DESSIN DE GUSTAVE ROUX
Numéro 1944.
PEINTRES ET .SCULPTEURS
S. vin
4- 1945 -5- RITZ (Raphaël), peintre de genre, qui a traité avec talent un grand nombre de scènes nationales que lui ont inspirées les Alpes du Valais, n. à Niederwald, dans la vallée de Conches (canton du Valais), 17 janvier 1829. Il est l'auteur du très joli tableau qui représente les Ingénieurs dans la montagne et qui est conservé au musée de Berne.
L. A. S., en français, à son ami le peintre Auguste Bachelin, à Marin; Sion (canton du Valais), 7 mars 1 885, 4 p.
in-8, avec un charmant croquis à la plume rappelant une des meilleures compositions du peintre, la Fête de Notre- Dame des Neiges, et faisant partie du corps même de la lettre. Très jolie pièce.
Superbe lettre. « Vous recevrez cijoint un tout petit croquis (ce croquis représente trois figures de son joli tableau de la Fête de Notre-Dame des Xeiges, exposé à Zurich en 1 883) ; ce bout de lettre m'a causé un petit embarras, parce que je n'ai pas bien l'habitude d'écrire en français. C'est devenu trop long pour un petit peintre comme je le suis, et c'est trop d'honneur pour moi de me voir dans une collection d'autographes... La chapelle de Sainte-Marie aux Neiges est une des plus élevées dans les Alpes.
La fête a lieu au mois d'août. Beaucoup de personnes s'y rendent et même des femmes de la vallée d'A-
oste. Les relations entre les bergers valaisans et piémontais ne sont plus hostiles comme autrefois. Les légendes racontent des épisodes assez curieux sur ces guerres alpines; en voici une: Tous les hommes de Zermatt se trouvaient au combat, excepté le berger Cari. Une bande menaça alors ce village. Mais les femmes se transformèrent en guerriers, conduits par Cari, et se postèrent avantageusement sur un rocher. Un espion ennemi demanda à Cari : « Pourquoi vos guerriers ont-ils la poitrine si haute? » — « Parce que le courage leur gonfle le cœur! » — Et l'ennemi épouvanté s'enfuit. » Comme la plupart des peintres de la Suisse, Raphaël Ritz a l'amour profond du sol natal, il en sait l'histoire et les légendes; il en fixe les traditions dans ses tableaux.
* 1946 -5- BERTHOUD (Auguste - Henri), paysagiste éminent, qui a rendu la région moyenne et supérieure de l'Alpe avec une puissante vérité et en a traduit l'àpreté et le charme dans sa peinture saine et robuste, n. à Paris, de parents neuchàtelois, 20 avril 1829.
L. A. S. au peintre A. Bachelin, à Marin ; Les Alicamps (Neuchâtel), 11 août 1880, 1 p. 1/2 in-8.
Jolie lettre. « Au retour d'une petite absence, j'ai lu voire article du Musée Netichâtelois. J'ai l'intention d'aller vous voir pour vous serrer la main et vous dire combien j'attache de prix à ce nouveau témoignage d'amitié... »
S. vin
GRAVEURS ET ARCHITECTES
1947 VAUTIER (Marc-Louis-Benjamin), célèbre peintre de genre, un des maîtres les plus populaires de l'école allemande contemporaine, qui a poussé la recherche et l'observation à une extrême limite et possède à un degré non moins éminent le sentiment de l'expression, n. à Morges (Vaud), 24 avril 1829. Les types de toute nature qu'il a répandus dans ses compositions sont d'une vérité et d'un naturel parfaits.
L. A. S. à son neveu M. Charles Rochedieu, à Valentigney (Doubs); Dusseldorf(sa résidence ordinaire), 22 décembre 1875, 1 p. 1/2 in-8. Jolie lettre. — P.
Aimable épitre accompagnant l'envoi de sa photographie et de charmants croquis au crayon. « La raison pour laquelle je ne t'ai pas encore répondu est que j'attendais d'un jour à l'autre ma photographie, que j'ai fait faire à Bruxelles et qui malheureusement n'est pas encore arrivée, en sorte que je suis forcé de t'en envoyer une ancienne, la seule que je possède. » Il mande que, depuis plus d'une année, à cause de ses yeux, il ne peut plus faire de petits dessins. Il dit en terminant : « Tu voudras bien m'exeuser si je ne t'écris que quelques lignes, mais, comme tu le sais, les jours avant Noël on a une masse de choses à faire et à soigner et même à fabriquer pour les enfants, qui se réjouissent beaucoup de voir arriver le grand jour qu'ils peuvent à peine attendre... Je n'ai malheureusement dans ce moment que des croquis destinés à des illustrations. Celles-ci sont de XObcrhof d'Immermann, et de Bar fùssele d'Auerbach. » Le croquis, reproduit ici, se rattache à l'illustration du premier de ces deux ouvrages.
-y 1948 * ANKER (Albert), charmant peintre de genre, éminent céramiste, qui a traité la vie des paysans bernois avec une grande finesse d'observation et des qualités précieuses de dessin et de couleur, n. à Anet (canton de Berne), 9 avril i83o.
i° L. A. S., en français, au peintre Auguste Bachelin, à Marin ; (Anet, 6 juin 1873), 3 p. 1/2 in-8.
Amusante épitre. « Je viens de nouveau te demander un service. Je veux faire un tableau de deùx curés et l'un des deux aura sur la téte un chapeau tel que les portent les curés français. Or il m'a semblé en voir chez toi dans ton magasin de costumes. Si tu avais la bonté de me faire savoir si tu possèdes ce meuble, j'irais un de ces soirs jusque chez toi pour le prendre. J'ai acheté une soutane à la Belle Jardinière, pas capable d'en trouver de rencontre, ces Messieurs les usent jusqu'à la corde et ont peur que le public ne fasse des charges avec leur défroque... Tu as aussi vu l'exposition. Une première médaille d'honneur, je crois, a été donnée à Olivier Merson ; c'est autant que je me souviens pour le tableau du Christ faisant le signe de la croix avec des drôles d'anges. C'est bien sûr saint Labre qui a donné cette médaille. »
20 L. A. S., en français, au même; (Anet, 20 mai 1884), 3 p. in-8, enveloppe. Très belle pièce.
Jolie lettre. « Ton article du National est on ne peut plus élogieux. Je trouve que c'est bien, pour une critique de l'exposition de Neuchâtel, de ne pas débiner les artistes. La meilleure critique est de décrire les bonnes choses qu'on peut découvrir dans les tableaux et donner envie aux gens de les aller voir. Je trouve qu'en Suisse c'est plutôt le public qui a besoin de critique et pas les artistes qui font ce qu'ils peuvent. Pourtant je crois que Godet (l'aimable poète) et toi maintenant aussi, n'êtes que trop dithyrambiques; c'est moins bon que ça, et on risque qu'en voulant trop dire, les gens n'y croient plus et ne vous accusent d'être des compères. »
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*- 1949 * BACHELIN (Rodolphe-Auguste), le peintre et illustrateur de la vie militaire contemporaine suisse, qu'il a rendue avec des qualités brillantes d'observation, de verve et d'exécution, n. à Neuchâtel, 3o septembre i83o. Il à reproduit avec non moins de bonheur et dans un sentiment poétique très délicat de nombreux sites des bords du lac de Neuchâtel. Bachelin est également un remarquable écrivain.
i° L. A. S. à M. Alfred Bovet, à Paris; Marin (près de Neuchâtel), 24 octobre 1884, 3 p. in-8, avec un charmant croquis à la plume dans le corps de la lettre. — Voici la reproduction du croquis.
Très jolie lettre. « Vous me demandez de mes nouvelles.... merci, cela va bien. Mais les mauvais jours arrivent et l'automne emporte les beaux tons de rouille et d'or dont il avait paré les arbres, il faut donc rentrer chez soi pour y vivre avec des modèles qui ne peuvent me faire oublier les paysages, car tout en peignant des zouaves et des miliciens suisses à notre frontière, je pense à mes chères rives de nos lacs, à ces variétés de bleu et d'émeraude de leurs eaux. — Oui, cher Monsieur, je ne sors pas des souvenirs de la frontière, je ne trouve pas mieux dans notre histoire contemporaine nationale; notre armée y a joué un si beau rôle, elle a su être neutre et humaine, tendre la main aux vaincus et vivre en bonne intelligence avec les vainqueurs; puis elle était si belle sous ses uniformes ternis par les marches et les nuits de garde, avec le brassard qui les ravivait d'un peu de rouge, et la neige qui lui faisait un fond calme et voilé à l'horizon. Voilà bien des raisons, n'est-ce pas, pour revivre ces souvenirs et y rester bien longtemps encore?— J'y reste donc, en voilà la preuve ci-jointe. » — (Les souvenirs auxquels le sympathique maitre fait allusion ont trait aux scènes de l'occupation des frontières pendant la guerre franco-allemande, scènes qu'il a reproduites dans plusieurs toiles magistrales dont les plus connues sont : Combat de Croix, La Générale et Aux Verrières, souvenir de l'entrée de l'armée de l'Est en Suisse. — Critique d'art éminent et romancier d'une puissante originalité, nature encyclopédique au premier chef, Auguste Bachelin occupe une place non moins importante dans la littérature que dans l'art de son pays. — Voyez série des Poètes et Prosateurs, n» i3i2.)
S. vin
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20 L. A. S. au même, à Valentigney ; Marin, 8 mars i885, 8 p. pl. in-8, enveloppe. Superbe pièce.
Très intéressante lettre artistique. En voici un fragment relatif au grand peintre J.-F. Millet. « Vous aimez donc Millet; j'en suis ravi, car j'estime son œuvre comme l'une des plus caractéristiques de l'école française. Si elle n'a pas été goûtée tout de suite, ce n'est point parce qu'elle était absolument vraie ou naturaliste, comme on dit aujourd'hui, mais parce qu'il s'en dégageait une tristesse poignante qui ne pouvait trouver sa place dans les salons du Paris élégant: Léopold Robert a - peint des paysans qui ne sont pas toujours gais, mais qui ont au moins le prestige des vêtements pittoresques et colorés; il ne craint pas le bleu du ciel, tandis que Millet semblait même éteindre la lumière, comme si elle l'eût gêné. Je ne m'étonne point des premiers insuccès de Millet, car le Français, ou plutôt le Parisien, aime avant tout l'éclat, la joie, et ceux qui ont la note triste n'ont jamais été ses privilégiés.
On comprend qu'il lui ait préféré Diaz, Decamps, Troyon, les coloristes et les luminaristes. »
* 1950 -* STÙCKELBERG (Ernest), peintre, qui a traité avec un rare talent l'histoire, le genre et le portrait, n. à Bâle, 23 février 1 83 1 . Il s'est surtout acquis une juste popularité par ses peintures décoratives de la Chapelle de Guillaume Tell au lac des Quatre-Cantons, œuvre véritablement nationale, non seulement par les sujets qu'elle représente, mais aussi par la vérité des types qui y sont réunis. L. A. S. au peintre A. Bachelin, à Marin ; (Bâle), 3 janvier 1872,2 p. in-8, enveloppe. Belle pièce.
Charmante épitre amicale. Cordiales félicitations sur le mariage de mademoiselle Bachelin avec Théophile Schiller (le célèbre peintre alsacien). « Ce qui ne me réjouit pas moins, ajoute-t-il, c'est que votre beau-frère vient se fixer en Suisse, grâce à son mariage avec votre sœur. » Intéressants détails.
* 195 1 -* VEILLON (Auguste), peintre paysagiste, un des meilleurs élèves de Diday, qui a rendu avec une riche palette les rives des lacs suisses ainsi que plusieurs sites d'Italie et d'Egypte, n. à Bex (canton de Vaud), 29 décembre 1834. L. A. S. au peintre A. Bachelin, à Marin; Genève, 21 octobre 1879, 8 p. pl. in-8. Superbe pièce.
Très belle et remarquable lettre relative à ses débuts et à son maitre le célèbre peintre Diday. « J'ai fait comme tant d'autres, frappé des tableaux de Diday, j'entrai sans hésiter et sans conseil dans son atelier... Il me fit tout d'abord copier une douzaine d'études, puis il me dit: Maintenant c'est assez, allez demander à la nature ses secrets et nous verrons ce que vous pourrez en tirer; au bout de peu de temps donc je fis mon premier tableau, je trouvais ça bien difficile ! mais il m'entreprit si bien, m'expliqua si clairement ce que devait être le tableau, que je me mis à l'œuvre avec un toupet infernal. En vous racontant mes débuts chez lui vous jugerez vite l'enseignement qui, s'il avait son mauvais côté, avait cependant le grand avantage de donner un certain amour et enthousiasme pour la peinture et la Suisse; je n'oublierai jamais les émotions qu'il me faisait éprouver quand il nous décrivait les beaux motifs qu'il avait vus dans les Alpes, les grands effets des hautes montagnes; j'avoue qu'il a plus d'une fois fait passer en moi le frisson du beau et je lui en suis profondément reconnaissant; voir dans la nature en premier lieu, lignes courbes, perpendiculaires et horizontales, a son excellent côté; mais elle a plus que cela, elle est vivante et impressionne, elle doit parler, et sous ce rapport Diday pouvait la révéler à ses élèves. Quant à l'enseignement pratique proprement dit, il est évident qu'il laissait à désirer... Mais si Diday tenait à ses procédés, il a cependant toujours montré une grande largeur d'idées pour la manière des autres artistes, et quand en 1862 je lui annonçai mon départ pour Paris il me dit: vous faites bien, il faut voir autre chose que ce que nous faisons ici. Je ne vous parlerai pas longuement de mon séjour dans ce grand centre artistique, de mon impression en tombant sur le superbe Salon de cette année-là, Corot avec ses dix tableaux groupés, ceux de Daubigny, Ingres, ne pouvaient que m'épater, et je le fus complètement en effet. J'ouvris mes yeux le plus possible pour tâcher de me débrouiller et d'oublier mes vieux procédés; je déplorais de n'avoir pas appris à peindre, à toucher un terrain différemment qu'un ciel, etc., puis le dessin, grand Dieu, j'avais le sentiment de ne pas en savoir le premier mot et je me mis à l'œuvre et fis des efforts inouïs pour compléter tant bien que mal un enseignement que je suis encore heureux d'avoir suivi, tout en déplorant ses lacunes. Vous me demandez si Diday a été sincère. Vous voulez dire vrai dans la recherche de l'observation
et de la nature, je vous répondrai oui. Si seulement vous J S/ s
pouviez examiner avec moi ses études!!... dans le nombre ~ /y ^6^ôtf-^i
il y en a d'excellentes. Les anciennes, avec leur air Tœpffer, études naïves, troncs d'arbres d'un relief étonnant, intérieur de bois de hêtre avec écorce, mousse, terrains étudiés avec une grande conscience. » /^^A-
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4-1952 * COLON N A DE CASTIGLIONE (Adèle cTAffry, duchesse de), sculpteur d'un talent nerveux et même masculin, connue sous le pseudonyme de Marcello, n. à Fribourg, 6 juillet 1837, m. à Castellamare (Italie), 16 juillet 1879.
Photographie d'un dessin, signée avec quatre lignes autographes au crayon; 1 865 , 1 p. in-4.
Sur un des côtés de cette photographie représentant une tête de vieillard, on lit cette belle pensée de Marcello: « Le beau dans les œuvres d'art n'est point un accident heureux, c'est une loi dont la formule est plus ou moins complète. Le but de l'art est de trouver et d'écrire les lois de la forme, comme celles de la pensée métaphysique ou religieuse ont été trouvées et écrites par Pascal, Descartes, Bossuet. » — (Adèle d'Affry épousa en 1 8 56 Carlo Colonna, duc de Castiglione, et commença l'étude de la sculpture à Rome sous la direction du statuaire suisse Im-Hof. Elle marcha rapidement dans la carrière des arts et exposait à Paris en 1 863 le remarquable buste de Bianca Capcllo. Ce buste, signé Marcello, attirait et retenait la foule, on répétait mystérieusement qu'il était l'œuvre d'une femme. Enhardie par le succès, l'artiste exécuta une suite de bustes d'un grand caractère et d'une exécution large et vivante. En 1870, elle exposait une statue d'une allure superbe comme mouvement, la Pythie, qui décore aujourd'hui le vestibule du Grand-Opéra à Paris. La princesse Colonna est morte à Castellamare en 1879, en plein épanouissement de son talent.)
4- 1953 v- CASTRES (Édouard), peintre de genre, qui a traité avec talent plusieurs scènes épisodiques de la guerre franco-allemande, n. à Genève, 21 juin 1 838.
i° Dessin à la plume signé ; c'est un épisode du panorama dont il est question dans la lettre ci-dessous et qui représente le passage de l'armée française aux Verrières en 1 87 1 , 1 p. gr. in-4 oblong.
2° L. A. S. au peintre A. Bachelin,à Marin; Etrembières, 6 mars i885, 1 p. in-8, papier de deuil.
Joli billet amical. «Je vous envoie le dessin que vous me demandez. Trop heureux d'avoir enfin l'occasion de vous être agréable. Je n'ai pas oublié tous les renseignements que vous avez eu l'extrême obligeance de m'envoyer par l'intermédiaire de M. G. Roux, alors que j'en avais si besoin pour l'exécution de mon panorama représentant le Passage de l'armée française aux Verrières en /8yr. — (Il s'agit du beau panorama qui est à Genève et qui a obtenu le plus grand succès.)
S. vin
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-y 1954 * GALAME (Arthur), paysagiste, fils du grand peintre des Alpes, auxquelles il préfère les lignes plus gracieuses de l'Italie et les côtes de la mer, qu'il rend d'une manière saisissante par le calme ou la tempête, n. à Genève, 8 octobre 1843.
L. A. S. au peintre Auguste Bachelin, à Marin (canton de Neuchâtel); Genève, 4 mars i885, 3 p. in-8, enveloppe avec un joli croquis à la plume dans le texte. Très intéressante pièce.
Charmante lettre. « Vous me demandez un autographe, j'ai cru d'emblée qu'il s'agissait pour M. Bovet de posséder un autographe de mon père, puis vous me dites que je manque personnellement dans ce recueil. C'est trop d'honneur, Monsieur, et j'ai bien peur que la lettre que vous me demandez n'ait aucune valeur. Vous me dites pour m'engager à livrer cette carte de visite ornementée d'une vignette : « Que pourrai-je faire en retour ? Demandez, Monsieur. » Je suis amplement dédommagé et bien au delà, par le fait que je me trouve en rapport et que je fais connaissance avec un artiste aussi habile à manier la plume que la brosse et que j'ai toujours vivement désiré connaître.. . Voici un petit dessin dans le genre que vous me demandez, mais la figurine n'est pas mon fort, je suis paysagiste et rien que paysagiste, et encore je restreins le sens de ce mot en ne m'appliquant qu'au paysage maritime. J'adore l'eau sous toutes ses formes liquides et c'est justement ce qu'il y a de plus intraduisible à la plume... Le tableau dont vous me parlez a eu l'avantage de vous plaire, et j'en suis enchanté. Mais lorsque je l'ai composé, je n'ai pensé qu'à la mer lointaine, et les figurines de premier plan ne sont là qu'un repoussoir... Il me reste, Monsieur, à vous remercier de m'avoir procuré le plaisir et l'honneur d'avoir fait votre connaissance par la poste, et... c'est moi qui possède votre autographe. »
1955 ir PURY (Paul de), architecte de talent, mort prématurément avant d'avoir donné sa mesure, n. à la Chaux-de-Fonds, 9 janvier 1844, m. à Neuchâtel, 25 décembre 1874. Il a laissé de remarquables dessins et croquis de voyage qui sont réunis, pour la plupart, dans un volume consacré par A. Bachelin à cet artiste.
L. A. S. au peintre Auguste Bachelin, à Marin; Mariastein (couvent situé dans le canton de Soleure, sur la frontière française), 6 décembre 1870, 3 p. 1/2 in-8, enveloppe. Très belle pièce.
Intéressante lettre écrite de la frontière où il servait en qualité de sergent-fourrier dans le corps d'armée que la Suisse y avait envoyé pour sauvegarder sa neutralité lors de la guerre de 1 870-1 87 1 . Pury envoie quelques croquis militaires faits par lui et par son ami Landry. (Plusieurs de ces croquis figurent dans le bel album illustré publié en 1871 sous le titre de : Aux Frontières, notes et croquis, par A. Bachelin.) Nouvelles sur les mouvements des troupes des deux côtés de la frontière, et sur le pays et ses habitants. « Nous sommes maintenant dans un pays très pittoresque, le couvent est dans une situation admirable et nous avons reçu le meilleur accueil des bons pères, mais faire des croquis par cinq
et six degrés de froid n'est pas chose facile. / ji ..y * ^si Ja
J'ai essayé cependant, et nous vous commu- S C4&*7 **** *fl
niquerons, à notre retour, ce que nous avons fait. En été ce serait tout plaisir et chose bien facile... Je me trouve fort bien de la vie militaire; on y voit à chaque instant des scènes intéressantes. Je ne suis malheureusement pas assez habile pour les reproduire. »
S. vin
4- 1956 * PURY (Edmond-Charles, baron de), peintre d'un talent original, brillant coloriste, auquel on doit quelques belles toiles inspirées par la vie des pêcheurs de l'île de Capri, et des portraits d'une superbe tournure, n. à Neuchàtel, 6 mars 1845. i° Dessin signé, fait à Venise et représentant le tombeau de Léopold Robert, 1 p. in-12 oblong.
notre illustre compatriote Léopold Robert; tu le mettras à la place de celui que
2° L. A. S. à M. Alfred Bovet, à Valentigney; Venise, 3o août 1884, 3 p. 1/2 ih-4. — P. photographié.
Très jolie lettre. « Je tiens à t'exprimer encore ce qu'il m'en a coûté de ne pouvoir en revenant à Venise faire un crochet sur Valentigney et à te répéter le profond regret que j'ai eu de ne pouvoir aller renouveller sur les bords du Doubs un de ces charmants séjours dont j'emporte chaque fois le plus doux souvenir.... J'ai eu l'idée qu'un petit croquis t'aiderait à t'en convaincre, si par hazard tu avais pu en douter un seul instant; je l'ai fait avant-hier au Campo-Santo d'après le tombeau érigé, il y a deux ans environ, j'aurais crayonné, accompagné des quelques lignes d'usage, dans ton album, dans cet album dont les pages te disent tous les amis que tu as.... Ai-je été bien inspiré? Je l'espère. Mon sentiment sur Léopold Robert est toujours le même et je ne le crois pas entaché de chauvinisme : je vois bien en quoi il est, comme on dit, vieilli, mais il y a peu de toiles qui résistent au temps en tout et pour tout d'abord ; et puis si la facture de certains de ses tableaux est pauvre, faible, si la couleur en est factice et monotone; si parfois la composition, les types des personnages et l'air dans lequel ils se meuvent ont quelque chose de conventionnel, je sens cependant derrière cela le charme ému, le poète, et cela suffit pour me le faire aimer beaucoup et mettre très haut son talent. » Curieux détails à ce sujet.
GRAVEURS ET ARCHITECTES
■f- 1957 -* RAVEL (Edouard), peintre d'un talent original, élève de Barthélémy Menn et d'Alfred van Muyden, dont les scènes de genre, traitées avec une peinture large et brillante, ont obtenu beaucoup de succès, n. à Versoix, près de Genève, 1 847.
i° L. A. S. à son ami M. Gustave Roux (le célèbre dessinateur et illustrateur), avec un dessin à la plume qui orne la seconde page de la lettre et qui est reproduit ci-dessous, 2 p. in-24. — P.
Joli billet amical. « Mon cher Roux, voici un croquis du costume des femmes d'Hérens (vallée du canton du Valais) petite tenue; comme vous voyez, il est assez gentil. »
2° L. A. S. à son ami le peintre Auguste Bachelin, à Marin; Genève,
I mars 1 885, 2 p. in-8, enveloppe.
Très belle et intéressante pièce.
Très jolie réponse à la demande de son autographe et d'un dessin. « Permettez-moi de vous remercier des choses si flatteuses que contient votre lettre, et ensuite d'avoir la pensée de me faire figurer dans cette collection d'autographes... C'est un honneur auquel j'étais loin de m'attendre. Voici les renseignements sur votre serviteur : n. à Versoix (canton de Genève) en 1847 — élève de messieurs Barthélémy Menn et Van Muyden ». Quant au croquis que notre ami M. Roux vous a remis, il est en effet de peu d'importance, je me déclare donc absolument prêt à vous en faire un second.... ne craignez donc pas de me
dire ce que vous désireriez, je vous en prie
— (Le premier des deux maîtres d'Edouard Ravel, Barthélémy Menn, né à Genève en 1 8 1 5, était excellent peintre d'histoire et surtout de paysage.
II étudia dans sa ville natale sous la direction de Diday et de Lugardon père, puis il vint à Paris compléter son éducation dans l'atelier d'Ingres. Les paysages de cet artiste sont d'un sentiment poétique élevé et d'une belle facture.)
3° L. A. S. à son ami le peintre Auguste Bachelin, à Marin; Genève, 5 mars 1 885 , 1 p. in-8, enveloppe.
Envoi d'un dessin. « Voici le croquis. J'espère qu'il vous conviendra; si vous croyez que ce n'est pas encore ça, je me remets encore à votre disposition. »
* 1958 -* DU BOIS (Charles-Édouard), peintre et aquarelliste, qui a traité le paysage avec une verve contenue et une exquise délicatesse de touche, n. à Weavertown (New-Jersey, États-Unis), de parents neuchâtelois, 19 octobre 1847, surpris par la mort dans le plein épanouissement de son talent, à Menton, le 6 mars i885. L. A. S. au peintre A. Bachelin, à Marin; Les Sapins (Neuchâtel), 23 juin 1882, 2 p. 1/2 in-8.
Jolie lettre. «Je ne puis vous exprimer tout le plaisir que j'ai eu à Menton en lisant Jean Louis (le beau roman de M. Bachelin), une étude de village ad nat. très forte et des mieux réussie. Il faut être peintre pour faire de l'aussi bonne littérature. » Très intéressants détails.
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* 1959 •* VUILLERMET (Charles), peintre de paysage et de portraits, qui s'est particulièrement fait remarquer par un portrait de vieillard d'une exécution merveilleuse, n. à la Grange-Neuve, près de Morges (canton de Vaud), i3 août 1849.
L. A. S. au peintre Auguste Bachelin, à Marin; Lausanne, 14 juin 1879, 3 p. in-8, enveloppe.
e patronner comme aspi-
la Société des peintres et // . A f /2o
aujourd'hui vous dire que / Jit „ II-, VI / . ' rlf) a n. - A A ^
hissant et très obligé...» ^V^AtK K^WW
Jolie lettre. « N'ayant pas su saisir l'occasion dimanche dernier de vous témoigner ma reconnaissance de ce que vous aviez bien voulu m'appuyer et me patronner comme aspirant à devenir membre de sculpteurs suisses, je viens auj>
je vous en suis très reconnaissant et très omige.... » — »"**'4^»t, y «^Vf T-,v "~ 1
Il parle aussi de l'exposition de la Société des amis «Vm f> /ï l û /Ll ^ ~\Pl \*ÙÂ*/iQM^é^
des arts de Neuchâtel. Très piquants détails. VY\K/IU£/ M*-. J
•y i960 * GIRON (Charles), peintre d'avenir, qui, après avoir traité avec succès le portrait, s'est fait une place distinguée dans la peinture contemporaine par son tableau Les deux Sœurs, exposé au Salon de Paris en 1882, n. à Genève, 2 avril i85o.
L. A. S. (à M. Albert Fillion, architecte, à Genève); Menton, 8 juin 1884, 3 p. 1/2 in-8, enveloppe. Très belle pièce, ornée d'un croquis à la plume qui figure dans le corps de la lettre.
Très belle lettre ornée d'un piquant dessin fait par Giron, pour illustrer deux pâtés d'encre tombés de sa plume au moment où il commençait à écrire. Giron se plaint de ne pas recevoir de nouvelles de son correspondant et parle de sa santé, qui est meilleure. « Depuis trois ou quatre jours je m'entraine en marchant un peu chaque matin; aujourd'hui je suis sorti en voiture..., j'ai fait une charmante promenade dans une vallée qui n'est qu'un bois d'orangers aux doux parfums, par une route en lacets. J'ai joui de points de vue inattendus et superbes, et, dans l'échancrure de la vallée, la mer dont l'horizon montait avec moi, me faisait poliment les honneurs, ne me quittant qu'aux détours de la route pour me rejoindre bien vite un peu plus haut.
La route monte, monte très loin dans la montagne. Qu'elle est belle cette vallée de Monti, et puis c'était dimanche, tout le long du chemin il y avait des Mentonnaises et des.... Mentonnais. Les premières sont jolies et fines comme des gazelles, le corps bien formé, le cou long et rond, la tête petite est ornée au sommet d'un gros nœud de cheveux tordus, le teint varie entre la couleur d'une grenade et le ton olivâtre mat, avec des yeux de bitume et des lèvres sensuelles admirablement dessinées et une vivacité d'allures dont tu n'as pas idée; elles s'en vont comme cela dans la lumière et le bleu, le vêtement léger flottant, heureuses et souriantes. Coloristes hors ligne, il faut voir comme elles savent harmoniser un bout de ruban, une fleur, la nuance de leur vêtement avec leur teint particulier, et cela dans d'infinies et pâles délicatesses. Pas de rouges, de jaunes ou de bleus criards, seulement des tonsrompusetd'unefinesse extrême, le mauve, le grenat, le soufre et le noir, tel est le fond de leur palette. »
S. vin
GRAVEURS ET ARCHITECTES
4- 196 1 -s- BURNAND (Eugène), peintre et charmant illustrateur, qui a traité avec observation et talent des scènes de la vie rurale suisse, n. à Moudon, 3o août i85o. Son œuvre la plus remarquable est l'illustration à l'eau-forte de Mireille.
i° L. A. S. à son ami le peintre Bischoff, de Lausanne; Mas des Soupirs, petite Camargue, 23 mai 1880, 4 p. pl. in-8, avec quatre croquis a la plume dans le texte. Très jolie pièce.
Amusante lettre, dont voici le début : « Mon cher, j'ai mis en œuvre les éléments de poésie les plus intenses, j'ai bravé le ridicule, la fatigue, le mal de mer, le soleil le plus ardent, pour venir te donner de mes nouvelles d'une façon digne de nos traditions. Voici comment: près de mon mas est un canal, sur ce canal une barquette; je m'en empare et d'un pied léger j'en franchis le bord. Sur la rive la famille du garde contemple le spectacle; je pars, ou du moins me mets en devoir de partir... La gaffe plonge dans les flots bourbeux, elle plonge et replonge... Diantre de barquette! dressée à n'en pas douter par un écuyer du cirque... Elle se met à tourniquer, mais là, sans démarrer. Tantôt elle heurtait la rive droite, tantôt elle s'enfonçait dans la gauche, et l'espace restait infranchi. Tu ne saurais te figurer, mon cher, à quel point cela manquait de grandeur. Si au moins il y avait eu le charme amer que cause le danger menaçant : mais non! trente centimètres d'eau tout au plus. Pour comble de malheur, le public manifestait des sentiments, sinon hostiles, du moins ironiques : « Monsieur n'a peut-être jamais été marin? » A partir d'à présent je n'oserai plus avouer à mes hôtes que je compte Guillaume Tell parmi mes ancêtres... Guillaume Tell, le hardi nautonier... Que faire? Je pris le parti d'exécuter à pied le reste de ma promenade en ba- m teau,c était moins poétique, mais plus rapide. Arrivé dans l'étang, dans un de ces étangs où l'on peut se mouvoir et tourner en tous sens avec l'air de le faire à dessein, je me remis dans ma barquetteet mevoici, mon cher, profondément ensablé, me demandant, non sans anxiété, comment je me tirerai de là, mais enfin dans une situation qui, vue de la rive, ne présente rien d'anormal, avec l'air d'un jeune marin qui se repose ou d'un chasseur à l'affût. »
Curieux détails.
20 L. A. S. à Philippe Godet (le poète), à Neuchâtel; Versailles, 21 décembre 1 883,
p. in-8.
Charmante lettre de remerciments écrite à l'occasion d'un article que M. Godet venait de consacrer aux remarquables eaux-fortes faites par M. Burnand pour l'édition illustrée 'de Mireille. En voici le début : « J'aurais une proposition à vous faire qui, pour sûr, serait accueillie avec enthousiasme, à savoir que chaque artiste, soucieux de sa réputation, s'attachât pour son usage exclusif et particulier, un homme de lettres choisi parmi les meilleurs, qui se chargerait (j'évite le subjonctif de ce vilain mot), qui se chargerait, dis-je, de faire autour de son nom tout le bruit que lui-même serait incapable de faire avec les moyens éminemment silencieux dont il dispose : un burin et trois pinceaux. La plume, agile et alerte, la presse d'imprimerie bruyante et féconde, puis une bonne dose d'amitié enthousiaste se mettant en campagne, en voilà plus qu'il ne faut pour faire sonner toutes les trompettes de la renommée. Vous vous y entendez, cher ami... »
* 1962 ROBERT (Léo-Paul), peintre de talent et d'avenir, qui soutient dignement
l'honneur du glorieux nom quMl porte et dont les toiles Les Zéphirs du soir, La
Nymphe Echo, Les Génies de la Forêt, Le Printemps, sont d'un sentiment poétique des
plus élevés et d'une exécution savante, n. à Bienne (canton de Berne), 19 mars 1 85 1 .
L. A. S. au peintre Auguste Bachelin, à Marin; le Ried sur Bienne, 7 juillet 1879, 4 p. in-12.
Très jolie et amicale lettre. » Je suis heureux que ma Forêt (toile de l'artiste exposée à Paris en 1880) me fournisse l'occasion de vous rappeler votre promesse faite il y a bien longtemps de venir me visiter dans mon ermitage du Ried. J'aurais
PEINTRES ET SCULPTEURS
S. vin
un réel plaisir à vous y recevoir. Malheureusement on a si bien su détruire tous les jolis sites de nos environs, pour cause d'utilité publique, voies de piétons, voies ferrées, voies d'eau, etc., etc., que je n'aurais que fort peu de chose à vous faire admirer, à supposer que le soleil soit notre compagnon, mais au moins on se verrait, et l'amitié n'a pas besoin de tant de choses...» — (M.Léo-Paul Robert est fils d'Aurèle Robert qui était le frère et l'élève de l'illustre Léopold Robert. Aurèle Robert a traité le genre et s t
s'est fait une réputation méritée comme peintre d'intérieurs; il était né aux /fiut*/t~ aJ~~fn~&~^<^l . /\y /} / Eplatures, près de la Chaux-de-Fonds, canton de Neuchàtel, le 18 décem- / « / âsvt*o/i C<?~~v-e*/~7'
bre 1806, et il est mort à Bienne, canton de Berne, le 21 décembre 1871.)
1963 •* GIRARDET (Eugène), peintre de genre, d'un talent facile, qui a traité particulièrement des scènes d'Afrique et représente avec distinction la troisième génération des Girardet artistes, n. à Versailles, de parents suisses, 3i mai 1 853 .
i° Dessin signé, représentant des chasseurs poursuivant des sangliers, i p. in-8. Très jolie pièce.
2° L. A. S. au peintre Auguste Bachelin, à Marin; Versailles, 20 mai 1882, 4 p. in-24, enveloppe.
Jolie lettre. « Je suis allé chez mon père lui demander s'il serait à même de vous procurer des lettres de mon oncle Karl (Karl Girardet, le célèbre peintre de genre, sur lequel M. Bachelin a publié un travail remarquable dans le Musée Neuchâtelois) ayant un intérêt artistique ; il me charge de vous répondre qu'à son grand regret il ne possède que des lettres de famille. » Détails intéressants et indications biographiques concernant divers membres de sa famille sur lesquels Auguste Bachelin lui avait demandé des renseignements.
et
FIN DE LA