‹ Lettres choisis du révérend père Pierre-Jean de Smet de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 4 sur 27 · US PS · texte numérisé non relu

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des Ottoes, à la distance de six cent dix milles de Saint-Louis, et ensuite continuer ma course à cheval à travers des plaines immenses, pendant environ vingt-cinq jours. Un voyage dans les belles plaines du grand désert américain, et surtout dans ie voisinage de cette magnifique rivière qui descend par d'innombrables torrents des monts Rocheux, offre sans doute beaucoup de charme et pourrait prêter à des descriptions pleines d'intérêt ; mais c'est une matière dans laquelle j'ai eu des devanciers ; ce serait, de plus, donner aux lettres que j'ai l'honneur de vous adresser une extension que je ne puis et n'ose me permettre. Je me bornerai à vous transcrire l'aperçu général qu'en a tracé M. Nicolet. J'ai pu apprécier par moi-même l'exactitude et la fidélité du tableau.

« Jetez un regard sur la vaste étendue d'ure plaine, dominez une à une ses ondulations, et porté, comme d'une vague à l’autre , de la vallée sur le coteau, arrivez enfin à l’interminable prairie qui se déroule sous vos yeux, les heures, les jours et les semaines se succéderont, et toujours des émotions pleines de charme et de variété captiveront votre esprit, le spectacle d’inépuisables richesses et de nouvelles beautés fascinera vos regards. Il est sans doute des instants où les ardeurs d'un soleil de feu, et la dure privation d'une eau limpide et propre à étancher la soif qui vous dévore, viennent vous rappeler que les jouissances

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les plus pures ont aussi leurs épines ; mais ces épreuves sont rares et de courte durée. La brise rafraîchit presque constamment ces vastes plaines, dont le sol est d'une configuration telle, qu'il rend impossibles les surprises de l'ennemi le plus rusé. La route est un champ de verdure, parsemé de fleurs odoriférantes dont le brillant éclat n'a pour témoin que l'azur du firmament. C'est surtout en été que l'aspect des déserts respire la gaieté, la grâce et la vie, et s’il est un moment où ils doivent attirer toutes les sympathies du voyageur, c'est lorsque l'Indien, à la poursuite du chevreuil et du buffle, anime cette immense solitude de sa présence et de ses mouvements. J'ai pitié de l'homme dont l'âme n’est point émue à l'aspect ravissant d'une magnifique nature. »

Ce fut à Belle-Vue, à neuf milles au delà du Nebraska, ou Rivière Plate, que commença mon voyage par terre; de là à l'embouchure du Niobrarah, ou l'Eau qui court, pendant dix jours de marche, nous ne rencontrâmes aucun Indien, et ne découvrîimes pas le moindre: vestige d'habitation. Mais çà et là se distinguaient quelques monticules artificiels, élevés par la main de l'homme ; quelques monceaux de pierres entassées irrégulièrement, et des tombeaux qui contenaient les restes mortels de quelques sauvages, soigneusement enveloppés dans des peaux de buffle; parfois un poteau solitaire qui marquait l'endroit où quelque brave avait succombé sur le champ de bataille,

où reposait peut-être quelque vieux Nestor du désert. Ces monuments , quoique sans inscription pour raconter de hauts faits ou transmettre des noms à la postérité, sont le tribut d'un cœur affectueux, le témoignage muet du respect que l'Indien porte à la mémoire d'un père ou d'un ami, et du prix qu'il attache à la gloire de ses ancêtres. Quelques troupeaux de buffles, de nombreuses bandes de cerfs, des chevreuils de différentes espèces que notre approche mettait en fuite, furent les seules distractions aux fatigues du voyage.

Pour camper, on choisit des lieux où abonde l'herbe fraîche ; c'est ordinairement sur les bords d'un ruisseau ou d'un étang d’eau douce. Il faut de plus pourvoir à la sûreté de ses chevaux pendant la nuit. Pour prévenir tout accident, on les enfarge, — c'est l'expression de nos voyageurs canadiens, — c'est-à-dire on leur lieles deux pieds de devant, afin de les empêcher de trop s'éloigner du camp. Deux ou trois hommes font la garde contre les surprises des sauvages, trop justement reconnus pour les plus.habiles voleurs de chevaux. Ces sentinelles nous protégent en même temps contre les attaques des ours et des loups, qui infestent le désert, et qui rôdent incessamment dans le voisinage des campements. Les chevaux , à leur vue, s'effrayent et s'enfuient si l'on n’a pas pris les précautions nécessaires. Il arrive même assez souvent que toutes nos mesures sont inutiles. C'est ainsi que nous perdîmes, un jour, un bel étalon d'un

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