Quatrain gravé au bas d'un portrait de Maupertuis
2. Ligue contre l'Autriche à la suite de la bataille de Molwitx.
forcent de jouer un rôle. Je compte en jouer un bien agréable, si je peux vous voir. M™^ du Châtelet vous a mandé que le théâtre de sa petite guerre va être bientôt transporté à Cirey. Xous ne passerons à Paris que pour vous y voir. Sans vous, que faire à Paris? Les arts, que j'aime, y sont méprisés. Je ne suis pas destiné à ranimer leur langueur. La supériorité qu'une physique sèche et abstraite a usurpée sur les belleslettres commence à mïudigner. Nous avions, il y a cinquante ans, de bien plus grands hommes en physique et en géométrie qu'aujourd'hui, et à peine parlait-on d'eux. Les choses ont bien changé. J'ai aimé la physique, tant qu'elle n'a point voulu dominer sur la poésie; à présent qu'elle écrase tous les arts, je ne veux plus la regarder que comme un t}Tan de mauvaise compagnie. Je viendrai à Paris faire abjuration entre vos mains. Je ne veux plus d'autre étude que celle qui peut rendre la société plus agréable, et le déclin de la vie plus doux. On ne saurait parler physique un quart d'heure, et s'entendre. Ou peut parler poésie, musique, histoire, littérature, tout le long du jour. En parler souvent avec vous serait le comble de mes plaisirs. Je vous apporterai une nouvelle leçon de Mahomet, dans laquelle vous ne trouverez pas assez de changements; vous m'en ferez faire de nouveaux; je serai plus inspiré auprès de vous. Tout ce que je crains, c'est que vous ne soyez à la campagne quand nous arriverons. Je connais ma destinée, elle est toute propre à m'envoyer à Paris pour ne vous y point trouver; en ce cas, c'est être exilé à Paris.
On dit que vous n'avez pas un comédien. On ne trouve phn ni qui récite des vers, ni qui les fasse, ni qui les écoute. Je serais venu au monde mal à propos, si je n'étais venu de votre temps et de celui de mes autres anges gai^diens, M""" d'Argental et M. Pont de Veyle'. Je leur baise très humblement le bout des ailes, et me recommande à vos saintes mspirations.
1. Antoine de Ferriol, comte de Pont de Veyle, frère du comte d'Argental, ancien camarade de collège de Voltaire, auteur d'une petite comédie intitulée le Fat puni
A M. DE CIDEVILLE
Ce samedi, mars 1742.. . .
Mon cher ami, je mène une vie désordonnée, soiipant quand je devrais me coucher, me couchant pour ne point dormir, me levant pour courir, ne travaillant pas, ne voyant point mon cher Cideville, privé du plaisir solide, entouré de plaisirs imaginaires; et, sur ce, je sors pour aller tracasser ma vie, jusqu'à deux heures après minuit. Je suis hien las de ma conduite. Bonjour, mon aimable ami; plaignez-moi de vivre comme les autres. Vale. V.
A M. L'ABBÉ AUNILLON.
Allahl allah! allah! Mohammed rezoul, allahl
Bruxelles, octobre 17-12.
Je baise les barbes de la plume du sage Aunillon*, fils d'Aunillon, resplendissant entre tous les imans de la loi du Christ.
Votre lettre a été pour moi ce que la rosée est pour les tleurs, et les rayons du soleil pour le tournesol. Que Dieu vous couronne de prospérité comme vous l'êtes de sagesse, et qu'il augmente la rondeur de votre face ! Mon cœur sera dilaté de joie, et la reconnaissance sera dans lui comme sur mes lèvres, quand mes yeux pourront lire les doctes pages du généreux iman qui fortifie la faiblesse de mon drame par la force de jon éloquence. J'attends avec impatience sa docte dissertation. Mais comme la poste des infidèles est très chère, et que le plus petit paquet coûte un sultanin, je vous supplie de vouloir bien faire mettre promptement au coche de Bruxelles cet écrit bien ficelé et point cacheté, selon les usages de la peu sublime
1. L'abbé Aunillon avait, le premier, à propos de Mahomet, adressé à Voi taire une leUre en style oriental.
Porte de Bruxelles. Ce paquet arrivera en six ou sept jours, attendu qu'il n'y a que dix-sept cent vingt-huit stades de la ville impériale de Paris à celle où la divine Providence nous relient actuellement. Que Dieu vous accorde toutes les églanlines de Toulouse et toutes les médailles des Quarante! que le bordereau de la Fortune tombe de ses mains entre les vôtres!
Écrit dans mon bouge, sur la place de Louvain, affligé d'une énorme colique, le 8 de la lune du neuvième mois, l'an de l'hégire 1122*.
Si la divine Providence permet que vous voyiez le plus généreux et le plus aimable des enfants des hommes, d'Argental, fils de Ferriol, dont Dieu croisse lachevance, nous vous prions de l'assurer que nous soupirons après l'honneur de le voir avec plus d'ardeur que les adjes ne soupirent après la vue de la pierre noire de Caaba, et qu'il sera toujours, ainsi que sa compagne ornée de grâces, l'objet des plus vives tendresses de notre cœur.