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V. page 238, note

le prince de Saxe-Gotha*. Vous me demanderez comment ce prince s'est accommodé de ce bouge ; c'est que ce prince était alors un écolier, et que, d'ailleurs, les princes n'ont guère à donner des chambres d'amis.

Je n'ai trouvé ici que de petits salons, des galeries et des greniers ; pas une garde-robe. Il est aussi difficile de faire quelque chose de cette maison que des livres et des pièces de théâtre qu'on nous donne aujourd'hui.

J'espère cependant que, à force de soins, je me ferai un tombeau assez joli. Je voudrais vous engraisser dans ce tombeau, et que vous y fussiez mon vampire.

Je conçois que la rage de bâtir ruine les princes aussi bien que les particuliers. Il est triste que le duc de Deux- Ponts ^ ôte à son agent littéraire ce qu'il donne à ses maçons. Je vous conseillerais, pour vous remplumer, de passer un an sur notre lac ; vous y seriez alimenté, désaltéré, rasé, porté ' dePrangins aux Délices, des Délices à Genève, à Morges *, qui ressemble à la situation de Constantinople, à Monrion, qui est ma maison près de Lausanne ; vous y trouveriez partout bon vin et bon visage d'hôte ; et si je meurs dans l'année, vous ferez mon épitaphe. Je tiens toujours qu'il faudrait que M. de Prangins vous amenât avec M""*^ de Fontaine% à la fm de mai. Je viendrais vous joindre à Prangins dès que vous y seriez, et je me chargerais de votre personne pour tout le temps que vous voudriez philosopher avec nous. Ne

1. Le fils de ce duc et de cette duchesse de Saxe-Gotha chez le?que s il avait séjourné en quittant Bei lin. Il écrit, à ce sujet, à la duchesse :

I C'est du moins une consolation pour moi d'être dans un lit que Monseigneur le prince, votre fils, a mieux occupé que moi ; je crois qu'il dormait mieux. J'ai acheté toute meublée la maison oii il a passé un été; mais j'ai fait abattre un trône qu'on lui avait fait pour avoir la vue de Genève et de son lac. Votre altesse serénissime me dira que depuis quelque temps je n'aime pas les trônes : je les aimerais si Votre Altesse serénissime avait un royaume. »

(25 mars 1755).

i. « Les Deux-Ponts » sont un ancien comté de l'Empire dans le

cercle du Haut- Rhin. Thieriot était l'agent littéraire de ce duc, depuis qu'il avait cessé de fournir de nouvelles le roi de Prusse en 1750. Il était aussi mal payé de ce duc qu'il l'avait été du roi.

3. Allusion plaisante à ce passage du Joueur de Dufresny où Frontin présente à la comtesse le mémoire suivant : « plus 3,000 livres à quatrevingt-treize quidams pour nous avoir coiffés, chaussés, gantés, parfumés, rasés, médicamenlés, voilures, portés, alimentés, désalléiés, etc. »

4. Morges est dans le canton de Vaud, sur le Léman, à 11 kilomètres de Lausanne : 3, -240 habitants.

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