A H. LE COMTE DE TRESSAN
A Paris, 19 février 1778.
Le vieux malade de Ferney est incapable d'avoir passé trois jours sans répondre aux bontés de M. le comte de Tressan , et sans lui avoir témoigné sa tendre et respectueuse reconnaissance.
Je suis entre les mains de M. Tronchin ; mais quoiqu'il m'ait défendu tout, il ne pourra m' empêcher de vous écrire. Je suis dans un tourbillon
qui ne convient ni à mon âge ni à ma faiblesse. Mon âme serait plus ^ son aise à Franconville.
Votre ami, M. de Villette, a raison d'aimer le monde; il y brille dans son étonnante maison; il l'a purifiée par l'arrivée d'une femme aussi honnête que belle. Je l'abandonnerai bientôt à son nouveau bonheur; mais je compte bien être témoin du vôtre dans votre retraite, si je puis disposer de moi un moment. II y a longtemps que j'aspire à cette consolation. Je serai, jusqu'au dernier moment de ma vie, monsieur le comte, le plus attaché, le plus respectueux de vos serviteurs.
A M. LE COMTE D'ARGENTAL
filAra 1778.
Pardon, mon cher ange, ma tête de quatre-vingt-quatre ans n'en a que quinze; mais vous devez avoir pitié d'un homme blessé qui crie, ne pouvant parler. Songez que je meurs, songez qu'en mourant j'ai achevé Irène y Agathoclcy le Droit du Seigneur y et fait quatre actes di'Atrée. Songez que MoIé m'a mutilé indignement, sottement et insolemment ; qu'il ne veut point jouer son rôle dans le Droit du Seigneury etc. Je suis mort, et il faut que je coure chez les premiers gentilshommes de la chambre ; voyez s'il ne m'est pas permis de crier : cependant j'avoue que je ne devrais pas crier si fort.
Je suis à vous, mon ange, à toute heure.