‹ Lettres choisies de Saint Vincent de PaulChapitre 74 sur 100 · A MADAME DU SAULT · texte numérisé non relu

A MADAME DU SAULT

15 mai 1652.

J’ai reçu votre chère lettre avec le respect que je vous dois, et l’honneur de votre souvenir avec grande reconnaissance, mais avec une égale confusion d’en être tant indigne que je suis et par ma naissance et par mon inutilité à votre service, laquelle a singulièrement paru au sujet des charges plaidées par M.du Sault, votré fils. N’ayant pu solliciter pour lui, j’en ai pourtant parlé à l’un de ses juges, qui était venu faire sa retraite céans; mais, dans la connaissance qu’il avait de l’affaire, il me donna sujet de

1. Saint-Lazare, la maison mère des Filles de la Charité et l’établissement des Enfants trouvés étaient sur la route de Paris à Saint-Denis, qui venait d’être le théâtre d’une lutte sanglante entre les troupes du roi et celles des frondeurs. — 2. Guillaume de Lamoignon, célèbre magistrat, plus tard premier président du Parlement.

craindre que le succès (1) serait tel qu’il a été, de quoi j’ai bien eu du regret. Dieu sait, Madame, combien je serais consolé d’avoir une meilleure occasion de m’employer pour lui. Je n’ose toutefois en espérer aucune en laquelle je puisse lui procurer le bien que vous désirez, .ni par mes prières, ni par le crédit de personne. Il y a six ou sept mois que je n’ai vu la reine, à cause de ses absences, et, si Dieu ne nous donne bientôt la paix, je ne serai pas en état de la voir de longtemps. Nous sommes dans une conjoncture trop fâcheuse ; l’orage qui a passé en Guyenne est venu fondre à Paris. Je pense que vous êtes très bien informée de l’état présent des choses, mais il n’y a que Dieu qui sache quel en sera l’événement. Selon les apparences, j’ai raison d’appréhender que mes péchés me rendent indigne de vous servir efficacement et à M. le baron.

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