‹ Lettres complètes d'Abélard et d'Héloïse, texte latin soigneusement revu, traduction nouvelle précédée d'une étude philosophique et littéraireChapitre 91 sur 98 · AD DOMINUM INNOCENTIUM II, PAPAM, PRO PETRO ABELARDO · texte numérisé non relu

AD DOMINUM INNOCENTIUM II, PAPAM, PRO PETRO ABELARDO

Summo pontifici et nostro epeciali patri, Domino papæ Innocentio frater Petrus humilis Cluniacensium abbas obedientiam el amorem,

Magister Petrus sapientiæ vestræ, ut credo, optime notus, nuper a Francia veniens, per Cluniacum transitum fecit; quæsivimus quo tenderet : gravatum se vexationibus quorumdam, qui sibi, quod valde abhorrebat, nomen hæretici

d'hérétique, il en avait appelé à la majesté Apostolique, et qu’il voulait chercher un refuge auprès d’elle. |

Nous avons loué son projet, et nous l’avons engagé à chercher asile auprès du grand et commun refuge ; nous lui avons dit que la justice Apostolique, qui n’avait jamais manqué même aux inconnus, aux étrangers, ne lui ferait pas défaut. Nous lui avons annoncé qu’il rencontrerait même la miséricorde, s’il y avait lieu.

Dans l'intervalle, arriva l’abbé de Citeaux, qui s’entretint avec nous et avec lui des moyens de rétablir la paix entre lui et le maître de Clairvaux, à cause duquel il en avait appelé. Nous avons donné nos soins à ce rétablissement de la paix; nous avons engagé maître Pierre à aller trouver, en compagnie de l'abbé de Citeaux, l'abbé de Clairvaux; nous l'avons engagé en outre, lui proposant comme modèle et lui-même et d'autres sages et bons exemples, à supprimer de son langage, à rayer de ses livres ce qu’il avait pu dire ou écrire de blessant pour des oreilles catholiques. Et ainsi a-t-il été fait. Il a été, il est revenu, et à son retour, il a annoncé que toutes les vieilles querelles avaient été étouffées, et la paix faite avec l'abbé de Clairvaux, par l’intermédiaire de l’abbé de Citeaux.

Alors, soit influence de nos conseils, soit plutôt inspiration

imponebant, majestatem Apostolicam se appellasse, et ad eam confugere velle respondit. Laudavimus propositum, et, ut ad notum et commune refugium confugeret,admonuimus: justitiam Apostolicam, quæ nulli unguam etiam estraneo vel peregrino defuit, sibi non defuturam diximus. Misericordiam ipsam, ubi ratio postularet, sibi occursuram promisimus. Venit interim dominus Cisterciensis abbas, et de pace ipsius et domini Clarævallensis, cujus causa appellaverat, nobiscum et cum ipso pariter egit. Dedimus et nos operam paci ejus : et, ut ad illum cum ipso iret, hortati snmus. Addidimus hoc monitis nostris, ut si qua catholicas anres offendentia aut scripsisset, aut dixisset : hortatu ejus et aliorom bonoru:n et sapieutum, et a verbis suis amoveret, et a libris abraderet, Et factum est ita. Ivit, rediit; cum domino Clarævallensi, mediante Gisterciensi, sopitis prioribus quærelis, se pacifice convenisse reversus retulit. Inte- .rim a uobis admonitus, magis autem a Deo, ut credimns, insuiratus, dimissis

de Dieu, il a déclaré que, renonçant au tumulte des cours et des études, il choisissait pour retraite définitive votre abbaye de Cluni. Dans la pensée que cet asile convenait à son âge, à sa santé, à sa piété, et dans l’idée que son savoir, qui ne vous est pas sans doute complétement inconnu, pouvait être utile à la grande multitude de nos frères, nous avons fait accueil à son désir, et si votre bonté y consentait, nous le recevrions avec plaisir et joie parmi nous, qui vous sommes, vous le savez, absolument dévoués.

Je vous demande donc, si humble que je sois, mais vous appartenant du moins de cœur, le couvent de Cluni qui vous est si étroitement attaché, vous demande, lui-même il vous demande pour lui, par nous, par vos fils porteurs des présentes, par ces lettres qu'il nous a prié de vous écrire, de le laisser achever dans l’abbaye de Cluni les derniers jours de sa vie et de sa vieillesse, qui, sans doute, ne seront pas bien nombreux. Que les instances de quelques ennemis ne puissent le faire chasser de l'asile, qu'humble passereau, du nid que, pauvre tourtereau, il se réjouit d’avoir trouvé, ou ne viennent l’y troubler; que le bouclier de la défense Apostolique le protége, lui aussi, comme vous protégez tous ceux qui le méritent.

scholarum et studioram tumultibus, in Cluniaco vestra sibi perpetuam mansionem elegit. Quod nos senectuti ejus, debilitati ejus, religioni ejus congruere putantes, et scientiam ejus vobis ex toto non incognitam magnæ fratrum nostrorum multitudivi proficere posse credentes, voluntati ejus assensimus : et, si sic benignitati vestræ benenlacitum esset, benigne et cam gaudio nobiscum, vestris,ut nostis, per omnia, remanere concessimus. Rogo igitur ego qualiscunque, tamen vester, rogat devotissimus vobis Cluniacensis conventus, rogat ipse per se, per nos, per præsentium latores filios vestros, per has, quas ut scriberem rogavit litteras, ut reliquos dies vitæ et senectutis suæ, qui fortasse non multi sunt, in Cluniaco vestra eum consummare jubeatis, et ne a domo, quam velut passer, ne a nido, quem velut turtur invenisse se gaudet, aliquorum instantia aut expelli, aut commoveri valeat, more quo omnes bonos colitis, et etiam istum dilexistis, scuto defensionis Apostolicæ protegatis.

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