CHAPITRE VIII
Comment le serpent fit des contes à la princesse pour la consoler.
EPENDANT le Serpent contait des histoires à la belle Amaside pour calmer sesdouleurs; il lui disait comment \ il avait guéri autrefois tout un peuple de la morsure de certains petits serpens en se montrant seulement au bout d'un bâton; il lui apprenait les conquêtes d'un héros qui fit un si beau contraste avec Amphion , architecte de Thèbes en Béotie. Cet Amphion fesait venir les pierres de taille au son du violon ; un rigodon et un menuet lui suffisaient pour bâtir une ville : mais l'autre les détruisait au son du cornet à bou-
LE TAUREAU BLANC l3<)
quin; il fît pendre trente et un rois très-puissans dans un canton de quatre lieues de long et de large ; il fit pleuvoir de grosses pierres du haut du ciel sur un bataillon d'ennemis fuyant devant lui, et, les ayant ainsi exterminés, il arrêta le soleil et la lune en plein midi, pour les exterminer encore entre Gabaon et Aïalon, sur le chemin de Bethoron, à l'exemple de Bacchus, qui avait arrêté le soleil et la lune dans son voyage aux Indes.
La prudence que tout serpent doit avoir ne lui permit pas de parler à la belle Amaside du puissant bâtard Jephté, qui coupa le cou à sa fille parce qu'il avait gagné une bataille : il aurait jeté trop de terreur dans le cœur de la belle princesse; mais il lui conta les aventures du grand Samson, qui tuait mille Philistins avec une mâchoire d'âne, qui attachait ensemble trois cents renards par la queue, et qui tomba dans les filets d'une fille moins belle, moins tendre et moins fidèle que la charmante Amaside.
Il lui raconta les amours malheureux de Sichem et de l'agréable Dina, âgée de six ans, et les amours plus fortunés de Booz et de Ruth, ceux de Juda avec sa bru Thamar, ceux de Loth avec ses deux filles, qui ne voulaient pas que le monde finît, ceux d'Abraham et de Jacob avec leurs
ervantes, ceux de Ruben avec sa mère, ceux de David et de Bethsabée, ceux du grand roi Salomon, enfin tout ce qui pouvait dissiper la douleur d'une belle princesse.