A. M. PASQUIER
A Femey, 20 septembre 1776.
Puisque vous m'enhardissez, monsieur, à vous faire des aveux, dont je suis très sûr qu'un homme de votre rang et
1 . Irène, sa dernière tragédie. II viendra la voir représenter à Paris, et elle sera pour lui l'occasion d'un triomphe qu'une gravure du temps a morveilleusemcnL reproduit, et qui est intitulée Couronnement de ^^oltaxrc. (Moreau 17S2.)
2. Si correspondance prouve qu'il n'a cessé toute sa vie de prodiguer ses rocommandations, son appui, ses conseils, son argent avec une facilité et une bonhomie que l'âge n'affaiblissait pas et qu'ont seules empêché de remarquer éon égale promptitude à se venger et ses cruelles et infatigables représailles contre ses ennemis, d'autant plus nombreux que ses obligés, comme il arrive, n'ont pas manqué d'en grossir le nooibre.
de votre âge n'abusera pas, je vous dirai encore que le très vertueux ami * d'un jeune infortuné qui serait devenu un des meilleurs officiers de France ayant échappé à la catastrophe épouvantable de ce jeune ami, aussi imprudent que vertueux, a passé deux années entières chez moi, entre la Suisse et Genève. Ce jeune homme, traité aussi durement que son ami, est devenu un des meilleurs ingénieurs de l'Europe. J'ai eule bonheur de le placer auprès d'un grand roi, qui connaît et qui récompense son mérite.
Je vous demande en grâce de lui pardonner aussi. En vérité, c'est tout ce que nous devons faire à l'âge où nous sommes vous et moi, monsieur, que de passer nos derniers jours à pardonner. Quand on regarde du bord de son tombeau tout ce qu'on a vu pendant sa viej, on frissonne de tant d'horribles désastres. Heureux ceux à qui on peut dire avec Horace :
^) Lenior ac melior fis accedeute senecta 2. »
Je vous souhaite, monsieur, une santé plus forte que la mienne, une longue jouissance de l'extrême considération où vous êtes, du repos après le travail, et toute l'indulgence si nécessaire pour les hommes, dont vous connaissez les faiblesses et les misères.
J'ai l'honneur d'être avec beaucoup de respect, de véritable estime et de vénération, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur, Voltaire.