Du7nêine à M. J.-B. Coyels, à Anvers
[Ibid., T' V\(>V, p. 32.)
Paris, le 14 octobre 1789.
Vous avez dû, mon cher oncle, recevoir le détail exact de tout ce qui s'est passé ici par le courrier du 9, au moins je l'espère. Depuis ce temps, tout est assez calme dans Paris. Le Roy y habite aux Tuileries avec sa famille. Il y est gardé par la mihce nationale, et il vient même de congédier tous ses Gardes du corps, dont plusieurs ont été les victimes malheureuses de cette révolution. Les députés viennent de se décider à suivre le Roy, au moyen de quoi l'Assemblée nationale va se continuer dans Paris, dans les salles de l'Archevêché ; ensuite elle ira au Manège. Un plaisant a dit à cette occasion qu'en ce cas, si les députés alloient au Manège, les écuyers seroient au Palais-Royal, ce qui a rapport aux attroupemens du peuple dans ce jardin. Tant il y a, que généralement on désire les voir achever leur besogne et qu'ensuite ils partent. Ils ont tout culbuté. Peut-être cela produira-t-il un bien ? Je veux le croire ; mais, avant que le bien s'opère, combien de maux n'aurons-nous pas à éprouver ! Quand on a une maison à restaurer, c'est une grande erreur de prendre des architectes qui Unissent toujours par renverser jusqu'aux fondemens...
Les affaires sont toujours à peu près de même : peu d'ar-
gent, peu de confiance. On espère cependant et on compte même toujours sur le payement exact de la totalité des emprunts, dettes, etc..
J'ai l'honneur d'être...