‹ Lettres choisies de Voltaire (volume 2)Chapitre 233 sur 246 · Lettre de M, le comte de la Touraille · texte numérisé non relu

Lettre de M, le comte de la Touraille

Au Palais-Bourbon, 6 auguste 1776.

On nous dit , monsieur, qu'Auguste et Mécène ont quelquefois été boire du vin de Falerne chez Horace; cet honneur ne Taurait pas immortalisé, si ses talents ne Tavaient seuls rendu digne des hommages de la postérité. En reculant les époques de ces royales familiarités que donae et reçoit souvent Torgueil, j*ose croire, monsieur, que feu M. Jupiter, qui était plus grand seigneur qu*Âuguste, donna plus d'embarras que de vanité à Baucis et à Philémon, quand, pour s'amuser, il fut, selon Chaulieu, manger un plat d*asperges dans leur pauvre taudis.

Charles IX, voulant combler de joie son bon ami Ronsard, avait formé le dessein de l'aller voir dans sa maison des champs, a Cette marque de protection me serait glorieuse , dit le poète, mais ne rendrait pas mes vers meilleurs; »

D'après cela, monsieur, doit-on s'affliger de n'avoir pas vu l'empereur dans sa maison? Je ne fais d'ailleurs que vous rendre les opinions des gens sensés de ce pays-ci , qui s'intéressent à votre satisfaction , sans avoir assurément la moindre idée de manquer de respect aux dieux et aux souverains.

M. le prince de Condé , monsieur, sera tom'ours disposé à seconder votre amour paternel en faveur de votre colonie, et vous pouvez, de votre côté, compter sur Tassidu bienfaiteur des Bourguignons. Il en est, comme vous le dites, le Titus adoré.

Je quitte les superbes fêtes de Chantilly pour rentrer sans regret dans ma quiète solitude du Palais-Bourbon, où j'ignore assez souvent s'il y a dans le monde des gens plus riches et plus heureux que moi. Je suis un peu comme ce paysan du* mont Saint-Gothard à qui on vantait les richesses du roi de France : « Je parie, dit>il, qu'il n'a pas de si belles vaches que les miennes, n

Recevez , monsieur, l'hommage de ma sincère et constante vénération.

A H. DEVAINES.

A Ferney, 3 octobre 1777.

Je vous crois, monsieur, administrateur des postes, et toujours ami de M. d'Argental; car je sais, par mon expérience, (jue quand on Taime c'est pour la vie.

Je prends donc la liberté de vous adresser ce petit paquet pour lui.

Je ne me console point d*avoir vu votre pèlerinage manqué. Ce sera un grand hasard si je suis en état de vous recevoir l'année qui vient. Je voudrais moi-même vous épargner le chemin, et vous aller rendre ma visite; mais à quoi servent les souhaits? à sentir nos besoins, et non pas à les soulager. J*ai réellement besoin de vous voir; il me semble que j'aurais bien des choses à vous dire sur ce monde-ci avant de le quitter.

Je viens de lire, avec une extrême satisfaction, le V Hôpital ^ de M. de Condorcet. Tout ce qu'il fait est marqué au coin d'un homme supérieur. Que ne puis-je passer quelques jours entre vous et lui !

Mes respects et mes regrets à M™' Dévalues.

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