n ■* ROLAND (Marie-Jeanne Phlipon
L. A. (au général Servan); Paris, 2 5 décembre an I (1792), 8 heures du soir, 4 p. in-4. — P-
Précieuse lettre historique sur le procès de Louis XVI (qui devait commencer le lendemain). « La date n'est pas indifférente, dit-elle, car j'ignore ce que doit être la journée de demain; il seroit possible que beaucoup de gens de bien n'en vissent pas la fin. Il y a des projets désastreux contre Louis pour avoir une occasion d'aller jusqu'aux députés et de comprendre le ministre de l'intérieur (Roland) dans le massacre... J'ai fait partir ma fille pour la campagne et disposé mes petites affaires comme pour le grand voyage et j'attends l'événement de pied ferme. Nos institutions sociales rendent la vie si laborieuse pour les cœurs honnêtes que ce n'est pas une grande perte à faire et je me suis tellement familiarisée avec l'idée de la mort que je vais au devant des assassins, s'ils arrivent, persuadée d'ailleurs que s'il est une chose au monde qui puisse les détourner, c'est le calme du courage et le mépris de leurs coups. » Roland, atteint d'un érésypèle, se traînera dès le matin au conseil qui sera permanent tant que Louis sera en prison. « Les avis d'assassinats pleuvent sur ma table, car on me fait l'honneur de me haïr, et je vois d'où cela vient. Lorsque, dans lesquinze premiers jours du ministère, le scélérat Danton, avec l'hypocrite Fabre, nous environnoient continuellement en singeant l'amour du bien et de l'honnête, ils m'ont pénétrée, et, sans que j'aye jamais rien dit ni fait pour confirmer leur opinion, ils ont jugé que je tenois quelquefois la plume... L'aboyeur Marat, lâché des lors après moi, ne m'a pas quittée d'un moment ; les pamphlets se sont multipliés et je doute qu'on ait publié plus d'horreurs contre Antoinette (la reine), à laquelle on me compare et dont on me donne le nom, qu'on ne m'en attribue chaque jour. J'ai gardé le silence qui me convenoit, sans autre réponse que ma persévérance dans mes devoirs et mon caractère. Leur rage s'en est accrue : je suis Galigaï, Brinvilliers, Voisin, tout ce qu'on peut imaginer de monstrueux, et les dames de la halle veulent me traiter comme madame Lamballe. » Elle lui envoie son portrait, car il faut bien laisser quelque chose de soi à ses amis. « Je suis bien aise de vous dire qu'après mon mari, ma fille et une autre personne, vous êtes le seul à qui je le fasse connoître; il n'existe point pour le monde, ni même le courrant des amis. » Elle se plaint ensuite de Pache (qui avait succédé à Servan dans le ministère de la guerre) et mande que presque tous les députés ne marchent plus qu'armés jusqu'aux dents. Elle lui recommande sa fille. « Elle se rendra près de son oncle, à Villefranche, pour y suivre sa destinée, ayant de ses parens de bons exemples, quelque gloire, un excellent guide et une fortune honnête. »