCULPTEURS
S. Vin
•f- i52i * LEMOT (François-Frédéric, baron), célèbre sculpteur, auquel on doit la statue de Henri IV sur le Pont-Neuf et celle de Louis XIV sur la place Bellecour à Lyon, membre de l'Institut (1809), n. à Lyon, 4 novembre 1772, m. à Paris, 6 mai 1827. Il a fait une notice sur le château de Clisson, dont il possédait les ruines.
L. A. S. au comte de Lezay-Marnesia (Albert-Madeleine-Claude, n, à Saint-Julien en Franche- Comté, 1772, m. 1857), préfet du Rhône; Paris, 12 avril 1821, 3 p. in-4. (Coll. Dubrunjaut.) — P.
Très belle lettre où il le remercie de lui avoir fait remettre un mandat de vingt mille francs, montant du premier terme de l'entreprise de la statue équestre de Louis XIV pour la ville de Lyon. « L'achèvement du petit modèle touche à sa fin. Le cavalier est moulé et coulé en plâtre; quelques parties du cheval sont également moulées et je désire, avant de le mouler entièrement, consulter quelques beaux chevaux arabes qui viennent d'arriver au haras du bois de Boulogne et que le ministre doit faire mettre à ma disposition la semaine prochaine. « — (La statue de Louis XIV fut inaugurée à Lyon sur la place Bel leçon rie 4 novembre 1826.)
•3- i522 GUERIN (Pierre-Narcisse, baron), célèbre peintre de l'école classique, membre de l'Institut (i8i5), n. à Paris, i3 mars 1774, m. à Rome, 16 juillet 1 833 .
L. A. S. au peintre Bourdon, à Paris; Rome, 24 janvier 1826, 4 p. 111-4, enveloppe. — P.
Superbe lettre, écrite de Rome, ou il était directeur de l'Académie de France depuis 1822. Il est tout à fait rétabli, tellement qu'il vient de faire une course de trois lieues à pied. « C'est dans ces promenades solitaires au milieu de l'inculte et sauvage campagne de Rome, c'est entre le cours sinueux du Tibre et des roches volcaniques qui s'élèvent près de ses bords que l'on ne sauroit regretter les rives de la Seine. Mais de retour dans sa chambre et le soleil une fois couché!... Mais quoi? N'avons-nous pas la Mariant? la Catalani? les bals? le carnaval et le Miserere? Oui, mais nous n'avons pas trois ou quatre amis de cœur à rassembler autour d'une petite table ou d'un bon feu, et quand je me suis étourdi chez moi ou chez les autres au milieu de trente convives, je ne me couche ni moins fatigué ni plus satisfait. » Il parle ensuite de la gravure de son tableau d'Andromaque (actuellement au Louvre) par Théodore Richomme. Il se plaint des lenteurs de cet artiste, qui a pendant plus d'un an abandonné ce travail, sous prétexte de découragement. Il veut continuer à diriger l'exécution de cette planche de manière à ce que le tableau n'en souffre pas. Les graveurs Girard et Jazet n'ont pas davantage tenu leurs engagements envers lui. D'autre part Guerin se loue des procédés du loyal Forster, qui lui a envoyé une épreuve satisfaisante de Didon. Il fait quelques observations sur les ombres de la figure d'Enée qui lui paraissent avoir trop de ton et pas assez de transparence. « M. Forster a trop de jugement et trop de désir de bien faire pour se formaliser de ce que M. Richôme appellerait des leçons. » 11 mande que Casimir Delavigne et son frère n'ont pas encore passé à Rome. « Mais si les littérateurs sont rares, nous avons en revanche une multitude d'artistes ou pour mieux dire d'étudians qui viennent chercher à Rome un brevet d'habiles gens qu'ils retournent ensuite faire viser par les sots- de notre pays. Cela est fort commode, mais procure une réputation de peu de durée. Tant pis pour eux. » — (Guerin ne rentra en France qu'en 1S28. Il reçut le titre de baron l'année suivante.)
* i523 * GRANET (François-Marius), peintre de genre, dont les tableaux d'intérieur, la plupart peints à Rome, sont célèbres, membre de l'Institut (i83o), n. à Aix (Bouches-du-Rhône), 17 décembre 1775, m.
dans la même ville, 21 novembre 1849.
L. A. S. (au peintre Dupré) ; Rome (où il vivait depuis 1802), 28 février 181 8, 1 p. in-4. Jolie pièce.
Il le prie de lui envoyer son beau dessin. «J'attends Monsieur le comte de Forbin de son voyage à Jérusalem et je serai bien satisfait de pouvoir le lui présenter au moment de son arrivée à Rome. »
C3 — vna
S. vin
GRAVEURS ET ARCHITECTES
+- 1524 * MAYER (Marie-Françoise-Constance), célèbre peintre, élève et amie de Prud'hon, n. à Paris, 1775, m. par suicide dans la même ville le 26 mai 1821.
L. A. S. (à Amable Tastu, la célèbre femme de lettres, alors âgée de dix-neuf ans et qui venait de se marier) ; (Paris), 27 janvier 1817, 1 p. 1/2 in-4. Rare. — P. de L. Flameng d'après Prud'hon.
Charmante lettre, signée C. Mayer et Prud'hon et écrite au nom des deux amis. Elle parle du voyage de noces de leur jeune amie. Ils ont eu des détails par son père (le peintre Voiart), qui s'est complu dans le récit de la réception qui lui a été faite. « Nos cœurs s'épanouissoient en nous reportant au bonheur que vous deviez ressentir de vous voir entourée d'une famille plaine d'affabilité et de grâces. Nous en avons jugé par ces gracieuses surprises ménagées avec une attention si délicate dans ces premiers moment. Nous ne doutons pas un instant de tout ce qu'ils auront en retour de votre part, la nature vous ayant prodigué tant de qualités aimables. Les vœux de nos cœurs étoient bien en harmonie pour votre bonheur; aussi votre cher Tastu, qui en est le tipe, partage-t-il avec vous tous les sentimens d'attachement que nous vous portons. »
*- 1 525 * HERSENT (Louis), célèbre peintre d'histoire et de portraits, membre de l'Institut (1822), n. à Paris, 10 mars 1777, m. dans la même ville, 2 octobre 1860.
i° L. A. S. à l'architecte Hippolyte Lebas (n. 1 782, m. 1867) ; Paris, 20 décembre 1834, 1 p. 1/2 in-8.
Belle lettre où il parle du portrait de Turgot, qu'on l'avait chargé de peindre. Il propose de faire copier celui peint par Michel Van-Loo. « Quand au Boileau, j'y donne les dernières retouches. Je ne manquerai de vous la remettre à la fin du mois... »
2° P. A. S., avec corrections; (Paris, vers i855),2 p. 1/2 in-4.
Intéressant rapport sur la nouvelle toile à peindre préparée selon les procédés du peintre de marines Ambroise-Louis Garneray (n. 1783, m. i858). Il donne son approbation à cette découverte, au nom de l'Académie des Beaux-Arts.
•k 1526^ DESNOYERS (Auguste-Gaspard-Louis, baron Boucher-), habile graveur, qui a reproduit les Vierges de Raphaël et de Léonard de Vinci, membre de l'Institut (1816), n. à Paris, 20 décembre 1779, m. dans la même ville, 16 février 1857.
L. A. S. au graveur Jacob Felsing (n. à Darmstadt en 1802, m. en 1875), à Darmstadt; (Paris, 14 septembre t 836), 2 p. 1/2 in-4, cachet.
Très belle lettre où il le remercie de ses compliments et de l'envoi d'une planche. Il fait l'éloge du talent de Felsing, qu'il engage à se consacrer maintenant à la reproduction d'un tableau important. Il lui transmet les salutations de Forster(Ie célèbre graveur).
PEINTRES ET SCULPTEURS
S. vin
4- 1527-5- INGRES (Jean-Auguste-Dominique), illustre peintre d'histoire, un des
plus grands artistes de notre siècle, le chef vénéré de l'école classique, membre
de l'Institut (1825), n. à Montauban, 29 août 1780, m. à Paris, i3 janvier 1867.
P. S.; Paris, 23 janvier 1829, 1 p. in-4 oblong. Jolie pièce. (Coll. B. Fillon.j — P. de Masson.
Curieux document. Reçu de trois mille francs comme solde de la somme de vingt mille francs à lui allouée pour l'exécution d'un plafond du musée Charles X au Louvre représentant Homère déifié. — (C'est une des plus célèbres compositions de Ingres.)
■s- i528 4- INGRES (Jean-Auguste-Dominique).
L. A. S. à Dumon, secrétaire perpétuel de l'école des Beaux-Arts, à Paris; Rome, 23 octobre 1 838, 3 p. in-4. Superbe pièce, une des plus belles connues de Ingres. (Coll. L. Veydt.) — P.
Importante lettre écrite de Rome, où il était directeur de l'Académie de France depuis 1834. Il exprime son angoisse au sujet de sept caisses qui contenaient les envois des élèves et qui ne sont pas encore parvenues à destination. Tout va bien à l'école et on travaille avec amour et ardeur. « Je ne crains pas de recommander à vos soins judicieux mon ami et élève Flandrin (Hippolyte, grand prix de i832, qui revenait se fixer à Paris). Je crois pouvoir espérer et par vos soins et ceux de vos amis que ce jeune peintre devra être chargé de travaux dignes de son beau et sévère talent. » Il lui recommande également le sculpteur Briant, qui a beaucoup de talent et qui, comme Flandrin, a une modestie et une timidité qui lui sont très préjudiciables. « L'école vient de nous enrichir de trois graveurs en taille-douce. Je trouve que c'est trop. Ces arts qui ne dérivent que des trois grands, la peinture, sculpture et architecture, les seuls, à mon avis, qui devraient être encouragés à l'école de Rome, envahissent, je le dis avec conviction et justice, les douceurs d'un- meilleur bien-être dont auraient besoin ces trois belles sections, qui sont dévorées de dépenses indispensables et trop coûteuses pour dignement les exercer. » Il y a bien d'autres abus à signaler, et il ne pourra les taire lors de sa rentrée en France, « car, dit-il, l'école de France à Rome est une des plus belles conceptions de notre société en ce qui touche les beaux-arts, aussi utiles qu'indispensables, quoiqu'on puisse dire, au bonheur des hommes. » Il le charge de mille amitiés pour le bon Gatteaux (le célèbre graveur).
^ i52q s- INGRES (Jean-Auguste-Dominique).