I . Daniel, chap. v
vois que vous savez le secret de cet étrange animal : je n'ai pas à me reprocher de vous l'avoir révélé. Je vais le conduire loin de cette terre impure, vers le lac Sirbon, loin des cruautés du roi de Tanis ; mon poisson et mon serpent me défendront : je ne crains personne quand je sers mon maître. »
Le sage Mambrès repartit ainsi : « Ma bonne, la volonté de Dieu soit faite ! Pourvu que je retrouve notre taureau blanc, il ne m'importe ni du lac de Sirbon, ni du lac de Mœris, ni du lac de Sodome; je ne veux que lui faire du bien et à vous aussi; mais pourquoi m'avez-vous parlé ■de Daniel, d'Ezéchiel et de Jérémie? — Ah ! Seigneur, reprit la vieille, vous savez aussi bien que moi l'intérêt qu'ils ont eu dans cette grande affaire; mais je n'ai point de temps à perdre : je ne veux point être pendue, je ne veux point que mon taureau soit brûlé, ou noyé, ou mangé : je m'en vais auprès du lac de Sirbon par Canope, avec mon serpent et mon poisson. Adieu. »
Le taureau la suivit tout pensif, après avoir témoigné au bienfesant Mambrès la reconnaissance qu'il lui devait.
Le sage Mambrès était dans une cruelle inquiétude : il voyait bien qu'Amasis, roi de Tanis, désespéré de la folle passion de sa fille pour cet
animal, et la croyant ensorcelée, ferait poursuivre partout le malheureux taureau, et qu'il serait infailliblement brûlé en qualité de sorcier dans la place publique de Tanis, ou livré au poisson de Jonas, ou rôti, ou servi sur table: il voulait, à quelque prix que ce fût, épargner ce désagrément à la princesse.
Il écrivit une lettre au grand prêtre de Memphis, son ami, en caractères sacrés, sur du papier d'Egypte qui n'était pas encore en usage. Voici les propres mots de sa lettre :
« Lumière du monde, lieutenant d'Isis, d'O- « siris et d'Horus, chef des circoncis, vous dont « l'autel est élevé, comme de raison, au-dessus « de tous les trônes, j'apprends que votre dieu « le bœuf Apis est mort: j'en ai un autre à votre « service; venez vite avec vos prêtres le recon- « naître, l'adorer et le conduire dans l'écurie de « votre temple. Qu'Isis, Osiris et Horus vous a aient en leur sainte et digne garde! et vous, « messieurs les prêtres de Memphis, en leur « sainte garde !
« Votre affectionné ami,