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LETTRE CCIX. — A M. OUMOUSTIER DE LA FOND

Capitaine d'artillerie, membre de plusieurs académies^.

Paris, 8 avril 1778.

Monsieur, l'île de Délos eut son Apollon, la Sicik ses Muses, et Athènes sa Minerve. Les villes de Loudui et de Saint-Loup % à l'exemple des sept villes qui combat^

avec cette grâce parfaite qu'il savait mettre dans le moindre compliment, j'ai cédé un moment à la vanité de parler la même langue que M. Franklin. « [Mémoires, de Lonchnmp et Wagnière, t. I, p. 126. — La Harpe, Correspondance littéraire, t. II, page 210.) — C'est en anglais que Voltaire bénit le petit-fîls de Franklin : God and Liberty.

1. Les fatigues du voyage et l'affluence des visiteurs empressés à venir présenter leurs hommages à Voltaire, telles sont les causes de l'aggravation survenue dans son état. Tron'^hin s'en inquiétait, et pour prévenir le danger qu'il redoutait, il crut devoir publier dans le Journal de Paris, du vendredi 20 février, la note suivante qui avait pour but de modérer l'empressement indiscret des visiteurs et d'arrêter l'invasion : « J'aurais fort désiré de dire de bouche à M. le marquis de Villette (chez qui l'illustre voyageur était descendu) que M. de Voltaire vit, depuis qu'il est à Paris, sur le capital de ses forces, et que tous ses vrais amis doivent souhaiter qu'il n'y vive qye de sa rente. Au train dont les cbùàès vont, les forces dans peu seront

épuisées ; et nous serons témoins, s^ nous ne sommes pas complices, de la mort de M. de Voltaire. « — Une amélioration sensible ne tarda pas se manifester, et le malade put re-j prendre, dès le 21 février, sa vie accou-j tumée.

2. M. Dumoustier de la Fond était auteur d'une Histoire de Loudun, oiq il prétendait, en se fondant sur d'anciens documents, qu'un des ancêtre?; de Voltaire, René Arouet, habitant de Loudun, avait été, au quinzième siècle, un poète de mérite. Il citait le journal d'un enquêteur au bailliage de cette ville, Etienne Rousseau, qiu vantait la modestie et le talent de poète. Un compatriote, Antoine Du moustier, ancêtre de M. de la Fond, avait fait, en 1499, des vers sur h mort de René Arouet. L'historien dt Loudun communiqua ces découvertes à Voltaire, qui était alors à Paris, etj qui n'avait plus que peu de jours vivre. C'est à cette communicatici que répond la lettre du 7 avril 1778.

3. Loudun est dans le département de la Vienne ; Saint-Loup est un bourg sur la Thouet, dans le départemeDt| des Deux-Sèvrea.

tirent autrefois pour la naissance d'Homère, voudraientelles aujourd'hui combattre pour être le lieu de la naissance de mes ancêtres? Je n'ai aucune voie de conciliation à leur proposer. Si cette découverte les intéresse, elles ne manqueront pas de moyens pour la faire. Les vers que fit Antoine Dumouslier, un de vos ancêtres, sur la mort de René Arouet, qui peut aussi être un des miens, sont animés d'un caractère d'amitié qui fait honneur au cœur de celui qui les a écrits ^ Puisque vous travaillez à l'histoire de votre province, évitez avec soin le trop grand flegme de style assez ordinaire aux personnes qui, comme vous, par état ou par goût, s'appliquent aux mathématiques^. Je suis, avec toute la considération que vous méritez, monsieur, etc.

Arouet de Voltaire,

lettre ccx. — a m. oalembert 3.

Le mai 1778.

Très aimable chef de notre Académie % je vous prie

1. M. de la Fond s'était trompé. Le poète qu'il avait découvert s'appelait, non pas René Arouet, mais René Adouet. 11 avait mal lu. {Benjamin Fillon, Lettres inédites de la Vendée, p. llD. — 1861.)

2. La vérité sur les origines de la famille de Voltaire^ est celle-ci : Au seizième siècle, les Arouet étaient établis dans le bourg de Saint-Loup.

L'un d'eux, le grand-père de Voltaire, quitta le Poitou au milieu du dixseptième siècle, et s'établit marchand drapier à Paris, où il fit fortune. Sa maison, à l'Aigle royale, était rue Saint-Denis, vis-à-vis la rue de la Haumerie, et appartint, plus tard, à jVfme Mignot, sœur de Voltaire, et mère de M"' Denis, Le fils de ce marchand drapier, François Arouet, né en 1649, devint notaire au Châtelet, le 10 février 1675, et acheta, en 1701, — nous l'avons dit plus haut (v. page 327, note 2). — l'office de payeur des épices de la Chambre des comptes. La mère de Voltaire, Marguerite d'Aumard, était originaire de la même province et sortait d'une famille noble. On a retrouvé une lettre

d'un cousin des Arouet, nommé Pierre Bailly, et transplanté, lui aussi, à Paris, qui annonçait à ses parents du Poitou, à la date du 24 novembre 1694, la naissance de Voltaire : « Mon père, nos cousins ont un autre fils, né d'il y a trois jours; M™« Arouet me donnera pour vous et la famille les dragées du baptême. Elle a esté très malade, mais on espère qu'elle va mieux.

L'enfant n'a pas grosse mine... »

(Benjamin Fillon, ibid.,p. 11 3.) Ce document a mis fin aux controverses des biographes sur la date précise de la naissance de Voltaire.

3. Cette lettre, l'une des dernières que Voltaire ait écrites, est certainement du milieu du mois de mai, sans doute du 11 ou du 18 de ce mois. U avait assisté à la séance du 7 mai, mais il ne put se transporter au Louvre comme il le désirait, ni le 11, ni le 18; le procès-verbal de ces deux séances mentionne l'indisposition qui retint Voltaire chez lui.

4. Depuis 1772, d'AIembert était secrétaire perpétuel deFAcad/^mie française. Il mourut en 17S3, à l'âge de 66 ans.

(le m'apprendre si cette épître dédicatoire * n'est pas indigne d'elle et de vous, et si je pourrais espérer qu'elle fût de quelque utilité. Je voulais courir à l'Académie; deux maladies cruelles me retiennent.

Mon très cher secrétaire et maître perpétuel, je vous recommande, et à mes respectables confrères, les vingtquatre lettres de l'alphabet *.

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