Alzire ou iss Américains
2. Le Franc do Pompignan, marquis et poète, né à Montauban, nommé do f académie française en 1760, mort en 1784. Son nom reviendra plus tard.
lire. Vous sentez bien, messieurs, que tout le mérite de ce sujet consiste dans la peinture des mœurs américaines, opposée au portrait des mœurs européanes* : du moins c'est là mon seul avantage. Je ne doute pas que M. Le Franc, qui a au-dessus de moi les talents de l'esprit, eL l'imagination que donne la jeunesse, n'ait embelli son ouvrage par des ressources qui m'ont manqué; mais il arriverait que, si sa pièce était jouée la première, la mienne ne paraîtrait plus qu'une copie de la sienne; au lieu que, si sa tragédie n'est jouée qu'après, elle se soutiendra toujours par ses propres beautés. Je n'aurais jamais travaillé sur un plan choisi par M. Le Franc. La considération et l'estime que j'ai pour lui m'en auraient empêché, autant que la crainte de me trouver son rival.
Il s'est dispensé d'un égard que j'aurais eu. Au reste, messieurs, soyez persuadés que, si je crains de passer après lui,, c'est uniquement parce que ma pièce ne soutiendrait pas la comparaison avec la sienne. Votre intérêt s'accorde, en cela, avec le plaisir public, qui applaudira toujours à iM. Le Franc, en quelque temps que son ouvrage paraisse; et la justice exige que celui qui a inventé le sujet passe avant celui qui l'a embelli. Je n'aurai que la préférence dangereuse et passagère d'être exposé le premier à la censure du public.
J'ai l'honneur d'être, avec l'estime que j'ai pour ceux qui cultivent les beaux-arts, et avec la reconnaissance que je dois à ceux qui ont si souvent orné mes faibles productions et fait pardonner mes fautes, votre, etc.*.
A M. L'ABBÉ D'OLIVET»
A Cirey, par Vassy, en Champagne, ce 6 janvier 1736.
Je vous gronde de ne m'avoir point écrit; mais je vous aime de tout mon cœur de m'avoir envoyé ce petit antidote
1. Au XVII» et au xviii» siècle, on était partagé entre Eurcpéen ci Européan , aujourd'hui Européan eil tombé en désuétude. {Dict. de Littrt.)
2. Celte lettre habile ootint aisément ce qu'elle demandait. Le Franc, de son côté, écrivit une lettre tellement insole7te et pleine de forfanterie qu'il se cou- TTit de ridicule à la Comédie et ailleurs.
3. Joseph Thoulier, abbé d'Olivet, littérateur et grammairien, membre du
contre le poison des Marivaux et consorts. Votre Discours^ est un des bons préservatifs contre la fausse éloquence qui nous inonde. Franchement, nous autres Français, nous ne sommes guère éloquents. Nos avocats sont des bavards secs; nos sermonneurs, des bavards diffus; et nos faiseurs d'oraisons funèbres, des bavards ampoulés'. Il nous resterait l'histoire; mais un génie naturellement éloquent veut dire la vérité, et en France on ne peut pas la dire. Bossuet a menti avec une élégance et une force admirables, tant qu'il a eu à parler des anciens Égyptiens, des Grecs, et des Romains^; mais, dès qu'il est venu aux temps plus connus, il s'est arrêté tout court. Je ne connais, après lui, aucun historien où je trouve du sublime, que laCo?7jwraiiondeSaint-Real. LaFrance fourmille d'historiens, et manque d'écrivains.
De quoi diable vous avisez-vous de louer les phrases hyperboliques et les vers enflés de Balzac*? Voiture^ tombe tous les jours, et ne se relèvera point : il n'a que trois ou quatre
l'Académie française, né à Salins en 1682, mort en 1768. On a de lui une traduction de Cieéron qui se trouve encore dans les bibliothèques et qui témoigne de sa profonde connnis^.ince de la langue latine.
1. Discours prononcé le 25 août 1735 à l'occasion Je la distribution des prix.
2. « Belle preuve d'histoire qu'une oraison funèbre ! » a-t-il écrit ailleurs.
3. Dans VJIistoiie unioerselle. Avec plus de respect, la critique moderne s'est rangée à l'avis de Voltaire.
4. Jean-Louis Guez, seigneur de Balzac, né en 1594, mort en 1654, prosateur français exclusivement préoccupé de la forme et qui ne laissa pas que d'e.iiercer sur la prose française une influence as-sez semblable à celle que Malherbe e.\c^^^a sur notre poésie. Boileau, aussi sévère pour lui que Voltaire, disait dans les Hp flexions sur Longin: « On peut dire que personne n'a mieux su sa langue que Balzac, et mieux entendu la propriété des termes et la mesure des périodes... Mais on s'est aperçu tout d'un coup que l'art où il s'est employé toute ea vie était l'art qu'il savait le moins, je veux dire l'art de faire une lettre. Car bien que les siennes soient toutes pleines d'esprit et de choses admirabicnie .t dites, on y remarque partout les deux vices les plus opposés au genre épislolaire, c'est à savoir l'afTeclalion et l'enflure... » : alTectation et enflure, deux défauts que l'on ne trouve jamais dans la correspondance de Voltaire.
5. Voiture (Vincent), poêle et prosateur, né en 1598, mort en 1648, non moins célèbre de son temps que Balzac. Ce que celui-ci fit par sa rhétorique et la noblesse de son style, Voiture le fit par la légèreté de ses tours et la facilité intarissable de l'expression. Boileau et M"" de Sévigné le vantaient fort. Malgré de telles autorités, tout le joli et tout le précieux de Voiture no Bont plus guère goûtés; ce qui ne veut pas dire que le genre précieux a cessé d'avoir, en France, ses partisans et ses maître». \
petites pièces de vers par où il subsiste. Vous avez loué la naïveté du style le plus pincé et le plus ridiculement recherché. Laissez là ces fadaises; c'est du plâtre et du rouge sur le visage d'une poupée. Parlez-moi des, Lettres provinciales^. Quoi! vous louez Fénelon d'avoir de la variété! Si jamais homme n'a eu qu'un style, c'est lui; c'est partout Télémaque. La douceur, l'harmonie, la peinture naïve et riante des choses communes, voilà son caractère; il prodigue les fleurs de l'antiquité, qui ne se fanent point entre ses mains; mais ce sont toujours les mêmes fleurs. Je connais peu de génies variés tels que Pope, Addison, Machiavel, Leibnitz, Fontenelle. Pour M. de Fénelon, je ne vois pas par où il mérite ce titre. Permettez-moi, mon cher abbé, de vous dire librement ma pensée; cette liberté est la preuve de mon estime.
J'ajouterai que la 'palme de V érudition est un mot plus fait pour le latin du P. Jouvenci* que pour le français de l'abbé d'Olivet.
Je vous demande en grâce, à vous et aux vôtres, de ne vous jamais servir de cette phrase : nul style, nul goût dans la plupart, sans y daigner mettre un verbe. Cette licence n'est pardonnable que dans la rapidité de la passion, qui ne prend pas garde a la marche naturelle d'une langue ; mais dans un discours médité, cet étranglement me révolte. Ce sont nos avocats qui ont rais ces phrases à la mode : il faut les leur laisser, aussi bien qu'au Journal de Trévoux^. Mais je m'aperçois que je remontre à mon curé; je vous en demande très sérieusement pardon. Si je voulais vous dire tout ce que j'ai trouvé d'admirable dans votre discours, je sera's bien plus importun.
J'ai reçu hier la Vie de Vanini''; je l'ai lue. Ce n'était pas la