‹ Lettres d'Abailard et d'HéloiseChapitre 42 sur 45 · TESTIMOMA VETERUM · texte numérisé non relu

TESTIMOMA VETERUM

honneur avccques luy , toutesfois je me fais presque accroire que ce ne fut point tant par une passion desreiglée , que pour les bonnes et signalées parties d'esprit qui estoient en Abelard. Et qui me fait entrer en ce jugement , c'est quand elle quitta son espoux pour espouser une autre vie , aux yeux de toute la France , auparavant 1 infortune de luy. J'ai veu une lettre qu'elle luy escrivit en latin, après qu'il se fust fait moine , c'est-à-dire lorsqu'elle se voyoit du tout forbannie de l'espérance de leurs attouchements mutuels , et néantmoins vous la verrez autant passionnée comme au plus chaud de leurs amours. Le dessus de la lettre est tel : Domino suo, imo patri , etc. Là elle dit avoir leu tout au long la lettre par luy escrite à un sien amy , dans laquelle il faisoit un ample discours de toute sa vie et de ses malheurs. Pour à quoy respondre , elle proteste que tout ce qu'elle avoit fait avecques luy n'estoit pour contenter sa volonté , ou volupté , ains celle seulement d' Abelard : et que , combien que le nom d'espouse fust sans comparaison plus digne , toutesfois , pour ne faire bresche à la dignité de luy : dulcius mihi fuit amicœ vocahuhun, etc. : afin que plus je m'humiliois devant toy , plus je te fusse agréable. Et finalement elle adjouste que quand l'empereur Auguste reviendroit au monde pour la vouloir espouser, elle aimeroit mieux estre réputée la garce de ce grand Abelard , qu'impératrice de ce grand univers , et conclud en ces mots, qui me semblent très beaux : Non rei effecluSy sed efficienlis affectus in crimine est : nec quœ fninl, sed quo animo fîunt, œquilas pensât.

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V()ilj\ une n'sohilioii d'amour panulovr. (iar lorsrjircllo osrrivit iTllc K'Un; , 1rs moiiastùri'S où l un ri I autre «'cstoicnl voiicz, t-i riiiforluiH* d' Mx'lanl cof^iiur' h tous, li ^aranlissoii-iit «l»- loul<opiniou (I'iin|)U(li(iti'* ; toutcsfois, passant juir-dcssus toutes les hypocrisies (jue les lennues ont accousluiné d'apporter en telles affaires , elle reroj^noisl franchement n'avoir autre idée en sov <|ue celle qui despendoit de celuy (|u'elle avoit tant aimé et honoré.

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HISTOIRE DE BRETAGNK , I IV. I, CIIAI>. M

XVl« 81LCLK.

Quant au\ lettres et cognoissance des disciplines et sciences, il ne se peut dire un plus lettré homme , ny plus versé es disciplines, qu'estoit Pierre Abaelard, natif du bourg de Pallais , au diocèse de Nantes, yssu de noble maison , vivant au temps du roy Louys dit le Jeune, fds de Louys le Gros, en l'an 1144, du temps de Conan le Gros, lequel fut si bien institué en toutes lettres , qu'on l'appela Universel , comme ayant compris tous les arts : il est vrai que la grande confiance de son esprit , et l'entière cognoissance et pratique qu'il eut de la dialectique pour toutes démonstrations, le rendit si admirable , et luy engendra aussi une telle asseurance de parler, qu'il tomba trop hardiment en erreurs

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absurdes, pour vouloir sousmeltre à la raison de la démonstration humaine ce qui est de foy et de croyance, et n'est subject ny compréhensible à la ratiocination de l'homme, pour advisé et bon juge qu'il soit; il le faut atteindre par la foy. Il se mesla d'entrer si avant aux hauts secrets , qu'il y perdit le fonds , 'et pour occasion de ce furent faictes contre sa doctrine assemblées et conciles de l'Église, et rencontra cest homme en teste, sainct Bernard, abbé de Clervaux , depuis canonizé entre les saincts hommes de grande doctrine et saincteté de vie, et An sel me, Geoffroy d'Auxerre, et Pierre Maurice, abbé de Clugny, tous hommes de religion et de grand nom en la théologie , lesquels contredirent vivement le dit Abaelard et sa doctrine, tellement qu'ils le contraignirent d'abjurer en plusieurs points , et outre plus bruslèrent ses livres, ayant usé d'une caution , qui fut de ne l'ouyr jamais parler de vive voix, teste à teste en dispute, ny en public, comme bien dit Othon de Frisingen , faisant en cela fort advisement , car quelque bon corps qu'ils eussent tous , le dit Abaelard estoit si exercé et presl de sa démonstration dialectique , que depuis qu'on venoit à la dispute , il envelopoit son homme en ses syllogismes et colections , si bien que de pas en autre d'une assumption une fois confessée, il lioit son contredisant , tellement qu'il ne pouvoit eschapper. C'est pourquoy il fallut qu'ils le condemnassent sur les livres et par examen de ses propositions, sans l'écouter de bouche à les défendre, pour ce qu'en disputation contre les hérétiques on n'y profile jamais guère , car c'est sans cesse qu'on réplique.

Ti:s riMHM A vr.TKin m. sidi

Jriiii K«>/('liii, on Itjiucrliii, (lu nii'Hiin* pays, en l'un 11. 'M), pn*- ( ('pleur (lu >umIiI Ahnrhul , lui ;iusm un Irrs firaml |ilnli)sopbc, fl (|ui Inu ntlriliuc I iiivcntiou de l<i nnuM-llr iuiMimt)* de disputer i\vs matières plMlus(»plii(|ues puisées de la d(M (riiM* dAristoto, qui l'éduisoit (ouïes inalieros <mi (|ues(ions disputaldes et ar^umeiitii- (ions d(Uil elle a esté dicte ({uesli(»nuaire, et iaipielle u esté tronvéc siaj;réal)le, (|ue les théologiens, lé;;istes, médecins cl ;:rammaricns, I uni receiio. Olhon dv. I'risiuj;en dit <juo llozelin fui le premier qui inventa la science des ctuahles ot ^ïoïw.'J qii'on di<'t tctiiips en la lof;i(|ue, autres disent , (pic ce fut le dit Al)aeliir(l qui l'accommoda à la lhéoIoj;ie. Tant y a , (pie de là s'enj^endrèrent deux sortes de factions entre les pliilosoplies , lesquell(\s ont duré par les univcrsitez de 1 Europe l'espace de trois cents ans , les uns se disant Réaux , qui eurent pour leurs défenseurs Albert le Grand , sainct Thomas d'Aquin, Jean Duns dit Scotus. Quant aux Nominaux , ils furent introduicts par Guillaume Ockam xXnglois.

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