‹ Lettres complètes d'Abélard et d'Héloïse, texte latin soigneusement revu, traduction nouvelle précédée d'une étude philosophique et littéraireChapitre 49 sur 98 · PRIÈRE · texte numérisé non relu

PRIÈRE

« Dieu, qui, dès le commencement de la création, avez, en tirant la femme d’une côte de l’homme, établi le grand sacrement du mariage, vous qui l’avez honoré et relevé si haut, soit ep vous incarnant dans le sein d’une femme, soit en commençant vos miracles par celui des noces de Cana, vous qui avez jadis accordé ce remède, suivant vos vues, à mon incontinente faiblesse, ne repoussez point les prières de votre servante ; je les verse humblement aux pieds de votre divine majesté pour mes péchés et pour ceux de mon bien-aimé. Pardonnez, 6 Dieu de bonté, que

Philippus apostolus, ut eum converteret ad fidem : quod jam ille meruerat per orationem vel sacræ lectionis assiduitatem. À qua quidem ut nec in via tunc vacaret licet ditissimus et gentilis, magno divinæ dispensationis actum est beneficio, ut locus ei Scripturæ occurreret, qui opportunissimam conversicnis . @jus occasionem apostolo præberet. Ne quid vero hanc petitionem nostram impediat, vel impleri differat, orationem quoque ipsam, quam pro nobis domino supplices dicatis, componere et mittere tibi maturavi :

« Deus, qui ab ipso humanæ creationis exordio, femina de costa viri formata, nuptialis copulæ sacramentum maximum sanxisti, quique immensis honoribus vel de desponsata nascendo, vel miracula iuchoando nuptias sublimasti, meæque etiam fragilitatis incontinentiæ uicunque tibi placuit olim hoc remedium indulsisti, ne despicias ancillulæ tuæ preces, quas pro meis ipsis charique mei excessibus in conspeciu majestatis tuæ supplex effundo. Ignosce, o beni-

dis-je? 6 Dieu qui êtes la bonté même, pardonnez à nos crimes si grands, et que l’immensité de votre ineffable miséricorde se mesure à la multitude de nos fautes. Je vous en conjure, punissez les coupables en ce monde, épargnez-les dans l’autre. Punissez-les dans cette vie d’un jour, afin de ne les pas punir dans l'éternité. Prenez contre vos serviteurs la verge de la correction, non le glaive de la fureur. Frappez la chair pour conserver les âmes. Venez en pacificateur, non en vengeur ; avec bonté plutôt qu'avec justice, en père miséricordieux, non en maître sévère.

« Éprouvez-nous, Seigneur, et tentez-nous, ainsi que le prophète le demande pour lui-même, en ces termes expressifs, pour ainsi dire : examinez d’abord mes forces, et mesurez à ce qu’elles peuvent supporter le fardeau des tentations. C'est ce que saint Paul promet à vos fidèles, lorsqu'il dit : « Dieu, qui «est la puissance même, ne souffrira pas que vous soyez éprouvé «au delà de ce que vous pouvez ; mais il accroîtra vos forces «avec la tentation, afin que vous puissiez la soutenir.

« Vous nous avez unis, Seigneur, et vous nous avez séparés quand et comme il vous a plu. Achevez aujourd’hui, en inettant le comble à vos miséricordes , ce que vous avez miséricordicusement commencé; et ceux que vous avez séparés l’un de

guissime, imo benignitas ipsa; jgnosce tot et tantis criminibus nostris, et ineffabilis misericordiæ tuæ multitudinem, culparum nostrarum immensitas experiatur. Puni, obsecro, in præsenti reos, ut parcas in futuro. Pnni ad horam, ne punias in æternum. Accipe in servos virgam correctionis, non gladinm furoris. Afflige carnem ut conserves animas. Adsis purgaton, non ultor; benigaus magis quam justus; pater misericors, non austerus Dominus. Proba nos, Domine, et tenta, sicut de semetipso rogat propheta, ac si aperte diceret : prius vires in“pice, ac secundnm eas tentationum onera moderare. Quod et beatns Paulus fidelibus tuis promittens ait : « Potens est enim Deus, qui non patietur vos tentari supra id quod potestis, sed faciet cum teutatione etiam proventum ut possitis sustinere. » Conjnnxisti nos, Domine, et divisisti, quando placuit tibi, et quo modo placuit. Nunc quod, Domine, misericorditer cœpisti, misericordissime comple; et quos a se seinel divisisti in mundo, perenniter tibi

‘ l’autre, pour un jour, dans ce monde, unissez-les à vous pour l'éternité dans le ciel, à notre espérance , notre partage, notre attente, notre consolation, Seigneur, qui êtes béni dans tous les siècles. Ainsi soit-il. » |

Salut en Jésus-Christ, épouse du Christ; en Jésus-fhrist salut, et vie en Jésus-Christ, Ainsi soit-il. L

conjungas in cœlo, spes nostra, pars nostra, expectatio nostra, consolatio nostra, Domine, qui es benedictus in secula. Amen. »

Yale in Ghristo, sponsa Ghristi, in Christo vale, et Christo vive. Amen.

SOMMAIRE

Dans cette lettre, Héloïse prie instamment Abélard de lui répondre

à elle et à ses religieuses sur deux points principaux : qu’il leur apprenne d’abord l'origine de leur état; en second lieu, qu’il leur donne une règle, qu’il leur dicte les conditions d’un genre de vie qui convienne spécialement à des femmes, ce dont aucun des saints Pères ne s’est occupé. Elle ajoute pourquoi, dans son opinion, les saints Pères n’ont pas donné de règle aux religieuses : c’est qu’il suffit, selon elle, que les femmes ne restent pas, en fait de continence et d’abstinence, au-dessous des clercs et des ecclésiastiques séculiers ou des moines réguliers. Elle s'étend sur la

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