‹ Lettres choisiesChapitre 208 sur 456 · Banquier géDevois · texte numérisé non relu

Banquier géDevois

î. Le conseil d'Etat de Genève avait levé les difficultés que les lois opposaient à celte acquisition. Les registres du conseil portent la mention suivante, à la date du 1" février 17^5 : ■ On a lu une lettre de M. de Voltaire par laquelle il prie Messieurs de lui

permettre d'habiter le territoire de la République, alléguant l'état de sa santé et la nécessité où il est de se rapprocher de son médecin (Tronchin) :

l'avis a été de permettre au dit sieur de Voltaire d'habiter le territoire de la République sous le bon plaisir de !a Seigneurie, i

LETTRE CY. — A. W. THIERIOTl.

Aux Délices, le 24 mars 1755.

Je ne vous ai point écrit , mon ancien ami, depuis longtemps; je me suis fait maçon, charpentier, jardinier: toute ma maison est renversée, et, malgré tous mes efforts, je n'aurai pas de quoi loger tous mes amis comme je voudrais. Rien ne sera prêt pour le mois de mai ; il faudra absolument que nous passions deux mois à Prangins, avec M^^^ de Fontaine, avant qu'on puisse habiter mes Délices. Ces Délices sont à présent mon tourment. Nous sommes occupés, M""^ Denis et moi, à faire bâlir des loges pour nos amis et pour nos poules. Nous faisons faire des carrosses et des brouettes ; nous plantons des orangers et des oignons, des tulipes et des carottes ; nous manquons de tout; il faut fonder Carthage. Mon territoire n'est guère plus grand que celui de ce cuir de bœuf qu'on donna à la fugitive^ Didon. Mais je ne l'agrandirai pas de même. Ma maison est dans le territoire de Genève, et mon pré dans celui de France. 11 est vrai que j'ai à l'autre bout du lac une maison qui est tout à fait en Suisse ^ ; elle est aussi un peu bâtie à la suisse. Je l'arrange en même temps que mes Délices ; ce sera mon palais d'hiver, et la cabane oii jesuis à présent sera mon palais d'été,

Prangins * est un véritable palais ; mais l'architecte de Prangins a oublié d'y faire un jardin, et l'architecte des Délices a oublié d'y faire une maison. Ce n'est point un Anglais qui a habité mes Délices, c'est

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