EPISTOLA EJUSDEM PETRI ABBATIS CLUNIACENSIS
AD HELOISSAM PARACLITI ABBATISSAM
Venerabili et in Christo plurimum dilectæ sorori Heloissæ abbatissæ, frater Petrus humilis Cluniacensium abbas, salutem, quam promisit Deus diligenlibus se.
Acceptis litteris charitatis tuæ, quas mihi nuper per filium meum Theobaldum misisti, gavisus, et eas mittentis gratia amicabiliter amplerus sum. Voluni statim rescribere quod animo insederat: sed impedientibus importunis curarum éractionibus, quibus plerumque, imo pene semper, cedere compellor, non potui. Vix tamen a tnmultibus tandem interpolata die, quoû conceperam, at-
j'ai mis la maiu à ce que j'avais résolu. Je voulais au moins reconnaître par mon empressement l'affection que me témoignaient votre lettre, ainsi que les présents d'hospitalité que vous m’avez antérieurement adressés ; je voulais vous montrer quelle place j'avais réservée dans mon cœur à la tendresse que je vous porte en Jésus-Christ. Et ce n’est pas d'aujourd'hui que date mon affection ; elle remonte fort loin dans mes souvenirs.
Je n'avais pas franchi les bornes de l'adolescence, je n'étais pas entré dans les années de la jeunesse, quand votre nom parvint à mes oreilles; ce n'était pas encore votre profession religieuse, mais votre si honorable et si louable goût de l'étude que signalait la renommée. J’entendais dire alors qu'une femme, encore retenue dans les liens du siècle, se consacrait à l'étude des lettres, et, chose rare, de la sagesse; et que les plaisirs du monde, ses frivolités et ses désirs, ne pouvaient l’arracher à l’idée de s’instruire sérieusement. Quand le monde entier, pour ainsi dire, donne le spectacle de la plus déplorable apathie pour ces exercices, quand la sagesse ne sait plus cù poser son pied, je ne dirai pas chez le sexe féminin, d’où elle est
tentavi. Visum est ut affectui tuo erga me, quem et tunc ex litteris, et prius ex mihi missis xeniis cognoveram: saltem verborum vicem rependere festinarem, et quantum in corde meo locum tibi dilationis in Domino servarem, ostenderem. Revera enim non nunc primum diligere incipio, quam ex multo tempore me dilexisse reminiscor. Necdum plene metas adolescentiæ excesseram, necdnm in juveniles annos evaseram, quando nomen, non quidem adhuc religionis tuæ, sed honestorum tamen et laudabilium studiorum tuorum mihi fama innotuit. Audiebam tunc temporis mulierem, licet necdum sæculi nembus expeditam, litteratoriæ scientiæ, quod perrarum est, et studio licet secularis sapientiæ summam operam dare : nec mundi voluptatibus, nugis vel deliciis, ab hoc utili discendarum artium proposito retrahi posse. Quumque ab his exercitiis detestanda desidia totus pene torpeat mundus, et ubi sul sistere possit pes sapientiæ, nou dicam apud sexum femineum, a quo ex toto explosus est
“entièrement bannie, mais dans l’esprit même des hommes, vous, par le transport de votre zèle, vous vous: êtes élevée audessus de toutes les femmes, et il est peu d’hommes que vous n'ayez surpassés. |
Plus tard, quand, selon les paroles de l’Apôtre, il plut à celui qui vous avait mise à part dès le sein de votre mère de vous appeler à lui par sa grâce, vous avez dirigé vos études dans une voie meilleure; femme vraiment philosophe, vous avez laissé la logique pour l'Évangik, la physique pour l’Apôtre, Platon pour le Christ, l’Académie pour le cloître.
Vous avez enlevé les dépouilles de l'ennemi vaincu, et, traversant les déserts de ce pèlerinage avec les trésors de l'Égypte, vous avez élevé à Dieu dans votre cœur un précieux tabernacle. Pharaon englouti, vous avez chanté avec Marie le cantique de louanges ; et, comme elle autrefois, portant dans vos mains le tambour de la bienheureuse mortification, vous avez envoyé jusqu'aux oreilles même de la Divinité les harmonies d'une hymne nouvelle. Vous avez foulé dès les premiers pas, et avec la grâce du Tout-Puissant, vous écraserez tout à fait, en persévérant dans cette marche, la tête du
sed vix apud ipsos viriles animos invenire valeat : tu illo efferendo studio tuo et mulieres omnes evicisti, et pene viros universos superasti. Mox vero, juzta verba Apostoli, ut complacuit ei, qui te segregavit ex utero matris tuæ, vocare te per gratiam suam, longe in melius disciplinarum studia commutasti : et pro logica Evangelinm, pro physica Apostolum, pro Platone Christum, pro academia claustrum tota jam et vere philosophica mulier elegisti. Eripuisti victis spolia hostibus, et de thesauris Ægyptiacis per hujus peregrinationis desertum transiens, pretiosum in corde tuo tabernaculum Deo erexisti. Gantasti cum Maria, demerso Pharaone, canticum Jaudis; et beatæ mortificationis tympanam, ut olim illa, præ manibus gerens, novi modulaminis melos usque ad ipsas deitatis aures docta tympanistria transmisisti. Conculcasti jam incipiendo, quod per Omnipotentis gratiam bene perseverando conteres vetusti anguis, ac semper mulieribus iusidiantis caput : atque elides, ut nunquam ulterius contra te sibi-
AbLPENDICE (RE
serpent, l'antique et implacable ennemi de la femme; vous la briscrez si bien qu'il ne pourra plus désormais élever contre vous ses sifflements. Vous faites et vous ferez un monstre de ve superbe prince du monde; et celui que la parole divine appelle le roi des fils de l'orgueil, selon les paroles mêmes de Dieu au saint homme Job, vous le réduirez à gémir enchaîné à vous et aux servantes du Seigneur qui habitent avec vous.
« Miracle vraiment unique et qu'il faut élever au-dessus de toutes les œuvres les plus merveilleuses ! celui dont le prophète a dit que les cèdres ne portaient pas si haut leur tète dans le paradis de Dieu, et que la cime des pins n'égalait point, est vaincu par le sexe fragile; le plus terrible des archanges est ubaltu par une faible femme ! Ce combat que vous avez livré est pour le Créateur un grand sujet de gloire, et pour le tentateur un sujet de confusion profonde. Cette lutte rappelle, à sa honte, qu'il fut non-seulement insensé, mais singulièrement ridicule d’aspirer à élever son front jusqu'au niveau de la sublime Majesté, lui qui ne peut même pas triompher de la faiblesse d’une femme. Le front de la victorieuse, en récompense d'une telle victoire, reçoit du Roi des cieux une couronne de pierreries; ainsi, plus elle était faible par la chair dans le com-
lare audeat. Ostentui facis et facies superbum principem mundi: et illum, qui divina voce vocatur rex filiorum superbiæ, et juita ipsius Dei ad beatum Job verba, tihi ac tecum cohabitantibus ancillis Dei alligatum ingemiscere coges. Et vere singulare miraculum, ac super omnia miranda opera extollendum, eum, quo, juxta prophetam, cedri non fuerunt altiores in paradiso Dei, et cujus summitatem frondium abietes non adæquarunt, a fragili sexu vinci : et fortissimnum archangelum a muliere iufirmissima superari. Gignitur tali *duello maxima gloria condito:i : infertur 8 Converso summa ignominia deceptori. Exprobratur ei hoc certamine, non solum steltum, sed et super omnia ridiculum fuisse, illum aspirasse ad æqualitatem sublimissimæ majsstatis, qui nec breve Inctamen ferre prævalet feminæ debilitatis. Sustinet caput cujuslibet victricis illius, merito talis victoriæ, gemmeam a rege cœlorum coronam; ut quanto, iu transacta pugna carne infirmior, tanto in remuneratione sempiterna
bat qu’elle a livré, plus elle apparaîtra glorieuse dans la récompense éternelle.
Ceci, ma très-chère sœur en Notre-Seigneur, je ne le'‘dis point pour vous flatter, mais comme exhortation à envisager l’éminence du bien que vous poursuivez depuis longtemps, pour le conserver avec sagesse et zèle; en sorle que vos exemples et vos paroles enflamment, suivant la grâce que Dieu vous a départie, le cœur des saintes qui servent avec vous le Seigneur, et qu'elles soutiennent Ja lutte avec le même zèle. Vous êtes, bien que femme, un des animaux de Ja vision du prophète Ézéchiel ; vous ne devez pas seulement brûler comme un charbon ; mais, comme une lampe, vous devez à la fois brûler et éclairer. Vous êtes disciple de la vérité; mais pour le rôle dont la charge vous est confiée, vous êtes en même temps maîtresse
d’humilité. L'enseignement de l'humilité et de toutes les célestes pratiques vous est imposé par Dieu. Aussi devezvous veiller non-seulement sur vous-même, mais sur le troupeau qui vous est confié; et, responsable de la communauté, vous recevrez une récompense supérieure à la communauté.
Oui, une palme vous est réservée entre toutes; vous ne
l'ignorez pas, toutes celles qui, sous votre direction, auront
dppareat gloriosior. Hæc, charissima in Domino soror, vere non adulando, sed exhortando dico, ut magnum, in quo aliquamdiu perstitisti, bonum attendens, ad caute illud cunservandum animosior reddaris: ut sanctas illas, quæ tecum Domino serviunt, secundum gratiam a Deo tibi collatam, nt in eodem sollicite agone contendant, verbis pariter et exemplis accendas. Es enim unum de animalibus illis, quæ Ezechiel propheta vidit, licet sis mulier: quæ non tantum ut carbo ardere, sed ut lampas ardere debes pariter et lucere. Es quidem discipula veritatis, sed es etiam ipso officio, quantum ad tibi commissas pertinet, magistra humilitatis. Humilitatis plane, et totius cœlestis disciplinæ, tibi a Deo magisterium impositum est : unde non solum tui, sed et commissi gregis curam haber:, ct pro universis, majorem universis debes mercedem recipere.
Manet tibi certe palma pro omuibus : quia, ut optime niosti, quotquot ducatu
vaincu le monde et le prince du monde, vous prépareront autant de triomphes, autant de glorieux trophées auprès du Roi et du Juge éternel.
Au surplus, il n'est pas sans exemple dans l’humanité que des femmes aient commandé à des femmes; quelquefois même on les a vues prendre les armes et accompagner les hommes sur les champs de bataille. Et, s’il est vrai, comme on le dit, que nous pouvons recevoir des lecons même d'un ennemi, ne voyons-nous pas que, cnez les Gentils, la reine des Amazones, Penthésilée, au rapport de l’histoire, combattit plusieurs fois, pendant la guerre de Troie, avec son armée, non d'hommes, mais de femmes; et que, même chez le peuple de Dieu, la prophétesse Débora anima, dit-on, Barach, juge d'Israël, contre les idolàtres? Pourquoi donc les femmes qui marchent aux combats de la vertu contre le fort revêtu de ses armes ne pourraient-elles conduire les armées du Seigneur, quand Penthésilée, bravant ce qu'on appelait les convenances, ne craignit pas de combattre les ennemis de son propre bras, quand notre grande Débora souleva, arma, enflamma les hommes euxmêmes peur la guerre de Dieu, et, le roi Jabin vaincu, Sisara
tuo mundum mundique principem vicerint, tot tibi triumphos, tot glorlosa trophæa apud æternum regem eb judicem præparabunt. Sed nec omnino apud mortales insolitum est feminas feminis principari, nec ex toto inusitatum etiam præliari ; ipsos insuper viros ad prælia comitari. Nam si verum est quod dicitur ° + + à: + Faë est et ab hoste doceri,
etapud gentiles Amazonum reginäà Penthesilæa cum suis Amazonibus, non viris, sed mulieribus, Trojani belli tempore, sæpe pugnasse scribitur : et in populo etiam Dei, prophetissa Debora Barach jüdicem Israel contra Ethnicos animasse legitur. Cur ergo non liceat feminas virtutis contra fortem armatum ad prælia procedentes, ductrices fieri exetcitus Domini, quum et illa, quod quidem indecens videbatur, manu tamen propria contra hostes pugnaverit, et bhæc nostra Debora viros ipsos ad bella divina commoverit, armaverit, accenderit ; victo dehinc Jabin rege, occiso Sisara duce, deleto profano exercitu, cecinit
son général tué, l'armée profane détruite, entonna un cantique et le consacra pieusement aux louanges du Seigneur? Bien plus glorieuse sera la victoire que vous remporterez par la grâce de Dieu, vous et vos filles, sur des ennemis bien plus redoutables ; bien plus glorieux aussi sera le chant que vous entonnerez, et si joyeuse vous le chanterez, que jamais plus la joie ni le cantique ne cesseront de retentir dans votre cœur. Vous serez pour les servantes de Dieu, c’est-à-dire pour l’armée céleste, ce que Débora fut pour le peuple juif. Et ce combat, dont le profit est si grand, ni temps ni événement ne viendra l'interrompre: la victoire seule y mettra un terme.
Le nom de Débora, votre savoir ne l’ignore pas, signifie en langue hébraïque abeille ; vous serez encore en cela une Débora, c’est-à-dire une abeille, En effet, vous composerez un trésor de * miel, mais non pour un seul : tous les sucs que vous aurez recucillis çà et là de diverses fleurs, vous les verserez tout entiers par votre exemple, par vos paroles, par tous les moyens possibles, dans le cœur des femmes de votre maison ou d’autres femmes. Pendant le court espace de cette vie mortelle, vous vous rassasierez vous-même de la secrète douceur des saintes Écritures, et votre libre prédication en rassasiera vos sœurs bienheureuses
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Statim canticum illa, illudque Dei laudibus devota dicavit. Erit, Dei gratia hoc faciente, post datam tibi tuisque de longe fortioribus hostibus victoriam, longe tuum gloriosius canticum, quod sic læta cantabis, ut nunquam postea lætari, nunquam cantare desistas. Interim gris ancillis Dei, hoc est cœlesti exercitui, quod illa suo judaico populo Debora : nec a tam lucroso certamine, aliquo tempore, quolibet casu, nisi vincendo cessabis. Et quia hoc nomen Debora, ut tua novit eruditio, lingua Hebraica apem designat ; eris etiam in hoc et tu Debora, id est apis. Mellificabis enim tu, sed non soli tibi, quia quicquid boni per diversos et a diversis collegisti, exemplo, verbo, modisque quibus poteris, domesticis sororibus seu quibuslibet aliis, totam refundes. Satiabis hoc exiguo viltæ mortalis tempore et te ipsam sacrarum litterarum secreta dulcedine, et beaias sorures aperta prædicatione, quousque, juxta vocem
jusqu’au jour où, suivant la parole du prophète, les montagnes distilleront l'éternelle douceur, où des collines couleront des ruisseaux de lait et de miel. En effet, bien que cela soit dit du temps de la grâce, rien n'empêche et il est plus doux de l’entendre du temps de la gloire.
Il serait doux aussi pour moi de prolonger avec vous un semblable entretien, tant je suis charmé par votre érudition ; tant surtout l'éloge que bien des personnes m'ont fait de votre piété m'attire ! Plût à Dieu que notre abbaye de Cluni vous eût possédée ! Plût à Dieu que cette délicieuse maison de Marcieny vous eût renfermée avec les autres servantes du Christ qui attendaient dans cette captivité la liberté céleste ! J'aurais préféré les richesses de la religion et de la science aux trésors des rois les plus opulents, et j'aurais vu avec ravissement le magnifique collége de ces saintes sœurs recevoir de votre présence un redoublement d'éclat. Vous auriez vous-même tiré quelque avan: tage de cet entourage, en considérant la plus haute noblesse du monde et l’orgueil foulés aux pieds. Vous auriez vu toutes les délices du siècle échangées contre un dénûment inouï, et les vases impurs du démon devenus tout à coup des temples sans tache de l'Esprit saint. Vous auriez vu ces jeunes filles du Sei-
prophet'cam, in illa, quæ promittitur, die, dislillent montes æternam dulcedinem, et colles fluant lac et mel. Hoc enim licet de tempore gratiæ dicatur, nil obstat, imo et dulcins est, ut de tempore gloriæ accipiatur. Dulce mihi esset diu tecum de hujusmodi protrahere sermonem, quia et famosa eruditione tua delector, et prædicata mihi a multis religione tua longe magis allicior. Utinam te Cluniacus nostra habuisset ! Utinam te jucundus Marciniaci career cum cæteris Ghristi ancillis libertatem inde cœlestem exspectantibus inclusisset! Prætulissem opes religionis ac scientiæ maximis quorumlibet regum thesauris, et illarum sororum illud præclarum collegium cohabitatione tua clarius rutilare gauderem. Retulisses et ipsa ab ipsis non modicum quæstum, et summam mundi nobilitatem ac snperbiam pedibus substratam mirareris. Cerneres omnigenos sæculi luxus miranda parcitate mutatos, et sordida quondam vasa diaboli in mundissima Spiritus sancti templa conversa. Videres
| gneur, dérobées à Satan ou au monde comme par un larcin, élever sur les fondements de l'innocence les saintes murailles des vertus, et conduire jusqu'aux voûtes mêmes du ciel le faîte de leur bienheureux édifice. Vous auriez tressailli de joie, en contemplant ces jeunes filles dans Ja fleur de leur angélique virginité, réunies aux plus chastes des veuves, soutenant avec elles la gloire de cette heureuse et glorieuse résurrection, et sous l’étroite enceinte de la prison déjà corporellement ensevelies dans le sépulcre de l’immortelle espérance. Il est vrai que toutes ces grâces, et de plus grandes sans doute, vous sont départies par, le ciel, à vous et à vos compagnes, et il serait difficile assurément de rien ajouter à votre zèle pour toutes les perfections chrétiennes : mais notre communauté se fût assurément enrichie par l'accession des grâces précieuses que vous possédez. Toutefois, si la Providence divine, dispensatrice de toutes choses, nous a refusé les avantages de votre propre présence, elle nous a du moins accordé celle de l'homme qui vous appartient, du grand homme qu'il ne faut pas craindre d'appeler avec respect le serviteur et le vérilable philosophe du Christ, : de maître Pierre. La même Providence divine a bien voulu nous l'envoyer à Cluni dans les dernières années de sa vie; et nous
puellas Dei, Satanæ vel mundo velut furto subtractas, super innocentiæ fundamentum altos virtutum erigere parietes : et usque ad ipsa cœæli fastigia felicis fabricæ cacumen prodncere. Lætarcris angelica virginitate florentes castissimis viduis junctas, et universas pariter beatæ illius et magnæ resurrectionis glorian sustinentes, infra arcta septa domorum etiam corporaliter beatæ spei velut sepulero jam conditas. Quæ licet omnia, et fortassis majora, cum tibi datis a Deo collegis habeas, licet forte nihil ad sacrarum rerum studium pertinens tibi addi possit : angeretur tamen augmento gratiarum tuarum non parvis, ut arbitror, commodis respublica nostra. Sed quamvis a dispensatrice omnium rerum providentia Dei hoc nobis de te negatum sit, concessum tamen est de illo tuo, de illo, inquam, sæpe ac semper cenm honore nominando servo ac vere Ghristi philosopho magistro Petro : quemin ultimis vitæ suæ annis
pouvons dire qu’elle nous a fait, en sa personne, un don plus précieux que l'or et les perles.
Sur la vie édifiante, pleine d'humilitéetde dévotion qu'ila menée parmi nous, il n’est à Cluni personne qui ne puisse rendre témoignage, et on ne saurait la dépeindre en peu de mots. Je ne crois pas avoir jamais vu son pareil pour l'humilité dans la démarche et la tenue; à ce point qu'aux yeux les plus attentifs saint Germain n'aurait pu paraître plus négligé, ni saint Martin luimême plus pauvre. Dans ce grand troupeau de nos frères, où Je l'invitais à prendre la première place, il semblait toujours, par la misère de son vêtement, occuper la dernière. Je in'étonnais souvent, je ne revenais point de voir dans les proces-ions, lorsqu'il marchait devant moi avec les autres frères suivant l'ordre cérémonial, de voir, dis-je, un homme d'un nom si grand et si fameux s'humilier et s’abaisser à ce point. Il est des professeurs de religion qui, même dans l’häâbit qu'ils portent, recherchent l'éclat du luxe; pour lui, modeste dans son costume, il se contentait de la robe la plus simple, et ne cherchait rien au delà du nécessaire. Ainsi faisait-il pour le manger, pour le boire, pour tous les soins du corps; tout ce qui est superflu, tout ce qui n'est
eadem divina dispositio Cluniacum transmisit : et eam in ipso et de ipso super omue aurum ettopazion munere cariore ditavit. Cujus sanctæ, hnmili ac devotæ inter nos conversationi, quod quantumve Gluniacus testimonium ferat, brevis sermo non explicat. Nisi enim fallor, non recolo vidisse me illi in humilitatis habitu et gestu similem : in tantum ut nec Germanus abjectior, nec ipse Martinns bene discernenti pauperior appareret. Qunmque in magno illo fratrum nostrorum grege, me compellente, gradnm superiorem teneret, ultimus omnium vestitu incultissimo videbatur, Mirabar sæpe, et in processionibus eo me cum reliquis pro more prætedente, pene stupeban, tanti tamque famosi nominis hominem sic seipsum contemnere, sic se abjicere posse. Et quia sunt quidam religionis professores, qui ipsum quem gerunt habitum religiosum nimis esse cupiunt sumptnosnm, erat ille prorsus poreus in istis, et cujuscumque generis simplici veste contentus, nil ultra quærebat. Hoc et in cibo, hoc et in potu, hoc et in omni cura corporis sui servabat ; et non dico superilua, sed et cuncta
pas absolument indispensable, il le condamnait par sa parole e par son exemple, pour lui-même comme pour les autres. Sa lecture était incessante, sa prière assidue, son silence persistant, à moins de questions familières de la part des frères ou de conférences générales sur les choses divines qui le forçassent de parler. Il s'approchait des sacrements, offrant à Dieu le sacrifice de l’Agneau immortel, aussi souvent qu’il le pouvait, que dis-je ? presque sans interruption, depuis que, par ma lettre et mon entremise, il était rentré en grâce auprès du saint-siége, Qu'ajouterai-je de plus? son esprit, sa bouche, ses actes, étaient voués incessamment à la méditation, à l’enseignement, à la manifestation des choses divines, philosophiques et savantes.
Ainsi vécut parmi nous cet homme simple et droit, craignant Dieu et se détournant du mal; ainsi vécut-il, dis-je, consacrant à Dieu les derniers jours de son existence. Comme il était, plus que de coutume, tourmenuté par la psore et par d’autres incommodités, je l’envoyai à Cllons prendre quelque repos. J'avais songé à lui assurer une retraite dans cette ville, sur les bords de la Saône, à cause de la salubrité du climat qui en fait presque la plus belle partie de notre Bourgogne. Là, revenant à ses an-
nisi valde necessaria, tam in se quam in omnibus verbo pariter et vita damnabat. Lectio erat ei continua, oratio frequens, silentium juge, nisi aut fratrum familiaris collatio, aut ad ipsos in conventu de divinis publicus sermo eum loqui urgehant. Sacramenta cœlestia, immortalis Agni sacrificium Deo offerendo, prout poterat, frequentabat, imo postquam litteris et labore meo apostolicæ gratiæ redditus est, rene continuabat. Et quid multa? mens ejus, lingua ejus, opus ejus, semper divina, semper philosophica, semper eruditofa meditabatur, docebat, fatebatnr. Tali nobiscum vir simplex et rectus, timens Deum et recedeus a malo, tali, iuquam, per aliquantum temporis conversatione ultimes vitæ suæ dies consecrans Deu, pausandi gratia (nam plus solito scabie et quibnsdam corporis incominoditatibus gravabatur) a me Gabillonem missus est. Nam propter illins soli amœnitatem, qua cunctis pene Burgundiæ nostræ partibns præminet, locum ei, habilem prope urbem quidem, sed tamen Arari interfluente, provideram. Ibi juxta quod incommoditas per-
cicnnes études, autant que sa santé pouvait le permettre, il était toujours penché sur ses livres; et, sermblable à Grégoire le Grand, il ne pouvait laisser passer un instant sans prier, lire, écrire ou dicter. C’est dans l'exercice de ces divines occupations que le trouva le Visiteur annoncé par l'Évangile ; il le trouva non pas endormi, comme bien d’autres, mais en éveil. Oui, il le trouva véritablement en éveil et se préparant aux noces de l'éternité, no pas comme une vierge folle, mais comme une vierge sage; car il apportait avec lui sa lampe pleine d’huile, c'est-à-dire une conscience remplie du témoignage d’une sainte vie. Lorsqu'il fallut payer la dette commune de l'humanité, le mal qui le saisit empira promptement et le réduisit bientôt à l'extrémité. Dans quelles dispositions pieuses, saintes, catholiques, il confessa d’abord la foi au sein de laquelle 1] mourait, puis ses péchés; avec quel élan de cœur il reçut le viatique du suprême voyage, le gage de la vie éternelle, c’est-à-dire le corps du divin Rédempteur; avec quelle ferveur il lui recommanda son âme et son corps en ce monde et dans l'éternité, tous les frères en furent témoins, ainsi que la communauté entière du couvent où repose le corps de saint Marcel, martyr.
mittebat, antiqua sua revocans studia, libris semper incumbebat: nec, sicut de magno Gregorio legitur, momentum aliquod præterire sinebat, quin semper aut oraret, aut legeret, aut scriberet, ant dictaret, In his sacrorum operum exercitiis eum adventus illinus evangelici Visitatoris reperit, nec eum, nt multos, dormientem, sed vigilantem invenit. Invenit eum vere vigilantem, et ad æternitatis nuptias, non ut fatuam, sed ut sapientem virginem evocavit. Attulit enim ille secum lampadem plenam oleo, hoc est conscientiam refeitam sanctæ vitæ testimonio. Nam ad solvendum commune mortalium debitim morbo correptus eoque ingravescente in brevi ad extrema perductus est. Tune vero q'am sancte, quam devote, quam catholice primo fidei, dehine peccatorum confessionem fecerit, quanto inhiantis cordis affectu viaticum peregrinationis ac vitæ æternæ pigvus, corpus scilicet Redemptoris Domini acceperit, quam fideliter corpus suum et animam hic et in æternum ipsi commendaverit, testes sunt religiosi fratres et totius illius monasterii, in quo corpus sancti
Tel fut le couronnement de la vie de maître Pierre. Celui qui était connu et célèbre dans le monde entier par l'éclat incomparable de sun enseignement rentra à l'école de celui qui a dit : « apprenez de moi que je suis humble et doux de cœur; » et persévérant dans la douceur et l'humilité, c’est ainsi qu'il alla, nous devons le croire, rejoindre son divin maître.
Donc, vénérable et très-chère sœur en Notre-Seigneur, celui auquel vous avez été unie par le lien de la chair, ensuite par le lien plus solide et plus fort de l'amour divin; celui avec lequel et sous lequel vous vous êtes consacrée au service de Dieu ; celui-là, dis-je, Dieu le réchauffe äujourd’hui dans son sein à votre place, ou plutôt comme un autre vous-même ; et au jour de la venue du Seigneur, à [a voix de l’archange, au son de la trompette annonçant le souverain juge descèndant
des cieux, il vous le rendra par sa grâce : il vous le réserve. © Ainsi souvenez-vous de lui en Notre-Seigneur, oui, souvenezvous de lui, s’il plaît à votre cœur, et recommandez avec sollicitude aux prières des saintes sœurs qui servent avec vous le Seigneur les frères de notre congrégation et les sœurs qui, par toute la terre, servent, selon leur pouvoir, le même Dieu que vous. Adieu.
martyris Marcelli jacet, conventus. Hoc magister Petrus fine dies suos consummavit; et qui singulari scientiæ magisterio toti pene orbi terrarum notns, et ubique famosus erat, in illius discipulatu qui dixit : « discite a me quia mitis sum et hamilis corde,» mitis et humilis perseverans, ad ipsum, ut dignum est credere, sic transivit. Hunc ergo, venerabilis et carissima in Domino soror, cui post carnalem copulam tanto validiore quanto meliore divinæ caritatis vinculo adhæsisti, cum quo et sub quo diu Domino deservisti : hunc, inquam, loco tui, vel ut te alteramn in gremio suo confovet, et in adventu Domini, in voce archangeli, et in tuba Dei descendentis de cælo, tibi per ipsius gratiam restituendum reservat. Esto erzo in Domino memor ipsius, esto etiam, si placet, et sanctis sororibus tecum Domino famulantibus fratres congregationis nostræ ac sorores, qui ubique terrarum pro posse suo eidem, eui et tu, Domino famulantur, sollicite commenda,. Vale.