Noiziel 'Seine-et-.Marce
D. J'ignore le dénoùment de ce drame ialime et la date de la raort d'Antoinette-EIéonorc de Quélen.
convaincu d'être entaché d'un rhumatisme comme le comte de Mirabeau d'avoir transigé, il y a quelques années, sur un décret de prise de corps rendu par le bailliage de Pontarlier, ce qui ne la pas empêché d'être élu député pour le Tiers Etat à celui de Marseille ^ Nous avons lu une très plate et basse lettre h lui écrite par M. le comte Riquet de Caraman- qui commandoit en Provence et la plus insolente et inconcevable réponse qui lui a été faite par Mirabeau ^. Au reste, comme on ne met point de barrière au torrent des plus effroyables écrits qu'invente la malice des hommes, nous en sommes inondés, et il est à craindre que la lecture n'achève de pervertir le petit nombre de fidèles qui craignent de s'égarer, mais qui peuvent être séduits par les pièges qu'on ne cesse de leur tendre.
Nous venons d'éprouver que l'Évangile est en mauvaises mains dans celles de la plupart des curés du royaume, qui se sont bien mal comportés envers leurs évêques, notamment l'évêque de Belley qu'ils ont voulu incendier*. On peut dire que presque partout ils ont commis des indignités. On répand ici que ceux de Quimper, de Léon, et de Tréguier ont déclaré que n'étant immiscés que dans l'administration des sacremens, qu'ils ne vouloientpas être députés aux Etats généraux, à moins qu'ils ne soient requis pour leur administrer la confirmation ou autres sacremens suivant le besoin de chacun d'eux. J'ai ouï dire aussi que le Tiers Etat de Morlaix, après s'être débattu et presque battu, s'étoit séparé sans rien conclure. Ce n'est pas reconnoître les bienfaits ministériels qui tendent à faire concourir au grand œuvre tous les individus du royaume, depuis le savetier qui meurt de faim, faute de travail, jusqu'aux neuf barons de Bretagne '\
1. Mirabeau avait été élu député aux Etals à la fois par le Tiers Etat de Marseille et par celui d'Aix.
2. Victor-Maurice de Riquet, comte de Caranian (1727-1807), était depuis 1786 liculcuanl général en Provence.
3. Probablement la Lettre de M. le comte de Cai-aman, commandant en Provence, à M. le comte de Mirabeau, et la réponse de celui-ci, suivies d'une lettre d'un citoyen de Marseille à un de ses amis sur M. de Mirabeau et l'abbé Raijnal, 20 mars 1789, in-8°.
4. M. Gabriel Corlois de Quincey, évéque de Belley, ayant protesté contre l'élection comme député du Clergé du sieur Aimé Favre, curé d'Hotonnes en Valroraey, et ayant par dépit prétendu retenir les cahiers (|ui avaient été déposés entre ses mains, le peuple avait envahi l'évcché « la torche à la main », en avait brisé les meubles et jeté une partie par les fenêtres (Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette, la cour et la ville de 1777 à IlOi, publiée par M. de Lescure, Paris, 1866, 2 vol. in-S", t. 11, p. 343-344).
5. Les neuf barons de Bretagne étaient en dernier lieu ceux de Maleslroit, de Léon, de Derval, de Vitré, de la Roche-Bernard, de Chateaubriant, de (Juinlin, de Pont et d'Anceuis.
Nous aurons demain quelques nouvelles de Saint-Brieuc'. Je suis en peine de ce qu'on y arrêtera après le trop fameux serment prononcé à Rennes -. J'ai encore ouï dire que les curés de votre capitale avoient déclaré vouloir être toujours réunis au haut Clergé. En cela je les approuve autant que ceux de Basse-Bretagne, si toutefois ils pensent comme on veut les faire penser à Paris.
Paris s'assemble aujourd'hui en vingt endroits différens^. Mais la manière de convoquer ne plaît pas à tout le monde ; de sorte que l'on s'attend à des protestations. L'assemblée des États généraux pourra bien être remise au 12 de mai, si on veut la présence de tous les députés réunis, parce que les cahiers ne seront pas faits à Paris le 27 de ce mois. Les régimens Gardes françoises et suisses prennent les armes aujourd'hui pour arrêter l'effervescence populaire au cas de mouvement. Comme je ne suis pas citadin, je ne paroîtrai pas à l'assemblée, qui aura lieu ce matin à l'Oratoire pour cette paroisse*.
Le duc d'Aiguillon ^ a été nommé tout dune voix à Agen, et l'évoque ® est aussi député, quoique les curés aient chassé de l'assemblée les cent chanoines qui s'y sont présentés et dont les voix étoient pour leur pasteur.
Je vous embrasse, mon cher Saint-Luc, et je vous prie de présenter mon hommage à tout ce qui vous entoure.
1. Les Elals de Bretagne s'élaienl réunis le 29 décembre 1788 à Rennes, en vue de l'élection des députés auv Etals généraux. Mais la Noblesse et le Clergé ayant dans l'Assemblée refusé toute influence au Tiers, cette intransigeance avait amené la dissolution des Etats. Avant de se séparer, les deux ordres privilégiés avaient fait le serment de ne pas siéger dans une assemblée qui serait formée sur d'autres bases que celles jusqu'alors usitées et « de ne représenter la Noblesse aux Etats généraux qu'en vertu d'une élection faite dans l'Assemblée nationale de la province ». Un ordre royal avait alors convoqué la Noblesse et le Clergé à Sain t-Brieuc pour le 16 avril, afin de procéder à l'élection de leurs dépulés, leur permettant ainsi de s'isoler du Tiers eu vue de parer à de nouveaux troubles. Mais les privilégiés refusèrent de nommer des représentants,, déclarant seulement qu'ils étaient prêts à la prochaine tenue des Etals solennellement assemblés eu trois ordres à voter une égale répartition des impositions. La Bretagne ne fut de la sorte représentée aux Etals généraux que par des députés du bas Clergé et du Tiers état.