De Montesquieu
2. Jurisconsulte, professeur de Iroit à Gœttingue, auteur d'une réfutatioa de Newton et de Leibnitz.
l'univers prouve un Dieu. Je souhaite que vous vous entendiez vous-même sur ce que vous dites de l'espace et de la durée, et de la nécessité de la matière, et des monades, et de l'harmonie préétablie; et je vous renvoie à ce que j'en ai dit en dernier lieu dans cette nouvelle édition, où je voudrais bien m'être entendu, ce qui n'est pas une petite affaire en métaphysique.
Vous citez, à propos de l'espace et de l'infini, la Médée de Sénèque, les Philippiques de Gicéron, les Métamorphoses d'Ovide, des vers du duc de Buckiugham, de Gombaud, de Régnier, de Rapin, etc. J'ai à vous dire, monsieur, que je sais bien autant de vers que vous; que je les aime autant que vous; et que, s'il s'agissait de vers, nous verrions beau jeu : mais je les crois peu propres à éclaircir une question métaphysique, fussent-ils de Lucrèce ou du cardinal de Po»» lignac^ Au reste, si jamais vous comprenez quelque chose aux monades, à l'harmonie préétablie, et, pour citer des vers,
Si monsieur le doyen peut jamais concevoir
« Comment, tout étant plein, tout a pu se mouvoir'; »>
si vous découvrez aussi comment, tout étant nécessaire, l'homme est libre, vous me ferez plaisir de m'en avertir. Quand vous aurez aussi démontré en vers ou autrement pourquoi tant d'hommes s'égorgent dans le meilleur des mondes possibles, je vous serai très obligé.
J'attends vos raisonnements, vos vers, vos invectives; et je vous proteste du meilleur de mon cœur que ni vous ni moi ne savons rien de cette question. J'ai d'ailleurs l'honneur d'être, etc.