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LETTRE LV

A r.1°ie DE CHAIVIPBONINl.

De Beringhen2, juin 1739.

Mon aimable gros clmt^^] 'ai reçu votre lettre àBruxelles. Nous voici en fin fond de Barbarie, dans l'empire de Son Altesse Mgr le marquis de Trichâteau, qui, je vous jure, est un assez vilain empire. Si M™^ du Châlelet demeure longtemps dans ce pays-ci, elle pourra s'appeler la reine des sauvages. Nous sommes dans l'auguste ville de Beringben, et demain nous allons au superbe château de Ham *, où il n'est pas sûr qu'on trouve des lits, ni des fenêtres, ni des portes. On dit cependant qu'il y a ici une troupe de voleurs. En ce cas, ce sont des voleurs qui font pénitence; je ne connais que nous de gens volables ^ Le plénipotentiaire Montors • avait assuré M. du Châtelet que les citoyens de son auguste ville lui prêteraient beaucoup d'argent; mais je doule qu'ils pussent prêter de quoi envoyer au marché. Cependant Emilie fait de l'algèbre ■'j ce qui lui sera d'un grand secours dans le cours

1. Sur cette amie et commensale de M"» du Cliâtelet, v, page 76, note 2.

2. Ville capitale d'une petite principauté située entre Trêves et Juiiers et appartenant à un cousin de M"" du Chàteiet, le marquis de Trichâteau.

Ce marquis avait fait don de cette principauté à sa cousine et celle-ci, en 1739, alla reconnaître son domaine et en prendre possession. Elle avait quitté Cirey le 8 mai.

3. Surnom que Voltaire avait donné à M"" de Cbampbonin. Voici le portrait de cette dame, tracé par iM"" de Graffigny : • Elle est trait pour trait la grosse femme courte du Paytan parvenu (roman de Marivaux, publié en 1735); mais elle parait être aimable par le caractère. Elle aime Voltaire à la folie, parce qu'il a le cœur bon. La pauvre femme ! on la fait tenir tout le jour dans sa cham- ^>re. Depuis quatre ans qu'elle mène cette vie-là, elle a lu toutce qu'il y a de mi'UX ici, et elle n'en est pas plus savante... Elle dine et mange fort bien. > (6 décembre 1738.)

4. Dépendance de la principauté de Beringhen, — Ce nom, très répandu,

est d'origine germanique et signifie demeure. C'est un des mots importés en Gaule par les invasions et qui sont restés dans notre langue; il lui a fourni, outre quelques noms particuliers, le substantif commun hameau.

5. Plaisanterie qui rappelle, l'expression de La Flèche dans ï Avare :

n Est-ce que vous êtes un homme valable? .

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