II
mais, je sens Timportance, Tabsolue nécessité d'être chétien de fait, et de vivre habituellement dans la communion du Sauveur, demeuba^t en lui. Cest dans Tépreuve qu'on peut parler de ces choses : un chrétien sans afflictions n'est encore qu\in soldat de parade ; mais je l'éprouve maintenant, et je veux en rendre hautement témoignage pendant que Dieu m'en donne encore la force. Il est exactement vrai que c'est par beaucoup d'afflictions qu'il faut entrer au royaume du Ciel ; et il faut que nous éprouvions personnellement ce qui est dit du Prince de notre salut, qu'il était convenable qu'il fût consacré pjir les afflictions (Héb. ii, lo). Quoiqu'il fût le Fils de Dieu, il a pourtant appris l'obéissance parjes choses qii il a souffertes (v, 8), A combien plus forte raison avons-nous besoin nous-mêmes de cette instruction ! Oui, je puis le dire maintenant, il m'esl bon d'avoir été affligé ; il me fallait celte épreuve. Il m'en fallait, je le sentais d'avance, et je ne crains même pas de vous dire que j'en avais demandé au Seigneur. Mon élate^t cependant bien pénible. Moi qui me complaisais tant dans une vie d'activité et de mouvement,- je me trouve depuis longtemps rédtrit à l'inaction la plus complète ; ne pouvant presque plus ni boire, ni mangçr, ni dormir, ni parler, ni entendre lire, ni recevoir des visites de mes (rëres, 'C*t faisant un grand effort pour dicter ces quelques lignes ; accablé de beaucoup d'angoisses qui tiennent à la maladie ; et souvent privé par elles, ou par les ruses de Satan €t de mon propre cœur, de la présence de Dieu et des consolations spirituelles qu'elle m'apporterait.
Je puis cependant déclarer hautement que je ne changerais pas cet état d'épreuve contre celui où j'étais il y a quelques années, au plus fort de mes travaux évangéliques ; car bien que ma vie se soit consumée au service de Christ et qu'elle ait pu paraître exemplaire aux yeux des hommes, j'y retrouve tant d'infidélités, tant de péchés, tant de choses qui souillent mon œuvre à mes yeux et surtout aux yeux du Seigneur; j'ai passé tant de temps loin de mon Dieu, qu€ je préférerais cent fois, si j'avais encore trente ans à vivre, les passer sur ce lit de langueur et d'angoisses que de recouvrer mes forces et ma santé pour ne pas mener une vie plus véritablement chrétienne, plus sainte, plus entièrement consacrée à Dieu que ma vie précédente. Ah! chers amis! combien nous perdons de temps, de combien de bénédictions et de grâces nous nous privons en vivant éloignés de Dieu, dans la légèreté, dans la distraction, dans la recherche des choses périssables, dans la satisfaction de la chair et de l'amour-propre ! C'est maintenant que je le sens ; et vous le sentirez aussi au jour de l'épreuve. Rachetez donc le temps, je ne puis trop vous le répéter; vivez en Dieu, par la foi, par la prière, par des entretiens sérieux.
Après vous avoir parlé de mes péchés, je crois devoir vous dire, si toutefois cela est nécessaire, que je n'ai jamais senti plus vivement qu'à cette heure combien nous sommes heureux que le sa-
MIT SOIT IJN DON ABSOLUMENT GRATUIT ; et je dis
de bon cœur, de ce que je puis avoir fait de mieux en ma vie, que quant au mérite, et comme objet de
confiance, « je le regarde comme de la boue eu comparaison de Texcellence de la connaissance de Jésus-Christ, mon Seigneur. i> Oui, c'est en loi que je veux être trouvé, ayant non pas ma justice qui serait de la loi, mais la justice qui est de Dieu par la foi (PhiL m, 8, 9). Je ne puis et ne veux être «auvé que comme le dernier des pécheurs, que comme le brigand converti sur la croix ; et je reconnais pleinement devant Dieu que, depuis le premier bon désir que j'ai éprouvé en ma vie jusqu'à la dernière parole édifiante que je pourrai prononcer, tout vient de Dieu et uniquement de Dieu, qui, dans sa pure grâce et selon le bon plaisir de ^a volonté, a daigné me choisir avant les siècles et ih'appeler dans le temps, moi pauvre et indigne, afin que je fusse un monument de sa miséricorde : c'est Lui qui m'a gardé par sa puissance jusqu'à cette heure et qui me sauvera dans son royaume céleste.
Il y a un autre objet dont je veux encore vous parler. Je pense, mes bien chers amis, que tout en vous attristant, l'idée que nous ne nous reverrons probablement plus ici-bas n'est point pour vous un sujet de découragement. Vous savez trop bien que celui qui sème n'est rien, ni celui qui arrose, mais que c'est Dieu seul qui donne l'accroissement; car je vous ai bien souvent dit, de bouche et par ^rit, que, comme le déclarait Jean-Baptiste en parlant de lui-même, je ne suis qu'une des voix qui crient au désert : Préparez le chemin du Seigneur.» -— Qu elle est en efifet la mission d'un prédicateur, à|i^v^ sinon de montrer Jésus au pécheur en lui disant :
«Voilà TAgneau de Dieu qui ôle lespëchés du mon>< de ? » Et que doit faire le pécheur dès qu'il a entendu cette Yoix, et compris ce langage, sinon quitter Jean-Baptiste, pour suiçre Jésus et demeurer avec lui (Jean i, 87) ? Et loin que le messager de paix doive être jaloux de cette préférence, il doit la confirmer hautement en répétant avec le même Jean- Baptiste : «Celui qui a Tépouse est Tépoux : il faut qu^il croisse et que )e diminue.» -— Oui, à mesure que Jésus croîtra dans nos âmes, le prédicateur y diminuera, jusqu'à ce qu'il soit réduit tout-à-fait à rien, et que tous puissent lui dire : « Nous n'avons plus besoin que tu nous enseignes : nous sommes enseignés deDieu(Héb. viii, 11) : nous ne croyons, plus sur ta parole, mais nous avons nous-mêmes entendu Jésus, et nous savons qu'il est le Christ, le Sa«iyeur do monde » (Jean iv, I^i).
Tels sont les principes dont je me suis efforcé do vous montrer la vérité. Aussi ai-je la ferme espérance qu'étant les affranchis du Seigneur, vous ne vous rendrez point les esclaves des hommes, et que. quels que soient les dons d*un serviteur de Dieu, il ne sera jamais au milieu de vous que votre frère et votre ami, comme je l'ai été moi-nrnêmc, et comme vous m'appelez encore dans toutes vos lettres. Vous vous souviendrez que vous êtes un peuple de rois et de sacrificateurs ; et que si, quant à Dieu, l'Eglise est un royaume, quant aux hommes elle est la république à'\sr:iîi\ (Ëph. Ji, 1*2). Lisez au premier livre do Samuel, chap. viii, le jugement que Dieu porta sur les Israélites parce qu'ils avaient demandé un roi comme les autres nations (verset 5)..
«Ce n'est pas toi, dit-il à Samuel, qu'ils ont rejeté, mais c'est moi qu'ils ont rejeté, afin que je ne règne point sur eux » (verset 7). — Je vous recommande beaucoup de lire souvent ce chapitre tout entier, de même que Osëe^ xiii, 9-11.
Autant vous devez craindre de vous appuyer sur l'homme et de vous attacher exclusivement à tel ou tel serviteur, autant devez-vous être zélés et fidèles à remplir les uns envers les autres les devoirs que l'amour fraternel vous impose et que l'Ecriture vous recommande, savoir, de vous exhorter, de vous consoler, de vous reprendre et de vous édifier mutuellement, vous souvenant que vous n'êtes qu'un seul corps en Christ, dont Christ seul est le chef , et que vous êtes tous réciproquement les membres les uns des autres (Voyez sur ce sujet ma Méditation sur Jacques IF. Je vous exhorte donc tout particulièrement à ne point négliger vos assemblées mutuelles. Je n'entends pas par-là, des assemblées ou un seul parle et où tous les autres écoutent : celles-ci, quand TËvangile y est fidèlement prêché, sont sans doute une grande bénédiction et un puissant moyen de réveil et d'affranchissement pour nos âmes, que je n'ai pas besoin de vous recommander ; mais ce culte-là ne doit pas suffire au chrétien ; ce n'est pas celui qui nous est décrit et recommandé dans l'Ecriture (Voyez I Cor. xii, 5-i2, 22, 28 ; — xiv, 28, 24» 26, 27, 3i, etc.). Les réunions dont je veux parler sont celles où tous peuvent prophétiser, et où tous sont édifiés ; où chacun peut faire part à ses frères de ses expériences, des lumières et des grâces qu'il a
reçues du Seigneur; en un mot, où chacun pionne et reçoit, enseigne et apprend tour à tour. Ce sont là les seules assemblées qu'on puisse vraiment appeler mutuelles : c'est là qu'est Fentretien des frères, où TElernel a ordonné pour toujours la bénédiction et la vie (Ps. cxxxiii).
Je vous le répète donc, ô mes chers amis, aycs^ soin d'entretenir au milieu de vous de pareilles réunions : qu'il y en ait, s'il le faut, pour chaque âge, pour chaque sexe, afin qu'on soit plus libre, plus simple, et plus confiant. Celui qui court à l'assemblée avec empressement quand il y a quelque frère étranger ou quelqu'un qui parle avec éloquence, et qui néglige de s'y rendre quand il n'y a que des simples et des petits , n'est point un homme spirituel. Ne fussies-vous que quelques bergers ou quelques servantes réunis dans une pauvre étable, si chacun de vous y apporte un esprit de foi et de recueillement, le Seigneur sera au milieu de vous ; et vor ire assemblée pourra être bénie aussi abondamment que celles, des premiers disciples assemblés dans une chambre haute le jour de refTusion du Saint-Esprit, et cet autre jour où. Ic3 apôtres revinrent joyeux d'avoir souffert quelque ciiose pour le nom de Christ (Act. iv).
Mais pourraisjc vous recommander vos devoirs envers vos frères., sans vous. parler de ceux que vous avez. à remplir envers cette multitude qui vit dans les ténèbres d'où le Seigneur vous a, tirés par sa grâce ? L'Eglise de Jésus-Christ doit-elle se contenter, comme la garnison d'une ville assiégées de se garder elle-même et de conserver son pro-
pre terraia ? ]S(e doit-elle pas au contraire faire de continuelles sorties, et avancer comme une armée victorieuse sur le terrain de l'ennemi? -—Dès qu'un arbre cesse de croître, il commence à dépérir : dès qu'une Eglise cesse de faire des progrès, elle s'endort et commence à décheoir, Âh ! si vous sentez le prix infini de votre céleste vocation ; si vous connaissez cet amour de Christ qui surpasse toute intelligence, et les richesses de la gloire de son héritage dans les saints, et quelle est l'excellente grandeur de sa puissance envers nous qui croyons; si vous avez goûté combien le Seigneur est bon, et combien est précieuse la part qui nous est échue ; si en même temps vous connaissez le prix des âmes immortelles 9 et combien est a£Breux le sort de celles qui ne connaissent point Jésus, pourrez-vous jamais oublier le prix de ce titre glorieux d'enfant de Dieu que vous portez ? Pourrez-vous être autre chose que chrétiens, si vous sentez quel bonheur immense c'est d'être chrétien? Vous le serez en tout et partout : vous voudrez que tout le monde le devienne : chacun de vous sera un témoin de la grâce, un missionnaire, un prédicateur, un ministre de Christ. Votre cœur brûlera de zèle pour le salut des âmes, et il s'en élèvera sans cesse., comme d'un autel ardent, des soupirs et des prières en leur faveur (Rom. x, i). Travaillez donc au règne de Dieu : portez-vous courageusement dans cette bonne guerre : ne vous donnez point de repos à vous-mêmes, et n'en donnez point à l'Eternel jusqu'à ce qu'il rétablisse Jérusalem en un état florissant sur la terre.
Quant à moi j'ai tout lieu de croire que ma tâche est fthie : j'attends qu'au moyen des épreuves et des afflictions, le Seigneur accomplisse en moi cette œuvre de patience qui doit être parfaite, et qull me retire ensuite quand et comment il lui plaira, dans son éternel repos. N*ayant donc plus guère l'espoir de vous revoir dans ce monde, et ne pensant pas même que je puisse plus vous écrire davantage, je crois devoir prendre congé de vous, et vous recommander dès à présent à Dieu et à la Parole de sa grâce.
O chers amis ! combien de choses il me resterait à vous dire ! combien de choses je voudrais encore vous recommander! Mais le Seigneur y suppléera. Relisez quelquefois les derniers conseils que je viens de vous donner, et priez le Seigneur qu'il vous donne de les mettre en pratique ; lisez surtout la Bible : allez constamment à cet arbre de vie qui porte du fruit toute Tannée ; vous y trouverez toujours quelques fruits mûrs pour vous, quelque parole qui fera du bien à vos âmes. Si vous faites quelques autres lectures, qu'elles soient selon Dieu : je désirerais, par exemple, que chacun de vous possédât le Voyage du chrétien^ et la Vie de Bunian, de ce chrétien si consciencieux et si rempli d'expérience. Tâchez de lire aussi dans le Journal des missions de Paris ( seconde année, n*^ 3), la Vie du missionnaire Brainerd. J'espère qu'on publiera bientôt d'excellentes Lettres du ministre Charles Biêu, décédé en Danemarck. Un autre ouvrage qui, je l'espère, paraîtra bientôt, et que je ne sau-
i»o — rais trop vous recommander d'avance, est Y Histoire ancienne et moderne des Frères de Bohême et de Moravie. C'est là que vous verrez ce que doit être le chrétien, et ce que peut être une véritable Eglise de Jésus-Christ. Cet ouvrage sera trop cher pour que chacun de vous puisse l'acquérir pour lui-même ; mais vous pourrez vous réunir quelquesuns pour l'avoir en commun. Enfin je vous recoramanderai comme livre de prière et d'édification, aussi bien que comme recueil de cantiques, le recueil publié à Genève, sous le titre de : Psaumes, hymnes et cantiques spirituels^ etc.
Je voudrais, mes bien chers amis, chers frères et chères sœurs, pouvoir dans mes salutations dési* gner chacun de vous par son propre nom ; mais, grâces à Dieu, il y aurait trop à faire, et je désire que chacuù de vous lise ces lettres comme si elles lui étaient adressées à lui seul en particulier ; car vous savez quelle afîection j'ai pour vous tous, et combien ardemment je souhaite vous retrouver tous dans ce royaume où Dieu essuiera toutes larmes de nos yeux, où il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni travail, et où la mort ne sera plus.
C'est là que nous verrons Ce qu'ici nous croyons,
Insigne grâce !
L'espérance cessant Un amour permanent
Prendra sa place.
Ayez donc bon courage, chers amis! Bientôt nous nous retrouverons, et ce sera pour toujours : pour toujours, chers amis ! Pensez-y bien ; et loin
;re affligés d'une courte séparation, chantons B ensemble avec joie ce beau cantique :