‹ Lettres complètes d'Abélard et d'Héloïse, texte latin soigneusement revu, traduction nouvelle précédée d'une étude philosophique et littéraireChapitre 57 sur 98 · DE STUDIO LITTERARUM · texte numérisé non relu

DE STUDIO LITTERARUM

Beatus Hieronymus in eruditione virginum CGhristi plurimum occnpatus, inter cætera, quæ ad ædificationem earum seribit, sacrarum studium litterarnm eis maxime commendat, et ad hoc eas non tam verbis hortatur, quam exemplis invitat. Memor quippe seutentiæ, qua Rusticum instruens ait : « ama scientiam Scripturarum, et carujs vitia non amabis; » tanto magis necessarium amorem hujus studii feminis esse censuit, quanto eæ naturaliter infirmiores et cirne debiliores esse conspexit. Nec solum ad hanc virginum exhortationem ar-

seulement ses arguments des vierges, il invoque, comme base de comparaison, l'exemple des veuves et des femmes mariées; il veut pousser les fiancées du Christ à cette étude par les femmes du siècle, il veut, par l'exemple de la vertu des laïques, secouer la torpeur des religieuses et piquer leur émulation. Et comme, suivant le mot de Grégoire, il est d'usage de commencer par les plus petites choses pour arriver aux plus grandes, je veux indiquer tout d'abord avec quel zèle il s’est attaché à tremper, pour ainsi dire, les toutes jeunes vierges dans les saintes lettres. |

Je laisse de côté tous les autres exemples, Je citerai seulement ce qu’il écrit à Læta pour la direction de l'éducation morale de sa fille Paule, comme règle littéraire. « Elle doit être formée comme une âme, dit-il, qui sera un jour le sanctuaire de la divinité. Donnez-lui des lettres de buis ou d'ivoire, et qu'elle en appelle les noms. Qu'elle s’en amuse ci que cet amusement lui soit un moyen d'instruction. Et qu'elle ne retienne pas seulement l’ordre des lettres, en sorte que la mémoire des noms devienne comme machinale : il faut troubler fréquemment l'ordre, mêler les premières lettres aux dernières, les dernières aux premières, si bien qu'elle les connaisse,

gumentum a similitudine a virginibns sumptum inducit, unde ad comparationem minoris, viduas et conjugatas in exemplum assumit : quo magis sponsas Christi ad hoc stndinm incitet per matronas seculi, et ex virtute laicarum torporem excutiat vel confundat monialium. Et quoniam, juxta illud Gregorianum, « a minimis quisque inchoat, ut ad majora perveniat; » præmittere juvat quanta diligentia virguncnlas in sacris imbuere litteris studuerit. Uunde, ut omittim cætera, illud nunc in medium procedat, quod ad Lætam, de institutione filiæ suæ Paulæ, propter morum doctrinam, tradit hanc litterarum disciplinam. « Sic erudienda est, » inquit, « anima, quæ futura est templum Dei. Fiant ei litteræ vel buxeæ, vel eburneæ, et suis nominibus appellentur. Ludat in eis, ut et Jlusus ipse eruditio sit. Et non solum ordinem teneat litterarum, nt memoria nominum in canticum transeat : sed et ipse inter se crebro ordo turbetur, et mediis ultima, primis media misceantur, ut eas non sono

non pas seulement au son, mais aussi à la vue. Lorsque sa main tremblante commencera à conduire le stylet sur la cire, soit d'elle-même, soit sous la conduite d’une autre main, dirigez les mouvements de ses articulations, ou bien qu’elle ait pour guides des caractères gravés sur un tableau, en sorte que le trait qu'elle reproduit suive le même sillon et demeure enfermé dans les bords, sans en pouvoir sortir. Qu'elle assemble les syllabes en vue d’une récompense, et soit encouragée par tous les petits présents qui peuvent charmer l'enfance. Qu'elle ait des compagnes d'étude dont l'exemple la touche d’émulation, dont le succès la pique. Ne la grondez pas si elle est un peu lente; mais excitez son intelligence par des éloges, en sorte que la victoire soit pour elle une joie, la défaite une douleur. Il faut prendre garde surtout qu'elle ne prenne le travail en aversion, et qu’il lui reste des études de son enfance comme un fonds d’amertume. Que les lettres mêmes au moyen desquelles elle s’habitue peu à peu à assembler des mots ne «soient pas le produit du hasard, qu'elles présentent un ordre, un groupe raisonné, les noms des prophètes par exemple et des apôtres, toute la série des patriarches depuis Adam, la généalogie de Matthieu et de Luc; si bien que, tout en faisant autre chose , elle se fasse un fonds de souvenirs. fl faut

tantum, sed et visu noverit. Qnum vero cœperit trementi manu siylum in cera dncere, vel alterius superposita manu teneri, regantur articuli, vel in tabula sculpantur elementa; ut per eosdem sulcos inclusa marginibus trahantur vestigia, et foras non queant evagari, Syllabas jungat ad premium, et quibus illa ætas deliniri potest munusculis invitetur. Habeat in discendo socias, quibus invideat, quarum landibus mordeatar. Non objurganda est, si tardior sit: sed laudibus excitandum est ingenium, et ut vicisse gaudeat, et victa doleat. Gavendüum imprimis, ne oderit studia, ne amaritudo eorum percepta in infan- ‘tia ultra rudes annos transeat. Ipsa nomina, per quæ consuescit paulatim verba contexere, non sint fortuita, sed certa, et coacervata de industria, prophetarum videlicet atque apostolorum, et omnis ab Adam patriarcharum series, de Matthæo Lncaque descendat : ut, dum alind agit, faturæ memor æ præparetur.

choisir un maître d’un âge, d’une vie, d’un savoir sûrs; un savant, j'imagine, ne rougira pas de faire pour une parente ou pour une noble fille ce que fit Aristote pour le fils de Philippe, qui, faute de maîtres capables, enseigna à Alexandre l'alphabet. Il ne faut rien dédaigner comme petit : les petites choses sont la base des grandes. Le son même des lettres et les premières habitudes de prononciation sont tout autres sur les lèvres d’un homme instruit et sur celles d’un homme grossier. Que lenfant n’apprenne pas ce qu'il lui faudra désapprendre plus tard ; il est difficile d’effacer les impressions qui ont une fois pénétré l'intelligence dans l’âge tendre. » |

Et il cite un trait de l'histoire grecque : il raconte que le grand Alexandre, le conquérant du monde n'avait pu lui-même échapper au vice de caractère et de tenue dont, tout jeune encore, il avait été infecté par son maître Léonide. Pour fixer dans la mémoire la formation des lettres, il veut que chaque jour ait sa tâche de lecture déterminée ; il veut que l'exercice porte nonseulement sur les lettres lalines, mais sur les lettres grecques, d'abord parce que les deux langues étaient alors en cours à Rome; ensuite et surtout en vue de la traduction faite du grec

Magister probæ ætatis et vitæ, atque eruditionis est eligendus ; nec, puto, erubescet vir doctus id facere in propinqua, vel nobili virgine, quod Aristoteles fecit in Philippi flio, nt ipse librariorum vilitate, initia traderet litterarum. Non sunt contemnenda quasi parva, sine quibus magna consistere non possnnt. Ipse elementorum sonus, et prima institutio præceptorum aliter de erudito, aliter de rustico ore profertur. Nec discat in tenero, qnod ei postea dediscendnm est. Difficulter eraditur, quod rudes animi perbiberunt, » Græca narrat historia, Alexandrum potentissimum regem, orbisque domitorem, et in moribus, et in incessu, Leonidis pædagogi sui non potuisse carere vitiis, quibus adbmc par-

, — ; 64 vulus fuerat infectus. Ut autem pronuntiationem scripturæ commendet memo-

riæ, certam et ipse lectionis mensuram singulis diebus vult præfigi; quam quum memoriter persolvat, nec solum latinis, verum etiam græcis litteris operam dari præcipit, quun utræque linguæ tunc Romæ frequentarentur, et maxime

en latin des saintes Écritures : il veut que, les étudiant aux sources, il puisse les mieux connaître et en juger plus exactement. La traduction hébraïque de la Bible n’était pas encore en usage chez les Latins. Il dit donc :

« Que chaque jour elle te rende comme tâche une sorte de bouquet cueilli dans les fleurs des saintes Écritures. Qu'elle apprenne un certain nombre de vers grecs. Qu'elle se mette ensuite immédiatement à la langue latine ; si sa bouche ne se forme pas, tandis qu’elle est encore tendre, la pratique d'un idiome qui n'est pas le sien gâtera sa prononciation, et les défauts d'une langue étrangère vicieront chez elle la langue nationale, »

« À la place des pierres précieuses et des étoffes de soie, qu'elle recherche les livres divins, et qu'elle trouve son charme non dans les dorures et les bigarrures des étoffes orientales, mais dans l'éclat pur et solide d’une instruction qui fortifie sa foi. Qu'elle apprenne d’abord le Psautier, qu’elle se plaise à en répéter les chants, qu'elle se forme à la vie dans les Proverbes de Salomon. Qu'elle prenne dans l’Ecclésiaste l'habitude de fouler aux pieds tout ce qui est du monde. Qu’elle cherche dans le Livre de Job des exemples de courage et de patience. Qu'elle passe ensuite à l'Evangile, pour ne jamais

propter Scripturas de græco in latinum versas, ut eas ex origine sua melius coguosceret, ac verius dijudicare posset. Nondum enim Hebraicæ veritatis transslatione latinitas utebatur. Ait itaque : « reddat tibi pensum quotidie de Scripturarum floribus carptum. Ediscat græcorum versuum numerum. Sequatur statim et latina eruditio; quæ si non ab initioos tenerum composuerit, in peregrinum sonum lingua corrumpitur, et externis vitiis sermo patrius sordidatur. Pro gemmis et serico, divinos codices amet, in quibus non auri, et pellis babylonicæ vermiculata pictura, sed ad fidem placeat emendata et erudita distinctio. Discat primo Psa/ferium, his se canticis avocet, et in Prorerbiis Salomonis erudiatur ad vitam. In Ecclesiaste consuescat, quæ mundi sunt, calcare. In Job, virtutis et patientiæ exempla sectetur. Ad Evangelia transeat, nun-

plus le quitter. Qu’elle se pénètre de toutes les forces de son âme des Actes des Apôtres et des Épiîtres. Et lorsqu'elle aura en-

richi de ces trésors le collier de son cœur, qu’elle confie à sa

mémoire les Prophétes, l'Heptateuque, le Livre des Rois, les l'aralipoménes, les livres d'Esdras et d'Esther. Alors elle pourra apprendre sans péril le Cantique des cantiques : si elle commençait par lui, on pourrait craindre que, ne saisissant pas sous les mots charnels le sens du mariage spirituel, son âme ne füt blessée. »

« Qu'elle se garde de tous les apocryphes; et si par hasard elle veut les lire non au point de vue de la vérité des dogmes, mais en vue du respect des signes, qu’elle sache qu'ils ne sont pas de la main des auteurs dont ils portent les noms, que le mélange du mauvais y est considérable, et qu’il faut beaucoup d'expérience pour trouver l’or dans la boue.

Qu'elle ait toujours entre les mains les œuvres de Cyprien. Qu'elle parcoure d’un pas léger les épîtres d’Athanase et les livres d’Hilaire. Qu'elle se laisse séduire aux charmes de leurs traités, de leur génie : il n’y a pas à craindre que dans ces livres la piété reçoive la moindre atteinte. Qu'elle lise les autres, mais en les jugeant et non les yeux fermés. »

quam ea depositura de manibus. Apos{olorum Acta et “Epistolas tota cordis imbibat voluntate. Cumque pectoris sui cellarium his opibus locupletaverit, mandet memoriæ Prophetas, Heptateuchum, et Regum, et Paralipomenon libros, Esdræ quoque et Esther volumina. Ad ultimum, sine periculo discat Canticum Canticorum; ne, si in exordio legerit, sub carnalibus verbis spiritualinm nuptiaram epithalamium non intelligens, vulneretur. Gaveat omnia apocrypha, et, si quando eo non ad dogmatum veritatem, sed ad signorum reverentiam legere voluerit, sciat non eorum esse quorum titulis prænotantur, multaque his admixta vitiosa, et grandis esse prudentiæ aurum in luto quærere. Cypriani opuscula semper in manu teneat. Athanasii epistolas, et Hilarii libros inoffenso decurrat pede. Illoram tractatibus, illorum delectetur ingeniis, in quorum libris pietas non vacillet. Cæteros sic legat, ut magis judicet, quam

« Vous allez dire : mais comment moi, femme du siècle, pour rais-je garder tous ces trésors, au milieu de la foule de Rome ? Je répondrai : ne chargez point vos épaules d’un fardeau qu’elles ne sauraient porter; mais quand vous l’aurez nourrie du lait d’Isaac, vêtue de la robe de Samuel, envoyez-la à son aïeule, à sa tante, Rendez au lit de Marie ce bijou précieux ; couchez-la dans le berceau de Jésus. Qu’elle soit élevée dans un couvent ; au milieu des chants des vierges, elle apprendra à ne pas jurer, à regarder le mensonge comme un sacrilége, à ignorer le siècle, à vivre de la vie des anges, à être dans la chair comme sans chair, à considérer tous les hommes comme semblables à elle. Et sans parler des autres avantages, vous serez ainsi affranchie des difficultés de la conserver, du péril de la garder. Mieux vaut pour vous avoir à pleurer son absence qu’à trembler de tout. Confiez-la toute jeune à Eustochie. Que ce soit Eustochie qu'elle adnire dès ‘son enfance; entrelien, démarche, tenue, tout chez Eustochie est leçon de vertu. Qu’elle soit élevée dans le sein de son aïeule qui a appris, par une longue expérience, a élever, à garder, à instruire les vierges. Anne ne recouvra plus l'enfant qu’elle avait voué au Seigneur dans le tabernacle. Moi-même, si vous

sequatur. Respondebis : quomodo hæc omnia, mulier sæcularis, in tanta frequentia hominum, Romæ custodire potero ? Noli ergo subire onus, quod ferre uon potes; sed, postquam ablactaveris eam cum Isaac, et vestieris cum Samuele, mitte aviæ et amitæ. Redde pretiosissimam gemmam cubiculo Mariæ, et cunis Jesu vagientis impone. Nutriatur in monasterio; sic inter virginum choros jurare non discat; mentiri sacrilegium putet; nesciat seculum; vivat angelice ; sit in carne sine carne ; omne hominum genus sui simile putet. Et, ut cætera taceam, certe te liberet servandi difficultate, et custodiæ periculo. Melius est tibi desiderare absentem, quam pavere ad singula. Trade Eustochio parvulam : illam primis miretur ab annis; eujus et sermo, et incessus, et habitus doctrina virtutum est. Sit in gremio aviæ, quæ longo usu didicit nutrire, servare, docere virgines. Anna filium, quem Deo voverat, postquam obtulit in tabernaculo, nunquam recepit. Ipse, si Paulam miseris, et magis-

m'envoyez Paule, je m'engage à lui servir de maître et de père nourricier. Je la porterai sur mes épaules; de ma voix tremblante je dirigerai ses premiers balbutiements, et ma gloire sera bien plus grande que celle du philosophe du siècle : ce n’est point le roi de Macédoine, destiné à périr du poison de Babylone ; c'est la servante, la fiancée du Christ, que j'instruirai pour la préparer à la céleste couronne. » | Considérez, mes très-chères sœurs en Jésus-Christ, mes com-

pagnes de service, quel soin un si grand docteur de l'Église

prend de l’éducation d’une enfant, quel scrupule dans le choix de ce qu’il considère comme nécessaire à son éducation. Il commence à l’alphabet même. Non-seulement il indique une méthode pour l'épellation des syllabes, l'assemblement des lettres, leur reproduction par l'écriture, mais il s'occupe

du choix des compagnes d’étude dont le succès doit piquer l’ému- :

lation de son élève. Voulant que le travail chez elle soit volontaire et non contraint, et que l'étude l’attache plus vivement à l'étude, il recommande de l’encourager par les caresses, les éloges et les petits présents. Il indique le choix des mots recueillis dans les saintes Écritures sur lesquels elle doit s'exercer à la pro-

trum me, et nutritium spondeo. Gestabo humeris, balbutientia senex verba formabo, multo gloriosior mundi philosopho, qui non regem Macedonum, Babylonio periturum veneno, sed ancillam et sponsam Gbristi erudiam, regnis vælestibus offerendam. » Perpendite, sorores in Ghristo charissimæ, pariter et conservæ, quantam curam tantus Ecclesiæ doctor in eruditione unius parvulæ susceperit, in qua tam diligenter cuncta distinxerit, quæ necessaria doctrinæ decreverit, ab ipso alphabeto sumens exordium. Nec solum de pronuntiandis syllabis, et litteris conjungendis, verum etiam de scribendis adhibet documentum : nec non et de sociis providet adjungendis, quorum livore, vel laude plurimum moveatur, Quod etiam (ut?) spontanea magis quam coacta faciat, et majori studium amore complectatur, blanditiis et laudibus, nec non et munusculis incitari admonet. Ipsa quoque nomina distinguit ex Scripturis sacris

nonciation, afin qu'ils se gravent dans sa mémoire, suivant le précepte du poëte: «le verre conserve longtemps le parfum dont il a été une fois pénétré. »

Quel maître il faut choisir, il lindique avec soin, et il n’omet pas de dire que, chaque jour, elle doit avoir à remplir une certaine tâche de lecture qui lui grave les lettres dans la mémoire. Et comme, à cette époque, l'usage des lettres grecques était en vogue à Rome, il ne veut pas qu’elle soit étrangère aux lettres grecques. surtout sans doute, j'imagine, à cause de la traduction des livres saints arrivés à nous par les Grecs, et aussi peut-être en vue de la connaissance des belles-lettres, qui ne sont pas utilité pour ceux qui prétendent à la perfection du savoir. Mais il place auparavant l'étude de la langue latine : c'est par là qu’il veut que notre éducation commence. Parvenu au moment où l'enfant passe de la prononciation des mots à l'intelligence du sens, et arrive à se rendre compte des sons qu’il émet, il choisit les divers livres, tant dans les règles de l'Ancien et du Nouveau Testament que dans les ouvrages des

colligenda, in quibus proferendis se primum exercens, hæc memoriæ suæ plnrimum commendet, juxta illud poeticum :

Quo semel est imbuta recens, servabit odorem Testa diu.

Qualis etiam magister ad hoc sit eligendus, diligenter describit : nec prætermittit præfixam esse debere mensuram lectionis, quam corde tenus firmatam quotidie persolvat Et quia eo tempore, græcarum quoque litterarum usus Romæ abundabat, nec græcarum litterarum expertem eam esse permittit : maxime, ut arbitror, propter translationem divinorum librorum a græcis ad nos derivatan, unde discernere posset, quid apud nos minus, vel aliter esset : et fortasse propter liberalium disciplinam artium, quæ his, qui ad perfectionem doctrinæ nituntur, nonnihil afferunt ntilitatis. Qui etiam eruditionem latinæ linguæ præmittit, quasi ab ipsa nostrum inchoaverit magisterium. Quum autem a sono vocum ad earum pervenerit sensum, ut quæ proferre didicerit jam intelligere velit, codices ei distinguit diversos, tam de canone duorum Testamentorum,

docteurs, dont l'étude peut être le plus utile à son instruction. Entre les saintes Écritures, il recommande les Évangiles, qui ne doivent jamais, selon lui, quitter les mains de la vierge; il insiste plus sur la lecture de l’Évangile pour les diaconesses que pour les diacres, les unes n'ayant À le lire qu’à l’Église, les autres ne devant jamais cesser de le lire. Enfin, comme il s’adresse à une mère pour sa fille, allant au-devant des ex- . cuses de la mère, incapable de mener une telle éducation au milieu des embarras du siècle et de la foule de Rome, il lui donne le conseil de se décharger de ce fardeau, de placer sa fille dans un couvent de vierges, où elle pourra être élevée sans péril et plus profondément instruite dans toutes les matières qu’il a indiquées. Prévenant enfin toutes les objections, toutes les inquiétudes de la mère sur le choix du maître tel qu’il en a tracé le portrait, il l’engage à envoyer l'enfant de Rome à Jérusalem, auprès de son aïeule sainte Paule et de sa tante Eustochie, et il s'offre lui-même comme maître et comme père nourricier. Oui, chose étonnante, il se laisse emporter à toutes les promesses : ce grand docteur de l’Église, affaissé par l’âge, est prêt à se faire le

quam de opusculis doctorum, ex quorum eruditione profciat, ut consummetur. Inter canonicas autem scripturas, ita ei Evangelia commendat, ut nunquam hæc de manibus virginis recessura censeat ; quasi plus aliquid diaconissis, quam diacouis de lectione injungat Evangelica : quum isti in ecclesia illam habeant recitare, illæ nunquam ab eorum debeant lectione vacare. Deinde ista matri de filia scrihens, ne quam mater excusationemn prætenderet, hæc omnia Romæ secularem feminam in tanta hominum frequentia perficere non posse ; dat consilium, ut ab isto se oncre liberet, monasterio virginum tradat filian, ubi educari sine periculo, et de his, quæ dixit, perfectius instrui possit. Onnem denique occasionem amputans, ne de magistro tandem, qualem ipse descripserat, mater sollicitaretur, puellæ Roma Hierosolymam, ad aviam scilicet sanctam Paulamn et amitam Eustochium missæ, se magistrum pariter et nutritiuin offert. Et in tantum, quod dictu mirabile est, erumpit promissum, ut tantus Ec-

père nourricier de l'enfant, il ne rougira pas de la porter dans ses bras : tendresse qui ne manquerait pas d’éveiller les soupçons de la malveillance et ne pourrait se produire sans scandale même chez les religieux. Quoi qu'il en soit, voilà ce à quoi s'expose cet homme plein de l'esprit de Dieu et dont la vertu élait depuis si longtemps connue de tous, et cela pour l'instruction d’une seule vierge, afin de la laisser elle-même comme maîtresse aux autres, et que celui qui n’aurait pas lu Jérôme lût Jérôme en elle.

Pour passer des vierges plusjeunes aux plus âgées, qu’il excite sans cesse à l'étude des lettres, tant en leur adressant des conseils qu’en les louant de leur zèle à lire et à apprendre, écoutons ce qu'il écrit à la Jeune Principia au sujet du psaume quarantequatrième :

« Je sais, dit-il, Principia, ma fille en Jésus-Christ, qu’on me blâme généralement d’écrire à des femmes, et de préférer aux hommes le sexe faible : je dois donc commencer par répondre à votre critique; j’arriverai ensuite à la question que vous me posez. Si les hommes s’occupaient des saintes Écritures, je ne m'adresserais pas aux femmes. Si Barach avait voulu marcher

clesiæ doctor etiam senio debilis, dicat se virginem, quasi bajulum ejus, humeris gestare non dedignari., Quod quidem apud suspiciosos non sine suspicione fieri, nec apud religiosos sine scandalo vix contingeret. Hæc tamen omnia vir Deo plenus, et de integritate vitæ omnibus tandiu cognitus, confidenter spondebat : dummodo unam sic instruere virginem posset, ut ipsam Cæteris magistram relinqueret, et in ipsam Hieronymum legeret, qui Hieronymum non vidisset. Ut autem de parvulis ad majores transeamus virgines, quas plurimunmi semper provocat ad studium litterarum, tam eis videlicet scribendo quæ legant, quam eas laudando de assiduitate legendi vel discendi, quid ad Principiam virginem de psalmo xziv scribens dicat, audiamus. « Scio me, Principia in Ghristo filia, a plerisque reprehendi, quod interdum seribam ad mulieres, et fragiliorem sexum maribus præferam : et idcirco debeo primum ubtrectatoribus meis respondere, et sic venire ad disputatiunculam quam rogasti. Si viri de Scripturis quærerent, mulieribus non loquerer. Si Barach ire ad prælinm vo-

au combat, Débora n'aurait pas triomphé de l'ennemi vaincu. » Et quelques lignes plus bas : « Apollon, un apôtre, très-instruit dans la loi, reçut des leçons d'Aquila et de Priscilla, qui l'instruisaient dans la voie du Seigneur. S'il n’y a pas eu de honte pour un apôtre à recevoir des leçons d'une femme, quelle honte y aurait-il pour moi, après avoir instruit des hommes, à instruire aussi des femmes? Voici les raisonnements que j'ai cru devoir résumer, Ô ma vénérable fille, pour que vous sachez bien que vous n’avez pas à regretter d’être de votre sexe, et pour que les hommes ne soient pas si fiers de leur titre, eux à la honte desquels les saintes Écritures exaltent la vie des femmes. »

Je veux, après avoir parlé des vierges, examiner aussi ce que les veuves ont à gagner à l'étude des saintes lettres, au glorieux témoignage du même maitre. Écrivant à la même Principia touchant la vie de sainte Marcelle qu’elle lui avait demandée, voici ce qu’il signale entre ses mérites insignes. Son ardeur pour les Écritures était merveilleuse, et elle chantait incessamment : « jai enfermé tes paroles au fond de mon cœur, afin de ne pas pécher contre toi.» Et touchant l’homme parfait : «et sa volonté est dans la loi du Seigneur, et il méditera sur la loi du Seigneur nuit et

luisset, Debora de victis hostibns non triumphasset. » Et post aliqua : « Apollo, virum apostolicum, et in lege doctissimum, Aquila et Priscilla erudiunt, et instruunt eum de via Domini. Si doceri a femina non fuit turpe apostolo, mihi quare turpe sit, post viros docere et feminas ? Hæc et istiusmodi, oeuvoséin filia, perstrinxi breviter, ut nec te pœniteret sexus tui, nec viros suum nomen erigeret, in quorum condemnationem feminarum in Scripturis sanctis vita laudatur. » Juvat post virgines, intueri de viduis, quantum et ipsæ in studio sacrarum litterarum ipsius testimonio et laude profecerint. Scribens igitur idem doctor ad eamdem virgiuem Principiam de vita sanctæ Marcellæ, sicut illa postulabat, inter virtutum ejus insignia : « divinarum, inquit, Scripturarum ardor erat incredibilis, semperque cantabat : « in corde meo abscondi eloquia tua, ut non peccem tibi. » Et illud de perfecto viro : « Et in lege Domiui voluntas ejus, et in lese ejns meditabitur die ac nocte, etc. A mandalis

jour. J’ai compris tes ordres... » Enfin, les devoirs du pontificat m’ayant amené à Rome avec les saints pères Paul et Épiphane, comme j'évitais modestement les regards des femmes de noble naissance, elle usa, suivant l’Apôtre, « d’une importunité si heureuse » que son habileté triompha de ma pudeur. Comme je passais pour avoir alors quelque renom dans la connaissance des Écritures, jamais elle ne me rencontra sans me faire quelques questions sur les Écritures; et elle ne se tenait point pour satisfaite dès l’abord ; elle opposait des objections aux réponses, non par esprit de contention, mais pour apprendre la solution des questivns qu’elle comprenait qu’on pouvait opposer. Ce que J'ai trouvé en elle de vertus, d'intelligence, j'ose à peine le faire entendre, dans la crainte de paraître dépasser la mesure du vraisemblable et de rendre votre douleur plus vive en vous rappelant tout ce que vous avez perdu. Je ne dirai qu’un mot : tout ce qu’une longue étude avait amassé en moi, tout ce qu’une méditation profonde avait fait passer comme dans mon sang, elle l'a connu, appris, possédé ; si bien qu'après notre autorité, c'était à elle qu’on s’adressait comme juge, dès qu'il s'élevait quelque discussion sur un texte des Écritures. Et comme elle était très-

tuis intellexi. » Deniqne, quum et me Romam'eum sanctis pontificibus Paulino et Epiphanio, ecclesiastica traxisset necessitas, et veiecunde nobilium feminarum ocnlos declinarem ita egit, secundum Apostolum, « importane opportune, » ut puderem meum sua superaret industria. Et quia alicujns tunc nominis esse existimabar super studio Scripturarum, nunquam convenit, quiu de Scripturis aliquid interrogaret, nec statim acquiesceret, sed moveret e contrario quæstiones, non ut contenderet, sed ut quærendo disceret earum solutiones, quas opponi posse intelligebat. Quid in illa virtutum, quid ingenïi invenerim, vereor dicere, ne fidem credulitatis excedam, et tibi majorem dolorem incutiam, recordanti quanto bono carueris. Hoc solum dicam, quod quidquid in nobis longo fuit studio congregatum, et meditatione diuturna quasi in naturam versum, hoc illa libavit, didicit, atque possedit : ita nt post perfectionem nostram, si in aliquo testimonio Scripturarum esset oborta contentio, ad illam judicem pergeretur.

habile, pour répondre aux questions elle ne se contentait pas de donner ses raisons personnelles, elle reproduisait mes paroles ou celles de quelque autre, en sorte que, même dans ce qu'elle enseignait, elle se déclarait une simple disciple. Elle connaissait, en effet, les prescriptions faites par l’Apôtre : «je ne permets pas à une femme d'enseigner; » de peur que la femme ne parût faire injure à l’homme, et surtout aux prêtres, en discutant des points obscurs et douteux. Elle se consolait de notre éloignement par un échange de correspondance : ce que nous ne pouvions nous donner en chair, nous nous le rendions en esprit ; elle ne songerait qu’à écrire la première, à vaincre en prévenances, à prendre l'avance des salutations. Elle perdait peu par l'absence : un courant perpéluel de lettres supprimait les intervalles. Au milieu de cette tranquillité, tandis qu’elle était paisiblement vouée au service de Dieu, une tempête d'hérésie s’éleva dans la province et y jeta le trouble, avec un tel emportement de fureur qu’elle n’y échappa ni elle, ni aucun des gens de bien. . Et comme si c'était peu d’avoir tout confondu sur place, l’hérésie introduisit dans le port de Rome un vaisseau plein de renégats qui trouvèrent aisément prise au milieu des doctrines impures

Et quia valde prudens erat, sic ad interrogata respondebat, ut etiam sua non sua diceret, sed vel mea, vel cujuslibet alterius : ut in eo ipso, quod docebat, se discipulam fa'eretur. Sciebat enim dictum ab Apostolo : « Docere autem

olieri non permitto; » ne virili sexui, et interdum sacerdotibus, de obsenris, et ambiguis sciscitantibus, facere videretur injuriam. Absentiam nostri mutuis solabatur alloquiis, et quod carne non poteramus, spiritu reddebamus : semper obviare epistolis, superare officiis, salutationibus præveuire. Non multum perdebat absentia, quæ jugibus sibi 1itteris jungebatur. In hac tranquillitate, et Domini servitute, hæretica iu his provinciis exorta tempestas cuncta tnrbavit, et in tantam rabiem concitata est, ut nec sibi, nec ulli bonorum parceret, et quasi parum esset, hic universa movisse, navem plenam blasphemiarum romano intulit poitui, quum venenata spurcaque dectrina Romæ invene-

et empoisunnées de la grande ville. Alors sainte Marcelle, qui s'était longtemps contenue, dans la crainte de paraître se laisser emporter à un excès de zèle, voyant que la foi prêchée par les apôtres était violée presque sur tous les points, si bien que l’hérésie entraînait les prêtres, les moines et surtout les hommes du siècle, bien plus, qu’elle se jouait de la simplicité de l'évêque, qui jugeait de tous les autres par lui-même ; sainte Marcelle, dis-je, opposa publiquement résistance au courant, aimant mieux plaire à Dieu qu'aux hommes... Ce fut le signal de la condamnation des hérétiques : des témoins furent cités, qui d’abord régulièrement instruits, avaient ensuite été saisis par l’hérésie: la multitude des victimes de l'erreur fut mise en lumière; des masses d'exemplaires sacriléges du xepi 'Apy&v furent produits qui avaient été évidemment corrigés par une main venimeuse ; les hérétiques furent invités coup sur coup à venir se défendre : ils n’osèrent pas se présenter ; telle fut la force de la conscience, qu’ils aimèrent mieux se laisser condamner par défaut que de s’exposer à être convaincus. Et l’origine de cette victoire si eonene

c'était Marcelle, »

Vous voyez, mes très-chères sœurs, quel fruit produisit, pour

rit, quos induceret. Tunc sancta Marcella, quæ diu se cohibuerat, ne per æmulationem quippiam facere videretur, postquam sensit fidem apostolico ore laudatam in plerisque violari, ita ut sacerdotes quoque, et nonnullos monachorum, maximeque sæculi homines in assensum sui traheret, ac simplicitati illuderet episcopi, qui de suo ingénio cæteros æstimahat, publice restitit, malens Deo placere quam hominibus... Damnationis hæreticorum hæc fuit principium, dum adducit testes, qui prius ab eis eruditi, et postea ab hæretico fuerant errore correpti, dum ostendit multitudinem deceptorum, dum jmpia xept ‘Aep- 16v ingerit volumina, quæ emendata manu scorpii monstrabantur, dum acciti ‘frequentibus litteris hæretici, ut se defenderent, venire non ausi sunt. Tantaque vis conscientiæ fuit, ut absentes damnari, quam præsentes coargui, maluerint. Hujus tam gloriosæ victoriæ origo, Marcella est. » Videtis, dilectis- 28e

la répression des hérétiques, l’admirable zèle d'une seule femme plaçant à la tête de tous les fidèles d'une ville, se par quel éclat de lumières une femme dissipa les ténèbres de la science des plus grands docteurs de l'Église. |

Voici ce que le même auteur, dans le préambule du premier livre sur l'Épitre de Paul aux Galates, dit de l'étude que cette femme faisait des saintes Écritures, étude qui lui valut cette victoire; que ces paroles vous servent d’exhortation. « Je connais son ardeur, sa foi, l’ardent désir qui embrase son cœur de s'élever au-dessus de son sexe, de faire oublier l’homme, et au bruit des tambours des saintes lettres, de franchir la mer Rouge de ce siècle. Oui, quand j'étais à Rome, jamais elle ne manqua d’accourir dès qu’elle m’apercut pour me faire quelques questions au sujet des Écritures. Et elle n’admettait pas toute réponse comme satisfaisante, à la mode des pythagoriciens ; l'autorité ne prévalait pas auprès d'elle sans raisons préalables ; èlle pesait tout, se rendait compte de chaque chose avec infiniment de finesse, si bien que je sentais en elle moins un disciple qu’un juge. »

Telle était, à cette époque, chez les femmes comme chez les

simæ, quantum attulerit fructum, repressis hæresibas, in urbe fidelibus omnipus in caput constitutæ unius matronæ laudabile studium, et qnanta lampade aoctrinæ 1psoram quoque doctorum ecclesiasticorum tenebras una mulier expulerit. De cujus studio in sacris litteris, quo ipsa victoriam istam meruerit, idem doctor proœæmio lib. I x Epistolam Pauli ad Galatas, ad exhortationem vestram ita meminit : « Scio equidem ardorem ejus, scio fidem, quam flammam semper habeat in pectore, superare sexum, oblivisci hominis, et divinorum voluminam tympano concrepante, Rubram hujus seculi pelagus transfretare. Certe quum Romæ essem, nunquam tam festina me vidit, ut non de Scripturis aliquid interrogaret. Neque vero more Pythagorico, quidquid responderam, rectum putabat, nec sine ratione præjudicata apud eam valebat auctoritas ; sed examinabat omnia, et sagaci mente universa pensabat, ut me sentirem non tam discipulam habere quam judicem. » Tantum eo tempore in

hommes, l’ardeur du zèle pour les lettres, que non contentes des ressources que leur offrait leur propre langue, elles remontaient jusqu’à la source ce cours des saintes Écritures dont elles possédaient un léger filet ; elles ne croyaient pas qu'elles dussent se satisfaire de la pauvreté d’une seule langue. De là ce passage d’une lettre du même docteur à Paule au sujet de la mort de sa fille Blésilla.

Voici ce que entre autres choses, il écrit particulièrement à sa louange. « Qui pourrait rappeler sans douleur la vivacité de sa parole, l'éclat de son langage, la fidélité de sa mémoire, la pénétration de son esprit? A l'entendre parier grec, on aurait cru qu'elle ne savait pas le latin. Se mettait-elle à parler latin, son langage n'avait aucun accent étranger. Bien plus, merveille que la Grèce entière admire dans le grand Origène lui-même, ce n'est pas en quelques mois, c’est en quelques jours qu'elle avait si bien triomphé des difficultés de la langue hébraïque, qu'elle était de force à le disputer à sa mère dans l'intelligence et dans le chant des psaumes. »

Sa mère elle-même, Paule, et son autre fille Eustochie, vierge consacrée à Dieu, n'étaient pas moins occupées de l’étude deslettres

sanctis feruinis, sicut et in viris, studium fervebat litterarum, ut nequaquam suæ linguæ disciplina contentæ, ipsos Scripturarum rivulos, quos habebant, ab ipsis inquirerent fontibus; nec inopiam unius linguæ sibi crederent sufficere. Unde et illnd est supra memorati doctoris ad Paulam de morte Blesillæ filiæ suæ, sic inter cætera in ejus præcipuam laudem scribentis : « quis sine singultibus transeat orandi instantiam, nitorem linguæ, memoriæ teuacitatem, acumen ingenii? Si græce loquentefn audisses, latine eam nescire putares. Si in romanum sonum liugua se verteret, nihil omnino peregrini sermo redole- : bat. Jam vero, quod in Origene quoque illo Græcia tota miratur, in paucis non dicam mensibus, sed diebus, ita hebreæ linguæ vicerat difficultates, ut in discendis canendisque psalmis cum matre contenderet. » Ipsam quippe matrem ejus Paulam, nec non et alteram ipsius filiam Eustochium virginem Deo dicatam, in eodem studio litterarum atque linguarum non mi:us occupatas

et des langues; et le même docteur n’omet pas de nous l’apprendre. Voici ce qu’il dit, dans la vie de Paule, parlant de Paule elle-même : | | | « Rien de plus souple que son intelligence. Elle était lente à parler, prompte à entendre. Fidèle à ce précepte : « écoute, Israël, et tais-toi, » elle teriait de mémoire les saintes Écritures. Enûn elle voulut que je lusse d’un bout à l’autre avec sa fille le Vieux et le Nouveau Testament, en les commentant. Je m’y refusais par un sentiment deréserve ; je finis par céder à ses instances ; sur ses demandes réitérées, je consentis à enseigner ce que j'avais appris. Là où J'hésitais et déclarais ingénument que je ne savais pas, elle ne me laissait pas tranquille; et, par ses questions pressantes, elle m'obligeait à indiquer parmi les nombreux et différents sens ‘du texte celui qui me paraissait le meilleur. Je relèverai un autre point qui peut-être paraîtra invraisemblable à ses émules. La langue hébraïque que j'ai apprise dès ma jeunesse, non sans beaucoup d'application et de peine, que je n’ai jamais cessé d'exercer, que je n’abandonne pas pour ne pas être abandonné par elle, elle voulut l’apprendre et elle y arriva : elle chantait les psaumes en hébreu, et prononçait l’hébreu sans

esse, idem non præterit doctor. Sic quippe.de his commemorat, vitam ipsins Paulæ scibens, et de ipsa dicens : « Nihil ingenio ejus docilius. Tarda erat ad Joquendum, velox ad audiendum. Memor illius præcepti : « audi, Israel, « et tace, » scripturas sanctas tenebat memoriter. Denique compulit me, ut Vetus et Novum Testamentum cum filia, m2 disserente, perlegeret. Quod propter verecundiam negans, propter assiduitatem tamen, et crebras postulationes ejus, præstiti, ut docerem quod didiceram. Sicubi hæsitabam, et nescire me ingenue confitebar, nequaquam mihi volebat acquiescere ; sed jugi interrogatione cogebat, nt e multis variisque sententiis, quæ mihi videretur probabilior, indicarem. Loquar et aliud, quod forsitan æmulis videatur incredibile. Hebræam linguam, quam ego ab adolescentia multo labore, ac sudore ex parte didici, et iufatigabili meditatione non desero, ne ipse ab ea deserar, discere voluit, et consecuta est : ita ut psalmos hebraice caneret, et sermonem absque

le moindre accent latin. C’est ce que nous trouvons encore aujourd’hui chez sa fille Eustochie. C’est qu’elles savaient l’une et l’autre que la science des livres latins est dérivée des livres hébreux et grecs, et qu’un idiome, quel qu’il soit, ne peut être pleinement rendu dans une langue étrangère par une traduction. C’est pourquoi les Hébreux et les Grecs, fiers de la perfection de leur langage, aiment-ils à se railler parfois des imperfections de nos traducteurs,s’appuyant,en forme de raisonnement, sur cette comparaison, qu'une liqueur plusieurs fois transvasée perd nécessairement de sa force, et qu’on n’en retrouve pas dans les derniers vases la même quantité que dans le premier. Aussi arrivet-il souvent que, lorsque nous cherchons à invoquer quelque témoignage contre les Juifs, ils nous réfutent sans peine; nous ne connaissons pas l’hébreu, disent-ils; nos traductions, qui sont inexactes, nous trompent. »

Attentives à cette observation, ces femmes si éclairées ne se contentèrent jamais de la connaissance de leur propre langue : elles voulaient être en mesure d’instruire les uns, de réfuter les autres et d’étancher leur soif aux sources les plus pures. C'était

ulla latinæ linguæ proprietate personaret. Quod quidem usque hodie in sancta filia ejus Eustochio cernimus. Sciebant quippe latinorum codicum doctrinam ex hebraicis et græcis processisse scriptis, et idioma cujuscunque linguæ ad plenum in peregrina servari ab interprete non posse. Quod tam Hebræi, quam Græci de perfectione gloriantes, nostris translatoribus, velut imperfectis, nonnunquam insultare consueverunt, talem in argumentum similitudinem asserentes, quod quilibet liquor in plura vasa vicissim transfusus, plenitudine sua necessario minuitur, nec ejus quantitas in Cæteris vasis potest reperiri, quam in priore habuit. Unde et illud sæpe accidit, qnod quum aliquibus testimoniis Judæos arguere nitimur, facile nos refellere solent, qui hebraicum igavramus, ex translationam, nt aiunt, nostrarum falsitate. » Quod sapientissimæ mulieres prædictæ diligenter attendentes, nequaquam propriæ linguæ doctrina contentæ fuerunt : ut non solum suos instruere, verumetiam alios refellere possent, et de limpidissima fontis aqua, sitim suam reficerent. Ad quod

Jérôme lui-même, si habile dans ces diverses langues, qui leur en avait donné l'exemple, si je‘ ne me trompe. Par combien de peines et de travaux il était arrivé à posséder cette perfection d’habileté, il nous l’apprend dans sa lettre à Pammachius et à Océanus. a

«Quand j'étais jeune, dit-il, j'avais une merveilleuse ardeur d'apprendre, et je ne fis pas comme quelques présomptueux, je ne m'instruisis pas par moi-même; je suivis avidement, à An- tioche, les leçons d’Apollinaire de Laodicée; je fréquentai son école, et tandis qu’il m'enseignait les saintes Écritures, jamais je n’entrai en contestation avec lui sur le sens d’un texte. Déjà, cependant, ma tête était parsemée de cheveux blancs, et le rôle de inaître convenait mieux à mon àge que celui de disciple. D’Antioche, néanmoins, j’allai à Alexandrie; je suivis les cours de Didyme, et j'ai bien des grâces à lui rendre : ce que je ne savais pas, il me l'a appris; ce que je savais, grâce à lui je ne l’ai pas perdu. » |

« On croyait que j'étais arrivé au terme de mes études : d’Alexandrie, je passai à Jérusalem et à Bethléem, et que ne m’en coûta-t-il pas, à tous égards, pour avoir, la nuit, les leçons de Barrabas! car il craignait les Juifs : c'était pour moi un autre

maxime, ni fallor, ipse Hieronymus harum peritns linguarum, suo provocaverat exemplo. Gujus quidem peritiæ perfectionem quanto abore vel expensis acquisierit, ad Pynmachium et Oceanum scribit his verbis : « dum exsem juvenis, miro discendi ferebar ardore, nec, juxta quorumdam præsumptionem, ipse me docui. Apollinarinm Laodicenum audivi Antiochiæ frequenter, et colui; et quum me in sanctis Scripturis erudiret, nnnquamn illius contentiosum super sensu dogma susceji. Jam canis spargebatur caput, et magistrum potius quam discipulum decebat. Perrexi tamen Alexandriam, audivi Didymum : in multis ei gratias ago : quod nescivi, didici; quod sciebam, illo docente non perdidi. Putabant me homines finem fecisse discendi : veni rursum Hierosolymam et Bethlchem : quo labore, quo pretio Barrabanum nocturnum habui præceptorem! Timebat enim Judæos, et mihi se alterum exhibebat Nicode-

Nicodème. Je rappelle plus d’une fois tous ces maîtres dans mes ouvrages. »

Considérant le zèle d’un si grand docteur et de ces saintes femmes pour les saintes Écritures, je vous ai engagées, —el je vous prie incessamment de suivre ce conseil, — à vous appliquer à ces hautes études, aujourd’hui que la chose est possible et que vous avez une mère habile dans les trois langues, en sorle que si quelque discussion s'élève sur des diversités de traduction, vous puissiez vous-même trancher la difficulté. L'inscription de la sainte Croix, rédigée en-hébreu, en grec et en latin, me semble une exacte figure de la chose. Elle signifie que la connaissance de ces langues maîtresses doit régner dans l’Église universelle, les deux Testaments étant écrits dans ces trois langues. Et, pour les approfondir, vous n'avez pas besoin de longs voyages et de grands frais comme saint Jérôme : dans votre mère, je l’ai dit, vous trouvez une maitresse.

Après les vierges et les veuves, les femmes mariées ellesmêmes peuvent vous être présentées à titre de modèles, soit comme reproche pour votre négligence, soit comme stimulant pour votre ardeur. En effet, elle vous donne aussi l'exemple, cette

mum. Horum omnium frequenter in opuseulis meis facio mentionem. » Hune zelum tanti doctoris, et sanctarum feminarum in Scriptuis divinis considerans, monui, et incessanter implere vos cupio, ut dum potestis, et matrem havum peritam trium linguarum habetis, ad hanc studii perfectionem feramini, ut quæcunque de diversis translationibus oborta dubitatio fuerit, per vos probatio terminari possit. Quod et ipse Dominicæ crucis titulus hebraice, græce, et latine scriptus non incongrue præfigurasse videtur, ut in ejus Ecclesia ubique tersarum dilatata, harum linguarum, quæ præminent, abundaret doctrina; quarum litteris utriusque Testamenti comprehensa est scriptura. Non longa peregrinatione, non expensis plurimis, pro his linguis addiscendis, opus vobis est, ut bcato accidit Hieronymo; quum matrem, ut dictum est, habeatis ad ihoc studium sufficientem. Post virgites quoque ac viduas, fideles conjugatæ vücitèmentnm præbeant vubis doctrinæ, ut vel negligentiam vestram arguant, el ardorem augeant. Præstat exemplum etiam vobis Celantia venerabilis, qua

vénérable Célantia qui, voulant, en état de mariage, vivre suivant la loi, demanda avec instance à saint Jérôme de vouloir bien lui tracer lui-même une règle de mariage. Et voici ce que saint Jérôme lui répondit :

« J'ai hésité longtemps à répondre à l’appel de vos lettres, je l'avoue : un sentiment de réserve m’imposait le silence. Vous persistez néanmoins, et vous persistez avec les instances les plus pressantes, à me demander de vous tracer, d’après les saintes Écritures, une règle applicable à votre vie. Connaissant la loi de Dieu, vous préférez aux honneurs du monde, aux attraits de la richesse, le trésor de la vertu ; vous voulez pouvoir, en état de mariage, plaire à votre époux et à Celui qui a noué les liens qui vous unissent. Ne point donner satisfaction à une demande si sainte, à un désir si pieux , serait-ce autre chose que ne pas aimer le progrès d'autrui? Je me rendrai donc à vos prières, et puisque vous êtes prête à remplir la volonté de Dieu, je vous prêterai l’encouragement de mes conseils. »

Elle connaissait sans doute, cette noble femme, ce que l'Écriture rappelle à l'honneur de sainte Suzanne. Elle était belle, dit l'Écriture; elle craignait Dieu, ce qui est la source de la vraie

in conjugio quoque regulariter vivere cupiens, legem sibi conjugii præscribi ab ipso etiam Hieronymo sollicite petiit. Unde et ipse ad eamdem super hoc rescribens, ita meminit : « provocatus ad scribendum litteris tuis, diu, fateor, de responsione dubitavi, silentium mihi imperante verecundia. Petis namque, et sollicite ac violenter petis, ut tibi certam ex Scripturis sanctis præfniamus regulam, ad quam tu ordines cursum vitæ tuæ : ut cognita Domini voluntate, inter honores sæculi, et divitiarum illecebras, morum magis diligas supellectilem, atque ut possis in conjugio constituta, non solum conjugi placere, sei etiam ei, qui ipsum indulsit conjugium. Gui tam sanctæ petitioni, tamque pio desiderio non satisfacere, quid aliud est, quam profectum alterius non amare Parebo igitur precibus tuis, teque paratam ad implendam Dei voluntatem, ipsius nitar jucitare sententiis. » Audierat fortassis hæc matrona quod in laudem sanctæ Susannæ Scriptura commemorat. Quam quum præmisisset puichran nimis, et timentem Deum, unde hic timor et verus animaæ de-

beauté de l'âme, et elle ajoute aussitôt : « ses parents, qui étaient des justes, firent instruire leur fille suivant la loi de Moïse. » Et Suzanne, n'oubliant pas ses études au milieu des soucis du marage ct des désordres du monde, mérita, condamnée à mort, de condamner ses propres juges, les prêtres. Ce passage : « ses parents, qui étaient des jnstes, instruisirent leur fille, etc., » saint Jérôme le cite dans son livre sur Daniel, et ilen prend texte pour une habile exhortation. « Ce texte, dit-il, doit servir à l'exhortation des parents, pour qu'ils fassent instruire et leurs fils et leurs filles, suivant la loi du Seigneur et la parole divine. »

Et puisque je me préoccupe tant du développement de vos études et de vos vertus, je veux, pour secouer en vous tout sommeil de négligence, vous citer l’exemple de l’opulente reine de Saba, qui, au prix des plus grandes fatigues pour la faiblesse de son sexe, au prix des peines, des périls d’un long voyage et de dépenses énormes, vint des extrémités de la terre consulter la sagesse de Salomon et s’entretenir avec lui des choses qu’elle ignorait; zèle et ardeur que Salomon approuva si complétement qu’il lui donna, comme récompense , tout ce qu’elle demanda,

cor procederet, statim annexuit dicens : « Parentes enim illius, quum esseut justi, erudierunt filiam suam secundum legem Moysi. » Cujus eruditionis inter molestias nuptiarum et sæcularium perturbationes occupationem Susanna non immemor, et morti adjudicata, ipsos suos judices atque presbyteros damnare promeruit. Quem quidem in Daniele locum ipse Hieronymns exponens, illud quod dictum est : « Parentes illius, quum essent jnsti, erudierunt filiam suam, etc., » in exhortationis competenter assumens ocecasionem, ait : « Hoc utendum es! testimonio ad exhortationem parentum. ut doceant juxta legem Dei sermonemqne divinum non solum filios, sed et filias suas. » Et quia diu me tam litterarum quam virtutum impedire studia plurimum solent, omnem vobis negligentiæ torporem excutiat illa ditissima regina Saba, quæ cum magno labore irfirmi sexus, et longæ viæ fatigatiqne pariter atque periculis, expensisque nimiis, venit a finibus terræ sapientiam experiri Salomonis, et cum eo conferre quæ noverat de his quæ igncrabat. Cujus studium et liborem in tantum Salomon approbavit, ut ci pro remuneratione cuncta quæ petiit da-

sans compter ce qu'il lui avait offert de lui-même, suivant la coutume des rois. Bien des hommes puissants affluaient à sa cour pour entendre les leçons de sa sagesse; bien des rois et des princes de la terre honoraient sa science des plus grands présents, et tandis qu'il recevait d'eux de riches offrandes, jamais, lisons-nous, il n'en fit lui-même à personne, sauf à la femme que nous venons de dire. Preuve éclatante de son estime pour le zèle et l'ardeur de la sainte femme , ainsi que de sa propre reconnaissance pour Dieu : celle femme que, dans la suite, le Seigneur lui-même, le vrai Salomon, que dis-je? celui qui est au-dessus de Salomon, ne craignit pas de mettre en avant pour la condamnation des hommes dédaignant le savoir qu’elle possédait; « la reine de l'Orient se lèvera, dit-il, au jour du jugement, et elle condamnera cette génération! »

Faites. mes très-chères sœurs, que votre négligence ne vous condamne pas avec cette génération. Vous seriez d’autant moins excusables que vous n'avez pas à vous imposer les fatigues ni les dépenses d’une longue route. Vous trouverez dans votre mère une direction qui peut suffire à tout, aussi bien pour l’exemple des vertus que pour la lecture des lettres; elle est ex-

ret, exceptis quæ ipse illi ultro more obtulerat regio. Multi viri potentes ad sapientiam ejus audiendam confluebant, et multi regum et ducum terræ doctrinam ejus magnis muneribus honorabant; et quum ab eis multa susciperet Gonaria, neminem eorum super his remunerasse legitur, nisi supradictam feminam. Ex quo patenter exhibuit quantum sanciæ feminæ studium et ardorem doctrinæ approbavit, et quantum Domino ipsum gratum esse censuerit. Quam et postmodum ipse Dominus et Salomon verts, immo plusquam Salomon, ad condemnationem virorum eruditionem suam contemnentium, non prætermisit inducere : « regina, inquit, Austri surget in judicio,et Condemnabit generationem istam. » Ia qua generatione, carissimæ, ne vos quoque vestra condemnet negligentia, providete, In quo etiam quo minus excusabiles sitis, non est vobis necessarium Jongi fatigationem itineris arripere, nec de magnis expensis providere. Magisterium habetis in matre, Quod ad omnia vobis sufficere, tam ad exemplum scilicet virtutum, quam ad doctrinam litterarum potest : quæ

perte à la fois et dans la Jangue latine, et dans la langue hébraique, et dans la langue grecque ; seule de ce temps, elle possède la connaissance de ces trois langues qui est vantée entre toutes choses par saint Jérôme, comme une grâce singulière, et qu’il recommande particulièrement, ainsi qu’on l’a vu, à des femmes vénérables. C'est en ces trois langues, en effet, que les deux Testaments nous sont parvenus, C’est en ces trois langues, latine, grecque, hébraïque, qu'est écrite l'inscription de Ja croix : ce qui signifie que c’est à elles qu'appartient le privilége de faire connaître et de fortifier dans les âmes la doctrine du Seigneur, l'amour du Christ, le respect du mystère de la Trinité représentée en trois personnés, de même que le bois de la croix, sur laquelle est l'inscription, est partagé en trois morceaux. Il est écrit, en effet : «toute parole reposera sur deux ou trois témoignages. » Et c’est pour que la sainte Écriture s’appuyât sur l’autorité de trois langues, et que la doctrine de l’une quelconque des deux fût corroborée du témoignage des deux autres; c’est dans cette vue, dis-je, que Ja divine Providence a résolu de mettre dans ces trois langues l'Ancien et le Nouveau Testament.

nou solum latinæ, verum etiam tam hebraicæ qnam græcæ non expers litteraturæ, sola hoc tempore illam trium linguarum adepta peritiam videtur, quæ in omnbus a beato Hieronymo, tanquam singularis gratia, prædicatur, et ab ipso in supradictis veuerabilibus feminis maxime commendatnr. Tribus quippe linguis principalibus istis duo Testamenta comprehensa pervenerunt 4 nostram notitiam. Quibus etiam liuguis titulus dominicæ crucis insignitus, hebraice scilicet, græce et latine conscriptus, patenter innuit his præcipue linguis dominicam doctrinam et Christi laudes, ipsum Trinitatis mysterium in tripertitim mundi latitudinem, sicut et ipsum crucis lignum, cui titulus est superpositus, triperlitum fuerat, indicanda et corroboranda fore. Scriptum quippe est : «in ore duorum vel trium testinm stabit omne verbum. » Urde ut trium linguarum auctoritate Scriptura sarciretur sacra, et cujnscunque linguæ doctrina duarum aliarum testimonio roboraretur, tribus his linguis Vetus simul et Novum Testamentum divina providentia comprehendere decrevit,

Le Nouveau Testament lui-même, qui est supérieur à l'Ancien, tant en dignité qu’en utilité, fut d’abord certainement écrit dans les trois langues, ainsi que l'inscription de Ja croix l'avait annoncé. Certaines parties écrites pour les Hébreux exigeaient, en effet, l’usage de leur langue; d'autres devaient nécessairement être rédigées, soit dans la langue des Grecs, soit dans celle des Latins, auxquels elles étaient destinées. Le premier Évangile selon saint Mathieu, étant fait pour les Hébreux, dut d’abord être écrit en hébreu. De même l’épître de Paul aux Hébreux, celle de Jacques aux douze tribus déjà dispersées, celle de Pierre et quelques autres encore peut-être, furent assurément, pour la même raison, écrites en hébreu. Quant aux trois Évangiles adressés aux Grecs, qui pourrait douter qu'ils aient été écrits en grec, ainsi que les épitres de Paul et des autres apôtres qui avaient même destination, ainsi que l’Apocalypse envoyée aux sept Églises? Pour les Romains, il n’y a, que nous sachions, qu'une seule épitre qui leur ait été écrite par Paul, ce qui doit nous faire réfléchir sur le peu de vanité que nous devons tirer d’être Latins, el sur le besoin que nous avons des connaissances des autres peuples.

Ipsum etiam Novum Testamentum, quod tam dignitate quam utilitate Veteri supereminet, tribus istis lingnis primo scriptum fuisse constat, tanquam id titulus cruci superpositus futurum præsignaret. Quædam namque in eo Hebræis scripta linguam eorum exigebant : quædam similiter ex eis Græcis, quædam Romanis, propriis eorum linguis, ad quos dirigebantur, seribi necesse fuit. Primum quidem Evangelium secundum Matthæum, sicut Hebræis, sic hebraice primo scriptum est. Epistolam quoque Pauli ad Hebræos, et Jacobi ad duodecim tribus jam dispersas, et Petri similiter, et nonnullas fortassis alias eadem ratione constat esse scriptas hebraice. Ad Græcos veru tria Evangelia græce quis dubitet esse scripta, et quascunque epistolas tam Pauli quam cæterorum ad eos destinatas, nec non et Apocalypsim ad septem ecclesiis a se missas? Unam vero ad Romanos scriptam Pauli novimvs epistolam, ut parum a nobis habere nos Latini gloriemur, et quantum nobis aliorum sunt doctrinæ necessariæ cogitemus; quas ad plenum si Cognoscere studeamus, in ipso fonte

Et si nous voulons les posséder, ces connaissances, il faut les chercher à la source plutôt que dans les dérivations des traductions, dont le caractère est de produire le doute plutôt que la cerlitude. Il n’est pas facile, en effet, ainsi que nous l'avons dit, de conserver dans une traduction le tour particulier, c'est-àdire ce qui fait le caractère propre d'une langue, d'adapter à chaque mot une interprétation exacte, de trouver, en un mot, dans une langue étrangère des expressions parfaitement équivalentes à celles des autres langues. Même en travaillant sur une seule langue, on manque souvent de terme pour rendre ce que l’on veut dire, et l’on ne trouve pas de mot propre qui-soit une traduction claire. Nous voyons que saint Jérôme, autorisé entre tous par son habileté dans les trois langues, est loin d’être toujours d'accord avec lui-même dans ses traductions et dans ses commentaires. Souvent, en effet, il dit dans ses explications : « tel est le texte hébreu, » et sa traduction faite sur l'hébreu ne répond pas à ce texte. S’étonnera-t-on après cela que les différents traducteurs ne soient pas d'accord entre eux, quand on voit le même traducteur en désaccord avec lui-même ?

magis quam iu rivulis translationum perquirendæ sunt : præsertim quom earam diversæ trauslationes ambiguitatem magis quam certitudinem lectori generent. Non enim facile est idioma, id est proprietatem cujuscunque linguæ, sicut et supra meminimus, translationem servare, et ad singula ffdam intecpretationem accommodare : ut quælibet ita exprimere possimus in peregrina, sicut dicta sunt in propria lingua. Nam et in una lingua quum aliquid exponere per aliud volumus, sæpe deficimus, quum verbum proprium quod apertius id exprimere possit non habeamus. Novimus et beatura Hieronymum apud eos præcipue trium harum linguarum peritum, multum in translationibus suis, et in commentariis earum a se ipso nonnunquam dissidere. Sæpe namque ia expositionibus suis dicit : « sic habetur in hebræo, » quod tamen in translationibus ejus secundum hebraicum, ut ipsemet asserit, factis non reperitur. Quid igitur mirum, si diversi interpretes ab invicem discrepent, si uaus etiam nonnunquam a se dissonare inveniatur? Quisquis ergo de his certus esse de-

Ainsi quiconque veut avoir quelque certitude sur ces textes ne doit pas se contenter d'une dérivation; il faut qu'il remonte et puise à la source pure. C'est pour cetle raison que la traduction de saint Jérôme, qui est la dernière et qu’il a, de son mieux, exactement tirée de l'hébreu ct du grec, comme de la source, est supérieure à toutes nos anciennes versions. Des versions nouvelles s’étant produites, comme il est écrit dans la loi, les anciennes ont été rejetées. D’où ce mot de Daniel : « les hommes passeront, et le trésor de la science grandira, » Saint Jérôme a fait, en son temps, ce qu’il a pu; seul, pour aïnsi dire, et n’ayant point de fidèle pour exécuter ce travail de langue étrangère, mais seulement un Juif dont le secours lui a été très-utile, comme il latteste lui-même, il s’est attiré plus d’une critique, pour avoir pensé que les versions antérieures ne suffisaient pas. Néanmoins il a persisté dans son dessein , et il a triomphé avec l’aide de Dieu, réalisant et accomplissant ce mot de l’Ecclésiaste : « les fleuves reviennent vers leur source pour en découler de nouveau. » Les Écritures sont comme la source dont il est parti. Les traductions viennent bientôt à être repoussées comme inexactes et à perdre tout crédit, dès qu’elles dévient du texte original, dès que

siderat, non sit contentus aqua rivuli, sed puritatem ejns de fonte inquirat et hauriat, Hac enim ratione et translatio beati Hieronymi, quæ novissima fuit, et de ipso hebraico vel græco, prout ipse potuit, tanquam ab origine fontis diligentius 1equisivit, veteres apud nos translationes superavit : et supervenientibus novis, sicut in lege scriptum est, vetera projecta sint. Unde et Daniel : « pertransibunt, inquit, plurimi, et multiplex erit scientia.» Fecit Hieronynus suo tempore quod potuit, et quasi solus in lingua peregrina, nec fidelem, sed Judæum habens interpretem, cujus auxilio plurimum pnitebatur, sicut et ipse testatur, multis displicuit, quod translationes jam factas sufficere non credidit : et quia perstitit in proposito, vicit adjuvante Deo, tanquam illud Ecclesiastici attendens et complens : « ad fontem unde exeunt flumina revertuntur, ut iterum fluant. » Quasi fons origo translationum Scripturæ sunt illæ, a quibus ipse fuerit; et cito translationes, tanquam mendaces, repulsæ defi-

l'on ne voit pas qu’elles y ont remonté pour rétablir l’accord avec lui,

Et n’allons pas croire que cet interprète suffse lui-même à tout, comme supérieur dans chacune des trois langues, surtout dans la langue hébraïque où il excellait: écoutons plutôt son propre témoignage qui nous interdit de lui accorder plus de confiance qu’il n’en croit mériter. Voici ce qu'il écrit, à ce sujet, à Domnion et à Rogatianus, en réponse à un accusateur : « nous qui avons quelque connaissance de la langue hébraïque, et à qui, dans une certaine mesure, la langue latine ne fait pas défaut, nous pouvons mieux juger des textes écrits dans les autres langues et rendre en la nôtre le sens tel que nous l'avons saisi. »

Heureuse l’âme qui, méditant nuit et jour sur la loi du Seigneur, peut élancher sa soif des Écritures à la source même comme à une eau limpide, et qui n’est pas exposée, en suivant des dérivations qui se répandent en sens contraire, à prendre, par ignorance et par impossibilité de faire autrement, un breuvage troublé au lieu d’un breuvage pur, et à rendre ce qu’elle a bu! Depuis longtemps, l’étude des langues étrangères a faibli chez les hommes, et, à force de les négliger, on est arrivé à ne les

ciunt, si ab origine sua deviare, et ad ipsam per concordiam recurrere non probentur. At ne ad omnia unum hnnc interpretem sufficere credamns, tanquam peritiæ perfectionem de singulis adeptum, maxime in hebraïico, ubi apud nos præeminere dicitur, ipsius super hoc testimonium audiamus, ne plus ei quam habeat imputare præsumamus. Scribit super hoc ad Domnionem et Rogatianum, et contra accusatorem, his verbis : « nos, qui Hebrææ linguæ saltem parvam habemus scientiam, et latinus nobis utcunque sermo non deest, et de aliis magis possumus judicare, et ea, quæ ipsi intelligimus, in nostra lingua promere, » Felix illa anima est, quæ in lege Domini meditans die ac nocte, unamquamque scripturam in ipso ortu fontis quasi purissimam aquam haurire satagit, ne rivos per diversa discurrentes, turbuleutos pro claris per ignorantiam vel impossibilitatem sumat, et quod biberat evomere cogatur! Defecit jamdndnm hoc peregrinarum linguarum viris studium, et cum negli-

plus comprendre. Ce que nous avons perdu chez les hommes, que les femmes nous le rendent; que, pour Ja condumnation des hommes et le jugement du sexe fort, la reine de l'Orient retrouve en vous la sagesse de Salomon. Vous pouvez donner à l'étude d'autant plus de soin que les religieuses ont, moins que les religieux, à s’adonner aux travaux manuels, et que le repos de l'oisiveté, non moins que la faiblesse du sexe, vous expose à tomber plus facilement en tentation, Aussi le grand docteur que j'ai cité, ce maitre si autorisé à vous guider de ses lumières et de ses exhortations, dirige-t-il votre application vers l'étude des lettres par ses conseils non moins que par ses exemples ; il veut qu'ayant un sujet de travail, vos forces n'aient pas besoin d'être appelées ailleurs ; il craint que, tandis que le corps est occupé, l'âme ne s'échappe,

et, infidèle à son céleste époux, ne s’abandonne au commerce impur du siècle.

gentia litterarum, scientia periit earum. Quod in viris amisimus, in feminis recuperemus, et ad virorum condemnationem, et fortioris sexus judicium, rursum rêgina Austri sapientiam veri Salomonis in vobis exquirat. Qui tanto magis operam dare potestis, quanto in opere manuum minus moniales quam monachi desudare possunt, et ex otii quiete atque infirmitate naturæ facilius in tentationem labi. Unde et præmissns doctor, in vestram doctrinam et exhortationem præcipuus, tam scriptis quam exemplis laborem vestrum ad studinm incitat litterarum : maxime ne occasione discendi vires unquam acciri necessa-

rium sit, aut frustra corpore intentæ animus foras evagetur, et, relicto sponso, fornicetur cum mundo.

ET

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