En qualité d'élève ,au collcgo Louis-lo-Grand
4. Une fois passé le premier dépit do sou échec do 1743, Voltaire s'était remis sur les rangs pour l'Académie française ; Ici est le véritable motif qui lui fait écrire cette lettre, destinée à être rendue publique.
i3t LETTRES CHOISIES
ces mêmes sentiments qui m'imposent le devoir de répondre à ces libelles.
Il y a quatre mois qu'ayant vu une estampe du portrait de Sa Sainteté, je mis au bas cette inscription :
« Lambertinus bic est Romae decus, et pater orbis, « Qui terram scriptis do cuit, virtutibus ornât. »
Je ne crains pas que le sens de ces paroles soit repris par ceux qui ont lu les ouvrages de ce pontife, et qui sont instruits de son règne. S'il dépendait de lui de pacifier le monde, comme de l'éclairer, il y a longtemps que l'Europe joindrait la reconnaissance à la vénération personnelle qu'on a pour lui. Mgr le cardinal Passionei, bibliothécaire du Vatican, homme consommé en tout genre de littérature, et protecteur des sciences aussi bien que le pape, lui montra ce faible hommage que je lui avais rendu, et que je ne croyais pas devoir parvenir jusqu'à lui. Je pris cette occasion d'envoyer à Sa Sainteté et à plusieurs cardinaux qui m'honorent de leurs bontés, le Poème sur la bataille de Fontenoi, que le roi avait daigné faire imprimer à son Louvre. Je ne faisais que remplir mon devoir en envoyant aux personnes principales de l'Europe ce monument élevé à la gloire de notre nation, sous les auspices du roi luimême. Vous savez, mon révérend père, avec quelle indulgence cet ouvrage fut reçu à Rome. La gloire du roi, qui ne se borne pas aux limites de la France, répandit quelques-uns de ses rayons sur ce faible essai : il fut traduit en vers italiens ; et vous avez vu la traduction que Son Éminence M. le cardinal Quirini, digne successeur des Bembes et des Sadolets, voulut bien en faire, et qu'il vous envoya.
Ceux qui connaissent le caractère du pape, son goût et son zèle pour les lettres, ne sont point surpris qu'il m'ait gratifié ^e plusieurs de ses médailles, lesquelles sont autant de monuments du bon goût qui règne à Rome. Il n'a ait en cela que ce que Sa Majesté avait daigné faire, et s'il & ajouté à cette faveur celle de m'honorer d'une lettre particulière, qui n'est point un bref de la Daterie*, y a-t-il dans ces marques de
1 , Office principal où s'expédient les dispenses, Dominations esclésiastiques, etc.
bonté si honorables pour la littérature rien qui doive choquer, rien qui doive attirer les fureurs de la calomnie? Voilà pourtant ce qui a excité la bile de l'auteur clandestin de la Gazette ecclésiastique : il ose accuser le jfjape d'honorer de ses lettres un séculier, tandis qu'il persécute des évéques ; et il me reproche, à moi, je ne sais quel livre ^ auquel je n'ai point de part, et que je condamne avec autant de sincérité qu'il devrait condamner les libelles.
Je sais combien le monarque bienfaisant qui règne à Rome est au-dessus delà licence où l'on s'emporte de le calomnier, et de la liberté que je prendrais de le défendre.
« Scilicet is Superis labor est, ea cura quietos « SoUicitats. »
S'il est étrange que, tandis que ce prince se fait chérir de ses sujets et du monde chrétien, un écrivain du faubourg Saint-Marceau le calomnie, il serait bien inutile que je réfutasse cet écrivain. Les discours des petits ne parviennent pas de si loin à la hauteur oti sont placés ceux qui gouvernent la terre. C'est à moi de me renfermer dans ma propre cause ; mais si l'esprit de parti pouvait être calme un moment, si cette passion tyrannique et ténébreuse pouvait laisser quelque accès dans l'âme aux lumières douces de la raison, je conjurerais cet auteur et ses semblables de se représenter à eux-mêmes ce que c'est que de mettre continuellement sur le papier des invectives contre ceux qui sont préposés de Dieu pour conserver le peu qui reste de paix sur la terre; ce que c'est que de se rendre tous les huit jours criminel de lèsemajesté, par des libelles méprisés, et d'être à la fois calomniateur et ennuyeux. Je lui demanderais avec quelle chaleur il condamnerait, dans d'autres, ce malheureux et inutile dessein de- troubler l'État que le roi défend à la tête de ses armées : il verrait dans quel excès d'avilissement et d'horreur est une telle conduite auprès de tous les honnêtes gens ; il sentirait s'il lui convient de gémir sur les prétendus maux