‹ Lettres choisies; édition à l'usage des classesChapitre 31 sur 272 · Comédie de Voltaire en un acte et en vers · texte numérisé non relu

Comédie de Voltaire en un acte et en vers

pièce fut représentée avant-hier samedi avec assez de succès; mais il me parut que les loges étaient encore plus contentes que le parterre. Dancourt* et Legrand ^ ont accoutumé le parterre au bas comique et aux grossièretés, et insensiblement le public s'est formé le préjugé que de petites pièces en un acte doivent être. des farces pleines d'ordures, et non pas des comédies nobles où les moeurs soient respectées. Le peuple n'est pas content quand on ne fait rire que l'esprit; il faut le faire rire tout haut, et il est difficile de le réduire à aimer mieux des plaisanteries fines que des équivoques fades, et à préférer Versailles à la rue Saint-Denis, Mariamne est enfin imprimée de ma façon, après trois éditions subreptices qui en ont paru coup sur coup.

Âhl ma chère présidente, qu'avec tout cela je suis quelquefois de mauvaise humeur de me trouver seul dans ma chambre, et de sentir que vous êtes à trente lieues de moi ! Je m'imagine que vous faites des soupers charmants ; que l'imagination vive et féconde de M°"^ du Deffand^ et colle de M. l'abbé d'Amfrevillc en donnent à notre ami Thieriot, et qu'enfin tous vos moments sont délicieux. M. le chevalier des Alleurs est-il encore avec vous? Il m'avait dit qu'il y resterait tant qu'il y Lï^ouverait du plaisir : je juge qu'il y demeurera longtemps.

Adieu; je pars incessamment pour Fontainebleau; conservez-moi toujours bien de l'amitié. Adieu, adieu.

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