‹ Lettres choisies; édition à l'usage des classesChapitre 142 sur 272 · Racine, PMdre, acte IV, «c. vi · texte numérisé non relu

Racine, PMdre, acte IV, «c. vi

sionnaires; ainsi ils eurent l'insolence d'empêcher, pour quelque temps, les représentations d'un ouvrage dédié à un pape, approuvé par un pape.

L'envie veut mordre, l'intérêt veut gagner; c'est là ce qui excita tant d'orages contre le Tasse, contre le Guarini, en Italie; contre Dryden et contre Pope, en Angletrre; contre Corneille, Racine, Molière, Quinault, en France. Que n'a point essuyé, de nos jours, votre célèbre Goldoni! et si vous remontez aux Romains et aux Grecs, voyez les prologues de Térence, dans lesquels il apprend à la postérité que les hommes de son temps étaient faits comme ceux du nôtre ; tutto'l mondo è fatto corne lanostra famiglia. Mais remarquez, monsieur, pour la consolation des grands artistes, que les persécuteurs sont assurés du mépris et de l'horreur du genre humain, et que les bons ouvrages demeurent. Où sont les écrits des ennemis de Térence, et les feuilles des Bavius qui insultèrent Virgile? Où sont les impertinences des rivaux du Tasse, et des rivaux de Gorneille et de Molière?

Qu'on est heureux, monsieur, de ne point voir toutes ces misères, toutes ces indignités, et de cultiver en paix les arts d'Apollon, loin des Marsyas et des Midasl Qu'il est doux de lire Virgile et Homère en foulant à ses pieds les Bavius et les Zoïle, et de se nourrir d'ambroisie, quand l'envie mange des couleuvres !

Quant à quelques messieurs qui, sans être chrétiens, inondent le public, depuis quelques années, de satires chrétiennes; qui nuiraient, s'il était possible, à notre religion, par les ridicules appuis qu'ils osent prêter à cet édifice inébranlable*; enfin, qui la déshonorent par leurs impostures; si on faisait jamais attention à leurs libelles, on pourrait leur faire voir qu'on est aussi ignorant qu'eux, mais beaucoup meilleur chrétien.

C'est une plaisante idée qui a passé par la tête de quelqui

1. Qui ne croirait cette page écrite, comme tant d'autres, de nos jourij mêmes.

barbouilleurs de notre siècle, de crier sans cesse que tous ceux qui ont quelque esprit ne sont pas chrétiens! Pensent-ils rendre en cela un grand service à notre religion? Quoi! la saine doctrine, c'est-à-dire la doctrine apostolique et romaine, ne serait-elle, selon eux, que le partage des sots? Je ne pense pas être un sot, mais il me semble que si je me trouvais jamais avec labbé Guyon dans la rue (car je ne peux le rencontrer que là), je lui dirais :

« Mon ami, de quel droit prétends-tu être meilleur chrétien que moi? Est-ce parce que tu affirmes, dans un livre aussi plat que calomnieux, que je t'ai fait bonne chère, quoique tu n'aies jamais dîné chez moi? Est-ce parce que tu as révélé au public, c'est-à-dire à quinze ou seize lecteurs oisifs, tout ce que je t'ai dit du roi de Prusse, quoique je ne taie jamais parlé, et que je ne t'aie jamais vu? Ne sais-tu pas que ceux qui mentent sans esprit, ainsi que ceux qui mentent avec esprit, n'entreront pas dans le royaume des cieux?

« Je te prie d'exprimer l'unité de l'Église et l'invocation des saints mieux que moi :

L'Église, toujours une, et partout étendue,

Libre, mais sous un chef, adorant en tout lieu,

Dans le bonheur des saints, la grandeur de son Dieu*.

« Tu me feras encore plaisir de donner une idée plus juste de la transsubstantiation que celle que j'en ai donnée :

Le Christ, de nos péchés victime renaissante,

De ses éhis chéris nourriture vivante.

Descend sur les autels à ses yeux éperdus,

Et lui découvre un Dieu sous un pain qui n'est plus*.

« Crois-tu définir plus clairement la Trinité qu'elle ne l'est dans ces vers :

La puissance, l'amour, avec l'intelligence, Unis et divisés, composent son essence 3?

« Je t'exhorte, toi et tes semblables, non seulement à croire

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