Acte V, se. VI
t. L'Esprit des lois, par Montesquieu.
Boileaa, il est vrai, a dit après Horace
« Heureux qui dans ses vers sait, d'une voix légère, « Passer du grave au doux, du plaisant au sévère M »
^lais il n'a pas prétendu qu'on mélangeât tous les styles. 11 le voulait pas qu'on mît le masque de Thalie sur le visage le Melpomène, ni qu'on prodiguât les grands mots dans les iffaires les plus minces. Il faut toujours conformer son style ï son sujet.
Il m'est tombé entre les mains l'annonce imprimée d'un narchand de ce qu'on peut envoyer de Paris en province 3our servir sur table. H commence psu* un éloge magnifique le l'agriculture et du commerce, il pèse dans ses balances l'épicier le mérite du duc de Sulli et du grand ministre Col- )ert; et ne pensez pas qu'il s'abaisse à citer le nom du duc le Sulli, il l'appelle Yami d'Henri IV : et il s'agit de vendre les saucissons et des harengs frais! Cela prouve au moins [ue le goût des belles-lettres a pénétré dans tous les états; il le s'agit plus que d'en faire un usage raisonnable : mais on 'eut toujours mieux dire qu'on ne doit dire, et tout sort le sa sphère.
Des hommes même de beaucoup d'esprit ont fait des livres idicules, pour vouloir avoir trop d'esprit. Le jésuite Castel, )ar exemple, dans sa Mathématique universelle, veut prouver [ue si le globe de Saturne était emporté par une comète laiis un autre système solaire, ce serait le dernier de ses atelliles que la loi de la gravitation mettrait à la place de JaUirne. Il ajoute à cette bizarre idée que la raison pour aquelle le satellite le plus éloigné prendrait cette place, c'est [ue les souverains éloignent d'eux, autant qu'ils le peuvent, curs héritiers présomptifs.
Cette idée serait plaisante et convenable dans la bouche
l'une femme qui, pour faire taire des philosophes, imagine-
ait une raison comique d'une chose dont ils chercheraient la
iause en vain; mais que le mathématicien fasse le plaisant
uand il doit instruire, cela n'est pas tolérable.