L'Alexandre de Racine, commenté par l'abbé d'Olivet
4. Sévère avec, à l'égard de... Avec a quelquefois ce sens : « Pierre, libre d'inquiétude avec l'Angleterre et avec ses voisins. «(Voltaire, ^^'stotre de Biissie, II, 15.) Cette expression est néanmoins du style familier. On dit sévère pour, envers, à, dans le style plus soutenu.
VOUS el moi, que personne n'a jamais porté l'art delà parole à un plus haut point, ni donné plus de charme à la langue française. J'ai souscrit, il y a deux ans, pour une édition qu'on doit faire de ses pièces de théâtre avec des commentaires. J'ignore qui sera assez hardi pour le juger el assez heureux pour le hien juger. Il n'en est pas de ce grand homme, qui allait toujours en s'élevant, comme de Corneille, qui allait toujours en baissant, ou plutôt en tombant de la chute la plus lourde. Racine a fini par être le premier des poètes dans Athalîe^ et Corneille a été le dernier dans plus de dix pièces de théâtre, sans qu'il y ait dans ces enfants infortunés ni la plus légère étincelle de génie, ni le moindre vers à retenir. Cela est presque incompréhensible dans l'auteur des beaux morceaux de Cinna, du Cid, de Pompée *, de Polyeucte. Vous avez bien raison de dire qu'il y a moins de fautes dans Racine que dans nos meilleurs écrivains en prose : les belles oraisons funèbres de Bossuet en sont pleines ^ ; mais, en vérité, ces fautes sont des beautés, quand on Jes compare à la plupart des pièces d'éloquence d'aujourd'hui. Vous savez bien que Louis Racine % cité par vous quelquefois, a frappé souvent des vers sur l'enclume de Jean, son père ; pourquoi donc a-t-il si peu de réputation ? C'est qu'il manque d'imagination et de variété ; il n'y a rien chez lui dépiquant ; il n'a pas sacrifié aux Grâces : il n'a sacrifié qu'à Saint-Prosper % et quoiqu'il tourne bien les vers,
On lit peu ces auteurs, nés pour nous ennuyer, Qui toujours sur un ton semblent psalmodier 5.
1. Pompée, où Corneille a imité et trop admiré Lucain, est de 1641. Cette tragédie, qui suivit immédiatement les chefs-d'auvre, a quelques-unes de leurs beautés.
2. Il y a, dans les Oraisons funèbres de Bossuet, des hardiesses d'expression, quelques mots et quelques tournures qui appartiennent à la langue plus mâle et plus libre de l'époque de Louis XUl : voilà ce que le goût tnop raffiné du dix-huitième siècle traitait d'inconeclions.
3. L'auteur correct et froid des poèmes sur la Grâce (1726) et sur la Religion (1742). Né en 1692, il mourut en 1763.
4. Saint-Prosper d'Aquitaine, né en 403, mort vers 465, combattit les Sémi-Pélagiens dans un poème latin contre les ingrats, c'est-à-dire, contre les ennernis de la grâce divine. Le Maistre de Sacy avait traduit cet ouvrage en vers français (1646.)
b. Boileau, Art poétique, eh. l""", V. 73.
Vous voyez que j'ai avec vous le cœur sur les lèvres ; voilà cette francbise parisienne que vous avez louée, ce me semble, et qui doit plaire à la franchise franc-comtoise*. C'est une consolation pour moi de m'entretenir aussi librement avec vous. J'ai eu besoin depuis quelque temps de me remettre à relire vos Tusculanes et le De natura deorum^ pour me confirmer dans l'opinion où je suis, que jamais philosophe ancien et moderne n'a mieux parlé que Cicéron^ J'aime bien mieux ces ouvrages-là que ses Philippiqnes qui l'ont fait tuer à l'âge de soixantetrois ans ^ .
Adieu ; vivez heureux et longtemps, mon cher maître *.
LETTRE CLXIX.