‹ Lettres choisies de VoltaireChapitre 124 sur 157 · Le Discours sur Vorigine de Vinégalité parmi les liommes · texte numérisé non relu

Le Discours sur Vorigine de Vinégalité parmi les liommes

que j'ai choisie auprès de votre patrie, où vous devriez

être.

Je conviens avec vous que les belles-lettres et les sciences ont causé quelquefois beaucoup de mal. Les ennemis du Tasse firent de sa vie un tissu de malheurs; ceux de Galilée le firent gémir dans les prisons, à soixante et dix ans, pour avoir connu le mouvement de la terre; et ce qu'il y a de plus honteux, c'est qu'ils l'obligèrent à se rétracter. Dès que vos amis eurent commencé le Dictionnaire encyclopédique^ ceux qui osèrent être leurs rivaux les traitèrent de déistes, d'athées^ et même de jansénistes.

Si j'osais me compter parmi ceux dont les travaux n'ont eu que la persécution pour récompense, je vous ferais voir des gens acharnés à me perdre du jour que je donnai la tragédie d'OEdipe; une bibliothèque de calomnies ridicules imprimées contre moi; un prêtre ex-jésuite \ que j'avais sauvé du dernier supplice, me payant par des libelles diffamatoires du service que je lui avais rendu; un homme ^, plus coupable encore, faisant imprimer mon propre ouvrage du Siècle de Louis XIV avec des notes dans lesquelles la plus crasse ignorance vomit les plus infâmes impostures; un autre, qui vend à un libraire quelques chapitres d'une prétendue Histoire universelle^ sous mon nom; le libraire assez avide pour imprimer ce tissu informe de bévues, de fausses dates, de faits et de noms estropiés; et enfin des hommes assez lâches et assez méchants pour m'imputer la publication de cette rapsodie. Je vous ferais voir la société infectée de ce genre d'hommes inconnu à, toute l'antiquité, qui, ne pouvant embrasser une profession honnête, soit de manœuvre, soit de laquais,

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