‹ Lettres choisies de Voltaire (volume 2)Chapitre 207 sur 246 · A LYON · texte numérisé non relu

A LYON

Ferney, 15 mars 1776.

Je suis enchanté des édits sur les corvées et sur les maîtrises. On a eu bien raison de nommer le lit de justice le lit de bienfesance; û faut encore le nommer le lit de t éloquence digne d'un bon roi. Lorsque maître Séguier lui dit qu'il était à craindre que le peuple ne se révoltât, parce qu'on lui ôtait le plaisir des corvées et qu'on le délivrait de l'excessif impôt des maîtrises, le roi se mit à sourire, mais d'un sourire trèsdédaigneux. Le siècle d'or vient après un siècle de fer.

A M. TURGOT

A Ferney, 3 mai 1776.

M. deTrudaine, votre digne ami, monseigneur, m*a fait voir un édit sur les vins qui vaut bien celui du 14 septembre sur les blés. Ces deux pièces, véritablement éloquentes, puisque la raison et le bien public y parlent à chaque ligne, n'ont qu'à se joindre à l'édit de la caisse de Poissy, et la France est sûre de faire bonne chère. Les aloyaux, que les Anglais appellent rost beefy valent bien la poule au pot. Je crois bien que le parlement de Bordeaux sera un peu fâché , mais le parlement de Toulouse sera fort aise.

M. de Trudaine est témoin des transports de joie que vous avez causés dans tous les pays qui nous environnent. Nous voyons naître le siècle d'or; mais il est bien ridicule qu'il y ait tant de gens du siècle de fer dans Paris. On m'assure, pour ma consolation , que vous pouvez compter sur la fermeté de Sésostris; c'était là mon plus grand souci.

Je n'ose vous supplier de me confirmer cette heureuse anecdote , dont dépend la destinée de toute une nation; mais je vous avoue que je voudrais bien, avant de mourir, être sûr de mon fait, et pouvoir vous excepter du nombre des grands hommes dont Horace a dit :

Diram qui contudit hydrdm Comperit invidiam suprême fine demari.

(Livre II, ép. i.)

Quant à notre sel, monseigneur, je ne vous en importunerai plus, puisque je vois que vous n'oubliez rien.

Quant à la dame Lobreau , il est clair que son argent est tout aussi bon que celui des épiciers, qui veulent donner la comédie sans avoir d'acteurs.

Quisque suam exerceat artem.

(Livre I, ép. xiv.)

Pour votre art, il est

Gum tôt sustineas et tanta negotia solus.

(Livre II, ép. i.)

Vous voyez que je passe ma vie entre vos ouvrages et ceux d'Horace ; je ne peux mieux finir ma carrière.

M'"* Denis est pénétrée de l'honneur de votre souvenir, et nous le sommes tous de vos extrêmes bontés.

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