‹ Lettres choisies; édition à l'usage des classesChapitre 243 sur 272 · A M. DIONIS DU SÉJOUR · texte numérisé non relu

A M. DIONIS DU SÉJOUR

A Ferney, 18 janvier 1775

Monsieur, je vous remercie avec beaucoup de sensibilité et un peu de honte de l'utile et beau présent que vous daignez me faire*. Je ressemble assez à ce vieux animal de basse-cour à qui on donna un diamant; la pauvre bête répondit qu'il ne lui fallait qu'un grain de millet^.

Autrefois, monsieur, j'aurais pu suivre vos calculs; mais à quatre-vingt et un ans, accablé de maladies, je ne puis guère m'en tenir qu'à vos résultats. Je les trouve si probables, que je ne compte pas après vous. Je suis très persuadé qu'aucune comète ne peut prendre aucune planète en flanc. Vous décidez un grand procès; vous donnez un arrêt par lequel le genre humain conservera longtemps son héritage ; reste à savoir si l'héritage en vaut la peine.

Je ne crois p»s non plus que nous acquérions jamais un nouveau satellite, qui serait, ce me semble, un domestique fort importun, et qui troublerait furieusement les services que nous rend celui que nous avons depuis si longtemps.

Pour les Arcadiens, qui se croyaient plus anciens que la lune, il me semble qu'ils res<Jemblaient à ces rois d'Orient qui s'intitulaient cow5m5 du soleil. Je veux croire que ces messieurs d'Arcadie avaient inventé la musique :

« Soli cantare periti « Arcades*. »

Mais ces bonnes gens n'apprirent que fort tard à manger du gland, et il est dit qu'ils se nourrirent d'herbe pendant des siècles.

Vous en savez. Newton et vous, un peu plus que ces Arcades, et que toute l'antiquité ensemble.

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