A ROBERT DE SERGIS
3 février 1639.
' Je vous envoie un collet ; vous pourrez faire ajuster les vôtres à celui-là. Si peu que nous voulions suivre le monde quant aux habits, cela montre que nous en avons quelque petit échantillon dans le cœur et que, si nous ne prenons garde, nous nous laisserons emporter à l’esprit du monde. De dire qu’on nous prendra pour d’autres, c’est orgueil et vanité d’esprit que de changer de façon pour cela. O Monsieur! que qui saurait bien Jésus-Christ crucifié serait bien aise de passer comme lui pour le moindre des hommes, voire pour le pire, non seulement pour les actions personnelles, mais même pour celles de notre condition ! Eh ! que nous profitera d’avoir eu quelque humilité selon la personne, si nous avons delà vanité dans notre condition ! O Monsieur! qui nous donnera la grâce de nous mettre à la dernière place des hommes et de nous y tenir selon l’état de notre personne et selon celui de notre vocation ! Si nous voulons nous préférer aux autres et avoir des choses qui nous distinguent d’eux, tenez pour certain, Monsieur, que Notre-Seigneur nous fera tomber dans telle confusion que nous serions à mépris à ceux-là et à tout le monde. Je crois cette vérité comme je crois qu’il faut que je meure. Je vous dis ceci pour répondre à quelque chose que vous m’écrivîtes peu après votre retour à Toulouse, dans la parfaite confiance que j’ai que votre cœur le trouvera bon et que vous vous tiendrez ferme dans les petites pratiques et dans les maximes que vous avez vues ici. Je n’ai garde que je demande à qui que ce soit comme vous faites, ni comme vous êtes, i Je désire que tout le monde sache que je suis toujours dans la bonne opinion que j’ai eue de vous quand l’on vous a destiné pour l’emploi que la Providence vous a donné.,..
Il est vrai, Monsieur, ce que vous me dites touchant le bon Monsieur Durot (1) ; mais, comme il a une bonne âme et l’esprit bien fait, j’espère qu’il sera un jour un fort bon missionnaire. Il a l’esprit doux. Je vous prie, Monsieur, de le traiter de même. J’ai fait voyage avec trois Carmes déchaussés sans avoir pu discerner quel était le supérieur jusques à ce que je l’aie demandé trois jours après que j’ai été avec eux ; tant il est vrai que le supérieur